‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 231 sur 460 · DE 185 0 JUSQU’A NOS JOURS · texte numérisé non relu

DE 185 0 JUSQU’A NOS JOURS

restèrent le mode d'hospitalisation non de choix, mais de nécessité.

Ce ne fut que vers la fin de la campagne (mai et juin 1855), que des baraques en bois1, construites en grande partie en Angleterre, furent expédiées de France. Elles étaient surtout destinées aux troupes; mais, par un sentiment qui l’honore, le maréchal Canrobert en mit un bon nombre à la disposition des ambulances. Malheureusement, si ces baraques pouvaient abriter ! 500 hommes, elles ne pouvaient suffire à hospitaliser les 20 000 blessés ou malades que les ambulances renfermaient encore, sans parler de ceux que gardaient les infirmeries régimentaires.

Comme on le voit d’après cet exposé dont tous les renseignements sont puisés à des sources officielles, le mode d’hospitalisation des blessés de Crimée laissait singulièrement à désirer et il est inadmissible que pendant près de deux ans on n’ait pu l’améliorer. A défaut du remède qu’in- 3 diquait Baudens dans les baraques de Constantinople construites tardivement et qui restaient inoccupées , baraques qui pouvaient abriter 2! 000 hommes et qu'il eût été si facile de transporter et de monter en Crimée, un coup d’œil jeté sur le camp anglais eût suffi pour en indiquer d’autres.

Le matériel et le personnel de ces ambulances était à l'avenant. Au dire de Baudens : sur 9 divisions de l’armée de Crimée, 5 seulement étaient pourvues de personnel médical, les autres n’en avaient pas! Scrive ne cessait de réclamer du personnel. A la fin de la campagne seulement on lui envoya des stagiaires. C’est ce manque de personnel et de matériel qui l’engagea à utiliser les infirmeries régimentaires, à les transformer en petits centres d’hospitalisation, en infirmeries-hôpitaux. L’essai, de son avis même, ne fut pas heureux et Baudens le condamna vivement2.

Il nous resterait à parler du service des ambulances divisionnaires du corps d’observation, mais comme il n’a pas différé, durant la campagne de Crimée, de ce qu’il avait été dans les guerres antérieures et de ce qu’il devait être dans les suivantes, nous ne nous y arrêterons que pour faire connaître l’opinion des chirurgiens de l’armée sur l’emploi des lourds caissons d’ambulance qu’ils jugeaient très inférieurs aux cantines portées à dos de mulet.

« Il est essentiel, disait Scrive, que dans toute guerre à venir, ce moyen (les cantines portées à dos de mulet) soit mis en usage, car le service médical ne pourrait jamais être assuré dans tous les cas par les caissons seuls qui ne passent pas partout comme les bêtes de somme. » L’expérience de la Crimée venait ainsi confirmer celle déjà acquise par les chirurgiens de la République, de l’Empire et ceux qui avaient pris part à la guerre d’Espagne.

Les mêmes conditions qui forçaient nos chirurgiens à préférer aux caissons les cantines médicales portées à dos de mulet, devait également les porter à désirer le remplacement des caissons de transport3 par les cacolets et les litières.

1. Ces baraques à simple paroi, faites en volige, étaient, au dire de Scrive, basses, étroites, sans ouvertures suffisantes pour assurer la ventilation et d'nn emploi dangereux pour le service hospitalier.

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