‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 3 sur 460 · JEAN DE Y I G · texte numérisé non relu

JEAN DE Y I G

chapitre qu’il consacre aux plaies faites par lesllèchcs et les balles, au lieu de disserter sur la toxicité de la poudre, Gersdorf se rend compte de la gravité de la plaie en se guidant sur les symptômes ou la région atteinte avant de régler son intervention. Il avait disséqué et, comme on le voit, il sait tirer heureusement parti de ses notions anatomiques. Son armentarium est bien conçu. Il est plus simple, plus portatif que celui de Braunschweig. On y voit des tire-fonds très bien faits, un entre autres, dont la canule se termine par trois pointes propres il assujettir la balle pendant qu’on la perce avec la mèche spirale, puis des tire-balles de formes très variées, des dilatateurs doubles et à bascules, tous instruments qui servaient à la fois à l’extraction des flèches et des balles.

École italienne. — Strasbourg, en nous donnant Braunschweig et Gersdorf, venait d’ouvrir la voie, mais les traités de ces auteurs n’étaient guère connus, s'ils l’étaient même dans les pays de race latine, lesquels, en chirurgie comme dans les autres sciences et dans les arts, marchaient en tête dans la voie du progrès. Le court chapitre que Vigo consacra à nos plaies dans sa Pratique de la chirurgie 1 eut un bien autre retentissement.

Jean de Vigo (loti). Pour le chirurgien du pape Jules II, auquel le siège de Saluces ( 1 -185-1 486) avait procuré quelque expérience, nos plaies sont à la fois contuses, envenimées par la poudre et brûlées par le feu de l’arme. Obéissant au précepte de Galien qui veut que dans le traitement de toute maladie, on s’adresse d’abord à l’indication principale, il ne s’arrête pas au traitement de la contusion et de la brûlure, mais il cherche, avant tout, à combattre la vénosité et propose une thérapeutique barbare.

« Il n’est point, dit-il, de meilleur remède que appliquer en icelle playe un cautère actual lequel touche à toutes les parties de la playe ou applicquer unguentum egyptiacum delà description de Avicenne : pareillement on peult utilement au lieu d’iceulx faire cautérisation d’huylle de sambuc ardant... Si icelle playe est parfonde, il faut faire la cautérisation parfonde. »

Correspond-elle aux parties nerveuses (tendineuses et nerveuses) don! la lésion était alors si redoutée, sa pratique ne subit aucun changement. L’escarre de la brûlure qu’il provoque se confondant avec celle de la contusion et de la brûlure produite par le projectile, il s’occupe ensuite de la détacher par des suppuratifs et de préférence par du beurre fondu qu'il injecte dans le canal de la plaie.

Le reste de son traitement est emprunté aux anciens : sur la blessure il applique « des choses mollificatives » autour, des défensifs, et les incarnatifs, puis les détersifs et les cicatrisants lui permettent de la mener à guérison.

Cette singulière doctrine, à laquelle des arguments tirés des écrits anciens, alors si fort en vogue, donnaient toute l’apparence de la vérité, ne doit pas nous faire oublier les bons préceptes qu’on trouve mêlés son exposé, tels : le pronostic est en rapport avec la région blessée, le volume de l’agent vulnérant, l’absence ou la présence de corps étrangers; les accidents des plaies d’armes à feu sont ceux des plaies contuses; l’extraction

1. J. de Vigo, Praclica in arte chirurgica copiosa continens novem litji'os. Rome, 1514, in-folio. Lyon, 1516, en français.

immédiate des corps étrangers est préférable à l’extraction retardée, car s'ils peuvent séjourner impunément dans nos tissus, leur séjour est souvent accompagné d’accidents graves, etc., etc.

La Pratique de Jean de Vigo était le traité classique de l’époque, celui de Gui de Chauliac n’ayant pas encore été répandu. Sa vogue lut telle qu’il compta rapidement plusieurs éditions latirfes sans compter les éditions française, espagnole, anglaise, etc. : aussi n’a-t-on pas lieu de s’étonnersi les préceptes de Vigo furent de longtemps suivis et si les écrits remarquables publiés par ses adversaires eurent tant de peine à les entamer.

Jean Langi (1533). Après de Vigo, nous avons à citer Jean Langi, d’autres disent Langius de Lemberg. Silésien de naissance, plus tard chirurgien des quatre électeurs palatins, Louis, Frédéric II, Olhon-Henri et Frédéric III, Langi appartient cependant plus à la chirurgie italienne qu’à la chirurgie allemande. C’était, en effet, en Italie, à Pise où il séjourna longtemps, qu’il apprit' son art1.

Sur les onze discours 2 qu’il donne à la chirurgie, il en consacre un aux plaies d’armes à feu et un autre aux plaies ordinaires. Dans le premier, il critique ses contemporains qui brûlaient de la poudre sur la plaie d’armes à feu, et il substitue à leur traitement imité de celui de Vigo l’usage des topiques anodins, tels l’eau de rose, l’eau de plantain, des fomentations sur la partie lésée et des potions vulnéraires. Il faut savoir gré au bon sens de Langi d’avoir plutôt écouté l’expérience que les doctrines de l’École.

Dans le traitement des plaies ordinaires, on utilisait communément alors des sétons faits de crins de cheval ; Langi leur reproche de s’opposer à l’issue de la sanie de la plaie et de l’irriter.

Nous devons arrêter là notre analyse succincte des écrits des auteurs italiens, car nous voici arrivé par ordre chronologique à notre premier auteur de chirurgie militaire française, à l’illustre Paré.

Né à Laval en 1509, Paré apprit la chirurgie d’un barbier dont toute la pratique consistait à panser les plaies simples, les ulcères et les tumeurs non opérables. Privé de la connaissance des langues savantes, il était réduit au faible secours des livres français dont les meilleurs n’étaient que des traductions3. En 1536, après un séjour de plusieurs années à 1 Hôtel-Dieu de Paris où il s’adonne de préférence aux études anatomiques, il se fait chirurgien d’armée et pendant plus de trente ans il va prendre part aux différentes expéditions qui se succèdent sous les règnes de Henri II, de François II, de Charles IX et de Henri III.

C’est comme compagnon barbier qu’il pratique d’abord aux armées.

1. Portai., Histoire de l’anatomie et de la chirurgie, t. I, p. 309.

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