ENSEIGNEMENTS DE LA GUERRE DE CRIMÉE. Î
(.ides locaux plus qu'encombrés; un grand nombre de médecins succombe 9 à la peine et la situation s’assombrit. Peu à peu elle redevient meilleure à [1 mesure que les évacuations et les vides laissés par les morts font cesser :| l’encombrement.
En septembre, Sébastopol est pris, 3 000 blessés arrivent en vingt-quatre J aeures dans les ambulances qui renferment 10 300 hommes. L’encombre- Jnaent exerce, à nouveau, sa fâcheuse influence. C’est alors qu’apparaît la I jourriture d’hôpital, que l’infection purulente et la gangrène traumatique I dévissent épidémiquement. En somme, la chirurgie est constamment et *ji urtout dominée en Crimée par deux facteurs intrinsèques qui en amoinl i frissent et souvent en annihilent les bienfaits : 1° Yusure ou les étais i aorbides des blessés ; 2° Y encombrement dont ceux qui étaient alors char- I kés de la direction du service de santé ont toujours méconnu la terrible 1 il si pernicieuse influence. Scrive lixe la moyenne des morts en Crimée â I sur 2 1 / 1 0 de blessés.
Les blessés qui étaient évacués sur Constantinople, trouvaient-ils au .moins des conditions extérieures plus favorables à leur guérison? Ils y rrivaient d’abord, comme nous allons le voir, après avoir subi les fatigues t la perturbation pénible d’une traversée de plusieurs jours, pour s’y entasser dans des hôpitaux encombrés. Mais laissons là un instant cette istoire et revenons aux blessures observées en Crimée et aux intervenions de nos chirurgiens.
Ce fut pendant la guerre de Crimée que, pour la première fois en ampagne, on employa le chloroforme. Après la constatation de son innocuité absolue, on eu vint bientôt à l’utiliser, pour des blessés dont l’état tait désespéré ou lorsqu'on avait à pratiquer des pansements très doulou- - aux. Nos chirurgiens n’eurent à déplorer aucune mort. Ils estimaient que ■ état de torpeur des blessés n’était pas un obstacle à son emploi, mais 'u’au contraire il en facilitait l’effet, tandis que les blessés qu’on chloroormait le lendemain ou le surlendemain du jour de leurs blessures avaient tesoin d’une dose d’anesthésique beaucoup plus forte et d’une inhalation lus prolongée, pour mettre fin à leur période d’excitation.
L’expérience de la guerre de Crimée démontra une fois de plus la supéorité de Y amputation primitive sur l’amputation consécutive. Nos chiruri ens ne furent pas avares des premières, car ils ne furent pas longtemps à ^connaître qu’une hospitalisation précaire, l’insuffisance du personnel, ■•s transports longs et pénibles, l’état général défectueux des blessés, néantissaient les belles espérances inspirées par les tentatives conservaf ices et que d’un autre côté l’intervention radicale ultérieure sur des ommes épuisés était le plus souvent meurtrière. La nécessité même les rca bientôt à préférer les désarticulations aux amputations dans la ontinuité. Salleron et Th. Valette s’attachèrent à faire ressortir les avances de cette dernière pratique. Comme leurs aînés du premier Empire, 'S chirurgiens en Crimée reconnurent 1 utilité de recourir aux sutures orès les amputations. C’était pour eux un des meilleurs moyens d’éviter mdant les transports les hémorrhagies consécutives auxquelles eussent -posé de simples pansements contentifs sujets à se déplacer.
Les pansements consistaient en gâteaux de charpie appliqués sur un nge fenêtré ou de la gaze légèrement cératés. Un cérat légèrement animé
de styrax servait ensuite de topique. Souvent des compresses d 'ouata rem- j placèrent la charpie et Baudens insiste grandement sur l’utilité de ce mode de pansement que Châtelain avait déjà recommandé. Le pansement à I l’eau, contrairement à ce qu’on aurait pu croire, était peu employé. Quant aux appareils de déligation, ils ne différaient pas de ceux qu’on utilisait communément. Pour les autres indications thérapeutiques on se conformait encore, en général, aux préceptes établis.
Les résections pratiquées un très grand nombre de fois en Crimée et en I Hussie n’ont pas fourni de brillants résultats. Il ne pouvait guère d’ailleurs en être autrement dans les conditions déplorables que nous connaissons. Résections diaphysaires et résections articulaires ont, au dire de Scrive, de Salleron et de Chenu, généralement échoué. Seules quelques résections pratiquées sur le membre supérieur semblaient faire exception. Celle de la ; tête humérale, en particulier, a affirmé sa valeur et donné de fréquents succès.
Parmi les complications, la pourriture d’hôpital , qui avait sévi avec peu d’intensité dans les ambulances sous tentes de Crimée, et seulement après | la prise de Sébastopol, mais qui, par contre, avait exercé de cruels ravages dans les hôpitaux si encombrés de Constantinople, apporta aux chirurgiens de ces hôpitaux des matériaux d’étude qu’ils surent mettre à profit. Bourot', j Salleron1 2, Maupin3, Marmy et surtout Bonnard4, lui ont consacré des pages j aujourd’hui classiques. L’étiologie de cette terrible complication fixe surtout l’attention de ces auteurs. Maupin précise les conditions qui favorisent son éclosion dans un milieu jusque-là indemne et ses rapports avec | les modifications générales de l’organisme ; Marmy en fait l’expression locale du typhus des armées; Bonnard enrichit sa description de la peinture! fidèle de quelques formes nouvelles, en particulier de la forme noire, hémorrhagique aiguë. Les traitements préconisés par les anciens auteurs , sont soumis à une nouvelle épreuve. L’iode, mais surtout le perchlorure | de fer, fournissent de remarquables succès, le premier à Bonnard, le ■ second à Salleron. C’est depuis le travail du dernier chirurgien que le i perchlorure, aujourd’hui réservé pour les formes graves, est entré dans la pratique. L’expérience de la campagne d’Italie durant laquelle cet éminent chirurgien en reprit l’usage, confirma ses premières appréciations. Durant cette guerre, cet agent fut aussi employé pour la première fois d’une façon usuelle, pour l’arrêt des hémorrhagies en même temps le persulfate de fer du pharmacien militaire Monsel.
Congélations. — Le service des tranchées pendant les rigoureux hivers
1 . Considérations sur la pourriture d’hôpital observée en Orient et. sur son traitement />ar le perchlorure de fer, par Bourot, Thèse pour le doctorat. Strasbourg, 1858.
2. Compte, rendu des amputations primitives et des amputations consécutives traitées à l'hôpital militaire de Dolma-Bagtché (Constantinople), par Salleron, médecin principal de 2° classe à l’hôpital militaire de Versailles, in Recueil de mémoires de médecine de chirurgie et. de pharmacie militaires, 2° série, lrc partie, t. XXI, p. 262, 2° partie, t. XXII, p. 239.
3. Quelques considérations sur le traitement de la pourriture d'hôpital épidémique . par Maupin, médecin principal de 2e classe à l’hôpital militaire de Bayonne. Même Recueil. • 2e série, t. XX, p. 368.
4. De la pourriture d'hôpital, par Bonnard, médecin-major de 2e classe aux hôpi-
taux militaires de Constantinople, in Mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires, 2° série, t. XVI, p. 302. .... !
Considérations sur la forme pulpeuse ou couenneuse de la pourriture d'hôpital, par Bonnard, etc. Même Recueil, même série, t. XVII, p. 372.