APERÇU SUR LES ENSEIGNEMENTS DE LA GUERRE DE CRIMÉE
I. Pratique de la chirurgie. — Les traumatismes observés pendant la campagne de Crimée ont emprunté à la nature des opérations militaires } des caractères particuliers. Les blessés des batailles rangées de Y Alma. d 'Inkermann et de Traktir ne représentaient qu’une proportion relative- H ment minime de la masse des hommes mis hors de combat pendant toute la durée de la campagne. Presque tous les autres avaient été blessés, soit dans des luttes corps il corps, lors des sorties de l'assiégé, soit dan les tranchées très rapprochées des défenses de la place, ou pendan l’assaut de ces dernières. Leurs blessures présentaient déjà un haut degr de gravité, du fait seul de la distance rapprochée des combattants. L’emploi des gros projectiles lancés d’une façon presque continue par les fort; de la place ou les navires embossés dans le port, projectiles destiné; moins à mettre hors de combat les défenseurs de nos ouvrages d’attaque qu’à la destruction de ces travaux mêmes, contribuaient encore à assombrir ce pronostic. Les bombes, les boulets, les obus, les biscaïens de tou calibres, les boulets rainés, les grappes de raisin, les gros projectiles de
la marine, les grenades de tôle et de verre épais1, étaient employés avec une abondance proportionnellement pi us considérable que les balles sphériques, cylindro-coniques et sphéro-cylindriques de Nessler. Huit cents bouches a leu et vingt-cinq mille fusils envoyaient ces gros et petits projectiles clans les tranchées, d’une façon continue et en toile quantité, qu après la prise de la ville, on trouva sur le terrain où avaient ou lieu aos attaques, un espace de 10 mètres carrés jonché de 163 projectiles " tisses !
Les gros projectiles et leurs éclats produisaient d’horribles, d’épouvanableï, blessures, a\ec broiement des os et des chairs. Très souvent ils létei minaient des ablations complètes des membres. Scrive, à qui nous empruntons ces détails, nous dit que la quantité des blessures très graves, ompaiées aux blessures graves et légères, atteignait, en Crimée, la | Dropoi tion de 1 à 2 t/10. Presque la moitié des blessés a eu sa vie mise «n danger par le fait de plaies reçues dans les tranchées et un blessé sur ■inq a succombé sur le terrain même de la lutte.
Les amputations primitives étaient pratiquées dans la proportion de \'.eur pour douze blessés, soit à la tranchée même, soit aux dépôts d'ammlance. Presque toutes les blessures graves étaient accompagnées de phénomènes de stupeur et de commotion générale ou locale à divers degrés, -.'infin les blessures multiples étaient fréquentes, on en comptait assez “onvent deux ou trois sur le même individu2.
Toutes les variétés de blessures par les gros projectiles et leurs éclats nt donc été observées par nos chirurgiens avec une fréquence inconnue jusque-là et depuis lors. 11 423 blessures ont été produites en Crimée par ‘ es éclats de gros projectiles, 694 par des boulets et 13 876 par des balles, e sorte que les blessures par les gros projectiles et leurs éclats ont été resque aussi nombreuses que celles déterminées par les petits projectiles.
La proportion des lésions de la tête frappa ceux qui prirent part au îège de Sébastopol, comme elle avait frappé déjà leurs devanciers qui 'vaient assisté à des sièges. Dans les ambulances, on trouvait 1 blessé üur 3 4/10 touché à la tête. Sans être aussi nombreuses, les lésions du <mt> de poitrine et de V abdomen étaient encore plus souvent observées ue dans les luttes en rase campagne. La même proportion se retrouvait '■ armi les hommes tués aux tranchées. On comptait parmi les morts 1 tué ar plaie de tête sur 2 tués par d’autres blessures.
Les explosions de poudrières, de parcs d’artillerie, la guerre des mines îu assiégeants et assiégés poursuivirent avec acharnement pendant les ermers moments du siège, apportèrent encore à l’observation de nos chirargiens de Crimée leur contingent de blessures spéciales, de vastes brûures, de contusions étendues et profondes.
Ce fut pendant la guerre de Crimée que, pourla première fois, on étudia 's efiets des balles oblongues. La vitesse dont elles étaient animées, la dis- •ance relativement peu considérable à laquelle s’exécutait le tir, leur fai- * ai Prodll*re ede^s différents de ceux que déterminaient les balles om es. Les relations médico-chirurgicales de cette guerre ne manquent
LA CIIIRUKGIE MIL. FRANC. DE