‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 232 sur 460 · ENSEIGNEMENTS DE LA GUERRE DE GRIMÉE · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENTS DE LA GUERRE DE GRIMÉE

3° K cavitations par eau. — Le défaut d’installations hospitalières en Grimée força â user et à abuser d’un moyen qu’avait conseillé Michel ,évv, nous voulons parler des évacuations sur Constantinople. C’est penlant la guerre de Crimée que, pour la première fois, on généralisa l’êm- )loi de ces évacuations par eau. En vingt-deux mois, nous dit Scrive, 14 668 malades ou blessés furent évacués de la Crimée sur les hôpitaux le la capitale turque.

11 eut fallu 8 grands navires à vapeur pour effectuer les transports de ’rimée sur Constantinople, et 12 autres pour les évacuations de Constaninople sur Marseille ou Toulon. La marine, dont les ressources suffisaient peine pour assurer le service de guerre, le transport des troupes, du matériel, des approvisionnements, dutrecourir le plus souvent pour assurer ,e service aux bateaux de commerce qui venaient à Kamiesch déposer leur hargement de denrées et de matériel et s’en retournaient chargés de naïades à Constantinople et en France.

La nécessité, qu’on croyait impérieuse, d’embarquer des malades et des •lessés sur des navires non organisés pour ce service spécial d’évacua- :ions, l’obligation de les entasser, pendant les gros temps, dans l’entrepont u la cale, ont eu certainement, au dire de Scrive, une influence fatale ur un grand nombre des évacués qui succombaient parfois pendant la raversée, ou qui arrivaient à Constantinople dans un épouvantable état.

Nos amputés évacués, pour le plus grand nombre, le lendemain ou le Dur même de l'opération, à peine remis de l’ébranlement déterminé par Durs blessures et l’intervention chirurgicale, après un voyage de trois et uatre jours dans des bateaux impropres à ce service, au contact de Dalades atteints d’affections graves de toutes natures, accumulées dans le îême bâtiment, arrivaient dans les hôpitaux de Constantinople, nous dit Ilaupin, avec des moignons volumineux, boursouflés, étalés, douloureux, angrénés ou atteints de pourriture d’hôpital.... Un assez grand nombre e blessures dont un séjour suffisamment prolongé en Crimée eut très robablement préparé la guérison, ont été tellement aggravées par le 'ansport, que non seulement cette guérison était compromise, mais que jute opération tentée en vue de prévenir un dénouement fâcheux, était Ile-même compromise à l’avance! »

A supposer que la pénurie extrême du personnel médical de l’armée ût permis de détacher un ou plusieurs des nôtres pour accompagner haque convoi sur mer, leur inaccoutumance à supporter les traversées, ht paralysé leur action médico-chirurgicale; aussi, quand le bateau ne ossédait pas de médecin en titre, la marine militaire détachait avec bieneillance, sur la demande du médecin chef de l’armée de terre, un chiîrgien d’un bâitment de la flotte pour accompagner l’évacuation. Le plus auvent, on confiail les soins à donner aux malades, pendant la traversée, ux médecins civils des paquebots du commerce1.

Les blessés et les malades à évacuer étaient dirigés de l’armée sur

t. Ces confrères, dit Scrive, ont tous montré dans celte mission de confiance un zèle . un dévouement dignes d'éloges et ils ont mérité une récompense moins matérielle que indemnité pécuniaire accordée à chaque voyage. Leur sollicitude souvent périlleuse était •équemment impuissante devant l’excès île besogne offert par un trop grand nombre de lalades à secourir et de blessés à panser. Sciuvn, o. r., p. .‘178.

30 i LA CHIRURGIE MIL. FR AN Ç. DE 1850 JUSQ’UA NOS JOURS.

Kamiesch, notre port en Crimée, et chaque convoi était accompagné par un médecin et un officier d’administration détachés de l’ambulance qui évacuait les malades1.

Malgré les envois multipliés et considérables de Crimée sur Constantinople, les ambulances du corps du siège et du corps d’observation res- h (aient encombrées; 8 000 à 10 000 malades ou blessés les occupaient sans L relâche; dans certains mois, on comptait 650 entrants par jour, ces entrées 1 atteignirent môme le l/6e de l’effectif.

4° Des hôpitaux d'évacuation. — De nombreux hôpitaux avaient été suc- 1 cessivement créés à Constantinople et dans les autres villes turques pour | recevoir les blessés et les malades de Crimée. L’hôpital de Péra devait )i renfermer, d’après les évaluations administratives, 1 500 à 2 000 lits, ceux t de Dolma-Bagtché 600, c Y Aoud-Pacha 1 200, de Gulhané 1 400, de Ramich- > Tiflick 1 200, du terrain des manœuvres 600, de l’ E voie préparatoire 400, de [I Y École militaire, de 500 à 1 100, de Maltépé 400, de Moslak 500, de Can- il licljé 250, de Y ambassade russe 200, de Varna 500, de Nacjara 500, de Gailipoli 500, soit en tout plus de 10 000 lits Mais, malgré ces évaluations ■ excessives que Michel Lévy avait condamnées et dont il avait prévu et annoncé le danger, on n’atteignait pas encore, à beaucoup près, le nombre de lits que nos médecins avaient réclamé. Aussi, les évacuations, tout en diminuant l’encombrement de Crimée, ne faisaient-elles que le repro | duire dans les hôpitaux de Constantinople. Ceux-ci regorgeaient de malade> et de blessés, et malgré une installation primitive assez satisfaisante, malgré les soins les plus éclairés et les mieux entendus, les complications j les plus graves compromettaient la marche des blessures, même les plus légères. Pourriture d’hôpital, érysipèle bronzé, gangrène traumatique, j infection purulente, ostéomyélite putride, y étaient endémiques. Ces complications se généralisaient sur les blessés, diminuaient d’intensité quand le nombre de ces derniers devenait moindre et reprenaient leur violence primitive dès qu’une évacuation venait à combler les vides. « Elles prirent surtout de l’extension après les évacuations de septembre, nous ditQuesnoy; dès ce moment, il n’était pas de blessure, si légère qu’elle fût, qui ne compromit la vie des blessés par les complications dont elle était menacée2. » Quels enseignements pour nous dans ces faits! Et après une expérience si frappante, quelle terrible responsabilité n’encourrait pas celui qui aujourd’hui tomberait dans de pareils errements! Mais la

1. « A Kamiesch, dit Scrive, l’embarquement avait lieu immédiatement ou ilétaitmomentanément retardé. Dans les deux cas, un autre officier d’administration et un autre médecin chargés spécialement de ce service recevaient les malades à leur arrivée; après la visite du médecin, le comptable dirigeait et surveillait l’embarquement s'il était immédiat; ou. dans le cas contraire, il assignait des places aux malades et aux blessés dans l’hôpital de Kamiesch jusqu’au moment du départ définitif. Il allait à bord et prenait toutes les dispositions nécessaires au bien-être des malades; il s’assurait si le nombre des couvertures et les quantités de paille et de foin pouvaient suffire au couchage de tous les évacués et il faisait embarquer le nombre des infirmiers jugé par lui indispensable au service. Le médecin, à son tour, visitait de nouveau les malades à bord, il renvoyait à l’hôpital ceux qui lui paraissaient peu en état de supporter la traversée et il indiquait la consommation présumée en linge à pansement et en médicaments. Il rendait compte, après chaque évacuation, des particularités de l’exécution de son service, dans un rapport adressé au médecin en chef de l’armée. » O. c,, p. 379.

Page 1