‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 227 sur 460 · JUSQU’A NOS JOURS · texte numérisé non relu

JUSQU’A NOS JOURS

pas de signaler leur force de pénétration plus grande, la rareté de leurs déviations au contact des corps solides, la rectitude de leur trajet, l’étendue plus considérable des désordres qu’elles laissaient dans les tissus, l’attrition plus étendue des chairs, l’état très comminutif des fractures qui imposait plus souvent qu’aulrefois l’amputation immédiate; enfin la fréquence des accidents consécutifs, de l’inflammation, de l’étranglement et de la gangrène. Pour nos chirurgiens, la gravité de ces blessures était plus grande que celle des lésions produites par les éclats de bombe et les éclats d’obus do même volume et de même poids. Quand elles intéressaient la tête, la poitrine ou le ventre, elles amenaient très fréquemment un résultat funeste 1 .

Les attaques fréquentes de nos tranchées et les assauts fournirent à la statistique des plaies par baïonnette un nombre de cas bien plus considérable que celui constaté dans toutes les autres campagnes.

Si la nature intrinsèque des blessures leur donnait déjà un haut degré de gravité, les conditions si défectueuses dans lesquelles les soins chirurgicaux étaient assurés, l’épuisement des hommes par les fatigues d’un long siège et les privations, les complications épidémiques graves, le scorbut, le typhus, le choléra, etc., influencèrent au plus haut degré et de la façon la plus fâcheuse la marche des plaies, en assombrirent le pronostic et compromirent le succès des interventions chirurgicales les mieux

entendues.

Pendant les cinq ou six premières semaines du siège, les plaies marchaient avec une merveilleuse régularité, mais, avec les rigueurs de l’hiver, l’état sanitaire des troupes devint mauvais et les blessures se ressentirenf de l’atteinte portée à la santé générale.

« Les chairs, dit Scrive, devenaient pâles, sans consistance, prenaient un aspect blafard, présentaient même une tendance à l’ulcération, à l’hémorrhagie et à l’excès de douleur. Ces phénomènes étaient d’autant plus intenses que la somme des forces vitales du blessé était moindre et que sa blessure avait une plus grande gravité; ils allaient quelquefois jusqu’à la gangrène. Nos opérations ne réussissaient plus aussi bien et des infections purulentes, de temps en temps, faisaient quelques victimes. Nous dûmes souvent renoncer à conserver des membres qui, dans des circonstances plus favorables, auraient pu guérir de leurs blessures: si, dans un cas douteux d’amputation, nous nous laissions aller à l’espérance de la conservation de la partie, cette espérance était souvent trompée, quelque accident grave surgissait et nous mettait dans l’obligation de recourir à l’extrême ressource qui, trop tardive alors, avait moins de chances de réussir. Bien des fois nous avons vu une gangrène traumatique prendre subitement une extension rapide qui compromettait la vie des sujets en observation2. »

Les mêmes influences persistant, . nos chirurgiens, impuissants à les modifier, déplorent les mêmes insuccès jusqu’au printemps de 1855, où une détente salutaire s’observe dans la marche des plaies. Les accidents et les complications diminuent alors en nombre et en intensité. En mai 1855, les événements militaires font affluer, en peu de jours, un grand nombre de blessés dans les ambulances; des scorbutiques et des cholériques y sont en même temps dirigés en foule; les évacuations ne suffisent plus à vider

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