‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 2 sur 460 · PREMIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PÉRIODE

LA CHIRURGIE MILITAIRE EN FRANCE DEPUIS L’EMPLOI DE LA POUDRE A CANON JUSQU'A LA FIN DU XVIe SIÈCLE

Bien que la date de l’invention de la poudre à canon soit encore incertaine, on admet généralement qu’on ne commença en Europe à se servir des armes à feu d’une façon effective qu’à la funeste journée de Crécy (1346). Dans cette bataille, nous raconte Froissart, le roi d’Angleterre avait entremêlé à ses archers « des bombardes qui avec du feu lançaient des petites balles de fer pour effrayer et détruire hommes et chevaux et les coups de ces bombardes causèrent tant de tremblement et de bruit qu’il semblait que Dieu tonnait avec grand massacre de gens et renversement de chevaux 1 ».

.Malgré la puissance des nouvelles armes qui devait tant contribuer à la chute des institutions du moyen âge, car dorénavant il n’est point de ville, de forteresse qui puisse abriter son indépendance féodale contre les canons du roi, pas de seigneur recouvert d’une armure qui désormais résiste à l’arquebuse d’un vilain, les anciennes ne disparaissent cependant que très lentementdu champ de bataille. Pendant longtemps encore l’arc,

I. La chronique messine de Praillon parle.il est vrai, de l’emploi de deux bouches a leu, en 1324, par les habitants de Metz; en 1338, dans une ancienne Ordonnance, il est question d’une somme payée » pour la poudre et autres choses nécessaires aux canons qui sont devant Puy-Guilhem en Agenois ». Si l’on voulait même remonter plus haut, on pourrait avancer que Bacon n’a fait que révéler la composition de la poudre connue depuis ou^, temps des Orientaux et dont les Arabes sc servaient en Espagne dès le xiir siècle.

DEt.ORMK.

1 arbalète et la fronde ou les lourdes armes tranchantes et contondantes seront employées dans les combats avec les armes à feu. Cette raison, sans doute, puis 1 ignorance des médicastres, des empiriques qui suivaient les armées en quête seulement de placer à bon prix leurs topiques, leurs vulnéraires, leurs eaux d’arquebusade, enfin le peu d’extension pris par 1 imprimerie, expliquent que, pendant une longue période, il ne sera pas question d’écrits ayant trait aux blessures faites par les armes nouvelles.

11 faut arriver jusqu’en 1497, c’est-à-dire parcourir près d'un siècle et demi, pour voir commencer l’histoire scientifique et imprimée de nos blessures. C’est à Braunschweig ou Brunsvick bientôt suivi de près par Gersdorf que nous devons nos premiers Traités. Le premier exerçait la médecine à Strasbourg, le second y était né b

Braunschweig (1497) 1 2, honorable bourgeois, tenait boutique de chirurgien et d’apothicaire. A en croire le Dv Thomas auquel nous empruntons presque tous les détails qui vont suivre, les bibliographes médicaux auraient été trop durs pour lui. Il avait de l’érudition et sa pratique n’était pas aussi rudimentaire qu’on l’a dit. Il partageait les idées de ses contemporains sur l’intoxication des projectiles, mais il craignait surtout la poudre : à tout prix il voulait qu’on en débarrassât les orifices et les trajets des balles. Pour la faire sortir, il introduisait un séton dans ces trajets et lui imprimait un mouvement de va-et-vient. Il regardait la suppuration comme salutaire; elle devait servir à éliminer les escarres et les matières nocives entraînées par la balle. Si elle ne se faisait pas, on la favorisait au moyen d’une mèche enduite de graisse, qu’on mettait dans la plaie et on terminait par l’application d’un cataplasme merveilleux de son invention. L’idée était empruntée déjà aux anciens. Les corps étrangers étaient extraits, par lui, avec le bec-de-corbin ou des tire-balles à mors de différentes formes, enfin avec un instrument appelé loucher avec lequel on faisait une dilatation préalable quand l’orifice était trop étroit. Tout cela était encore de tradition.

Braunscheveig ne parle pas de sa pratique du champ de bataille. Jean de Gersdorf, au contraire (1527), était un chirurgien de tranchée et de campagne 3 4. Après avoir étudié sous un chirurgien de dernier ordre, Jean le dentiste (!), il suivit de bonne heure un capitaine d’aventures. Il connaissait les Arabes et avait lu Braunschweig qu'il cite et auquel il em-

prunte son procédé de suppuration. C’est après avoir acquis une pratique de quarante ans qu’il composa un Manuel cle chirurgie des camps \ dans lequel il n’est pas exclusivement question de nos plaies, Gersdorf, désirant être utile même aux barbiers. Son livre eut onze éditions. Dans le

1. Avant eux, Je chevalier teutonique Pfolspeundt avait parlé de nos blessures, mais dans un manuscrit (1460) perdu pendant plusieurs siècles. Ce n’est qu’en 186S qu’il a été publié. (Voir le chapitre fort intéressant et écrit avec beaucoup de compétence que le Dr Thomas a consacré à la chirurgie militaire française dans ses Lectures. La Chirurgie militaire au xv° et au xvi° siècle, in... Lectures sur l'Histoire de la Médecine, rédigées par le DrL. Thomas, sous-bibliothécaire de la Faculté de Médecine. Paris, 1885.

2. Braunschweig, Bach der chirurgia hanlwir/cung der wundarzeney. Auxbourg, 1497, in-folio. Cet ouvrage se trouve à la Bibliothèque nationale.

3. Ce que nous dirons de Gersdorf est encore emprunté au Dr Thomas qui a consacré a cet auteur quelques pages intéressantes et qui a bien marqué la place qu’il doit occuper dans l’histoire de la chirurgie militaire du xvi° siècle.

4. J. de Gersdorf, l>e chirurgia caslrensi, Argentor. 1527, in-4 ; 1540. in-folio; et Traité de chirurgie pratique (Feldtbuch der wundarzney), Argent. 1551, in-folio.

Page 1