ENSEIGNEMENTS I)E LA GUERRE DE GRIMÉE
i de 1854 et de 1855 amena dans les ambulances un nombre considérable j de congélations. Elles intéressaient surtout les pieds de nos hommes con- | stamment glacés par l’humidité froide qui imprégnait leurs chaussures :j pendant les longues gardes de jour et de nuit dans les tranchées. Dans le || courant de janvier et de février 1855, plus de 5 000 soldats furent atteints i décongélations des pieds à divers degrés. Les causes générales débilitantes il qui étendaient sur presque tous leur action désorganisât rice, favorisèrent !■ leur développement et leur terminaison par la gangrène. Il n’était pas I jusqu’aux malades et aux blessés hospitalisés sous des tentes insuffisantes pour les protéger contre le froid, qui presque, sans s'en apercevoir, n’aient il très souvent contracté des congélations des orteils et quelquefois des ganligrènes du pied tout entier. Leur épuisement et leur immobilité favorisait même l’apparition de cette complication.
L’anéantissement des forces chez tous les congélés était telle que l’élimii| nation spontanée des parties mortifiées était indéfiniment retardée; d’un ij autre côté, l’amputation que certains utilisaient en Grimée, pour prévenir J cette élimination, était si souvent funeste que Scrive dut interdire cette pratique. Dans les hôpitaux de la Turquie, les chirurgiens les plus habiles et les i plus autorisés avaient aussi unanimement abandonné et condamné toute g intervention. La mortalité qui sévît sur les congelés de 1854 fut plus B| considérable que celle fournie par les congelés de 1855-56, mais cette mor- L tablé devait être moins rattachée au désordre local et à ses complications ï \ qu’à l’infection des milieux hospitaliers, qu’aux accidents généraux et aux I alfections concomitantes dont les blessés étaient le plus souvent atteints.
Malgré le froid plus vif et plus rigoureux du deuxième hiver (18° à 24° au- ; dessous de zéro), le nombre des congélations fut beaucoup moindre. C’est Ihqu 'alors le service des tranchées était moins pénible, que des vêtements I chauds et de meilleures chaussures protégeaient mieux les hommes. Ces [ i congélations déterminées alors par l’action subite d’un froid excessif présenl ; tèrent d'autres caractères : des mortifications moins limitées aux pieds, mais i * étendues à toutes les parties éloignées du tronc, aux oreilles, au nez, aux mains et même à la verge; le sphacèle était plus rapide et plus complet, i; L’élimination, sur ces hommes moins affaiblis, était moins lente et les suc- ' cès de l’intervention radicale plus nombreux. Dans ces conditions si opposées, nos chirurgiens revinrent bientôt sur la proscription dont avait été frappée l’amputation l’hiver précédent.
Pendant la durée de la campagne de Crimée, 5 596 hommes entrèrent dans les ambulances pour des cas de congélations. La plupart de ces con- - gelés furent évacués rapidement sur les hôpitaux de Constantinople. Us fournirent à Lustreman1, Legouest2, Valette3 et Maupin* de remarquables
* • Voles sur les résultats des amputations à lu suite de la congélation des membres infé- > leurs, par Llstreman, médecin principal, professeur à l’École impériale d’application de médecine et de pharmacie militaires, médecin en chef de l’hôpital de l’Université à Constantinople. Recueil des mémoires de médecine , etc., 2° série, t. XVII, p. 303.
2. Des congélations observées à Constantinople pendant l'hiver de I85i-1855, par Le- >• <JOükst, médecin -major, prolesseur agrégé à l'Ecole impériale d’application de médecine et •le pharmacie militaires. Même Recueil, 2e série, t. XVI, p. 275.
• ’*• Mémoires sur la congélation des pieds cl des mains, pur Tn. Valette, médecin prin- C,Pal 8 1 hôpital militaire de Lyon. Même Recueil, 2° série, t. XIX, p. 213.
Dis congélations au point de vue île leur traitement par les opérations , par Maupin,
mémoires que nous mettrons ultérieurement à profit. Tous furent frappés des deux aspects si différents sous lesquels se présentèrent les congélations des hivers de 1854-55 et de 1855-56. Les congélations furent l’objet des principales études des écrivains de la guerre de Crimée.
Enfin, pour terminer, nous avons à rappeler la grande part que nos chirurgiens de Grimée et surtout de Constantinople ont prise à l’étude de la gangrène traumatique et de l' ostéomyélite. Salleron et Th. Valette nous ont laissé, sur ces terribles complications, des mémoires depuis longtemps classiques et qui, leur mérite intrinsèque, joignaient encore celui d’apparaître les premiers.
II. Du fonctionnement du service de santé en Crimée. — Avant de commencer cette étude, disons que notre intention n’est pas ici de donner une description complète de l’exécution de ce service, mais d’en fournir seulement un aperçu.
Le service de santé, pendant la guerre de 1854-56, a eu à assurer : 1° le service de première ligne dans les tranchées, 2° le service des ambulances, 5° le service d’évacuations, 4° le service des hôpitaux sédentaires de Constantinople et de France.
1° Service dans les tranchées. C’étaient les médecins des corps de troupe qui montaient la garde dans les tranchées. Deux d’entre eux, médecins aicles-majors ou majors, étaient désignés chaque jour. L’un se tenait aux attaques de droite, l’autre aux attaques de gauche, abrités sous de mauvaises baraques ouvertes à tous les vents, menacés sans cesse par la grêle des projectiles qui tombaient autour d’eux. Ils n’avaient avec eux qu’un porte-sac et leur rôle, pour être fort méritant en raison des dangers auxquels il les exposait, était plutôt moral que chirurgical. Ils présidaient surtout à l’enlèvement des blessés. L’obscurité profonde dans laquelle ils devaient rester plongés la nuit, pour ne pas attirer sur leur réduit, des J bordées plus nombreuses de projectiles, paralysait leur activité pendant 12 heures sur 24. Ils demandèrent, à la fin du siège, de se réunir pour constituer des ambulances de tranchée.
2° Service des ambulances. Il y avait deux services d’ambulance en Crimée, celui des ambulances de tranchée et celui des ambulances des corps de troupe de l’armée d’observation.
Trois dépôts d‘ ambulance de tranchée furent établis devant Sébastopol, un aux attaques de gauche, le Clocheton, deux aux attaques de droite, l’ambulance du Carénage et de Karabelnaïci. Les médecins de service dans les tranchées demandèrent, à un moment donné, à fournir un dépôt d’ambulance au centre.
La disposition du terrain avait indiqué le choix de l’emplacement de ces dépôts qui n’étaient éloignés de la tranchée que d’une faible distance. Celui du Clocheton, qui devint et resta le point de concentration de la plupart des blessés des tranchées, avait été établi primitivement dans une maison dont il ne restait que les quatre murs. La chambre close qui restait servait à pratiquer les opérations. Plus tard, cette maison à clocher devint le centre
médecin principal de 2e classe à l'hôpital militaire de Bayonne. Même Recueil, 2® série, t. XIX, p. 265.