AU XVI° SIÈCLE
est lin mal. Pour obtenir cette suppuration désirée, il faudrait remplacer 1 eau froide par de 1 eau tiède qui est suppurative d’après l’aphorisme hippocratique. L’eau froide, en condensant les tissus, « renferme toute la matière », empêche la production des bourgeons charnus et s’oppose à la production d’une cicatrice.
La tradition importe peu à Martel. Les succès sont là, ils ont été obtenus aussi bien dans les plaies simples que dans les plaies « avec grande dilacération et mesmement fracture d’os », et ils sont nombreux. Pour lui, la démonstration est faite. D’ailleurs « à cette expérience souscrit la raison ». Mais, pour n’ôtre pas taxé d’empirisme, Martel croit devoir démontrer que l’eau froide convient réellement à tous les stades de la blessure. Au début, grâce à sa basse température, elle empêche « la tluxion, la douleur, l’inflammation et autres accidents qui surviennent à l’arc-busade 1 ». Un peu plus tard, elle amène une suppuration très louable; après la période suppurative, elle déterge la plaie, « détrempant les ordures et rinçant l’ulcère tout ainsi qu’on en nettoye un vaisseau », c’est-à-dire qu’elle remplit la troisième indication hippocratique. La détersion obtenue, la nature n’a plus besoin d’aide pour incarner; quant à la cicatrisation, « de même que l’air extérieur peut dessécher la superficie d’une plaie et l’endurcir telle qu’elle y sert depuis en lieu de peau, l’eau froide agit de même... Pourquoi on peut soutenir que l’application de l’eau froide guérira suffisamment une arcbusade appliquée tout le long de la curation. »
Il est curieux de constater parmi les chirurgiens du Roi, qui représentaient les' premiers chirurgiens des armées de l’Europe, des différences de pratique si profondes. Tandis que Paré emploie les suppuratifs «pourissants », Martel, qui pratique à côté de lui, se préoccupe moins de la doctrine que du succès et il a recours à un traitement qui pour être suivi par les empiriques n'en contrastait pas moins par sa simplicité et son efficacité avec ceux des vrais chirurgiens.
Le sujet de discussion des deux chirurgiens de Henri III fut soumis à àJoubert. C’était un arbitre des plus autorisés, bienveillant, lequel ne faisait pas partie de cette Faculté de Paris qui tenait en si profond mépris le collège de Saint-Côme; enfin, il s’était occupé de cette question. Joubert prit parti pour Martel et tout en admettant que l’eau peut servir « à l’intention de chasque temps pourveu que la nature soit autrement forte, sa chaleur vigoureuse et le corps bien charnu », il termine par une vive critique à l’adresse de ceux qui employaient l’eau enchantée. « L’eau simple, dit-il, peut parfaitement guérir l’arcbusade... il n’y aura ni enchantement ni miracle ainsi que la plupart des idiots se sont persuadez 2 ».
Martel eut encore à soutenir ses pansements aqueux contre les attaques d’un chirurgien de Vendôme, Dionisiî, mais notre chirurgien d’armée sut là montrer encore une fois qu’il avait la riposte serrée, grand bon sens, de l’expérience et qu’il savait mettre au-dessus d’opinions basées sur la seule tradition, les données rigoureuses fournies par une observation attentive.