CAMPAGNE D’ITALIE
A la fin d’avril 1839, une armée de 118 000 hommes divisée en deux orps dont l’un franchit les Alpes, et l’autre débarque à Gênes, se porte i secours du Piémont envahi par l'Autriche. Sous les murs d’Alexandrie, >640 Sardes se joignent à cette armée qui va bientôt entrer en ligne untre 200 000 Autrichiens environ. Le nombre des belligérants atteint onc, dès le début de la campagne, près de 400 000 hommes.
Jusqu’au 20 mai, pendant une longue période préparatoire ou d’obser- ! ition, durant laquelle l’armée achève son organisation et complète ses
■ fectifs, on ne signale que des combats d’avant-poste sans importance, uis à cette période, que tous ne savent pas utiliser, comme nous le vernis bientôt, succède une série ininterrompue de combats et de batailles
■ ai ne durent qu’un mois et se termine par une dernière victoire de nos unes, Solférinn.
Montebello (20 mai) est le premier combat un peu important livré par 's troupes françaises. Cette lutte corps à corps dans les rues d’un village
>• 34 grandes amputations n’avaient donné que 6 décès (1 / 9) ; 63 amputations différées, > décès, soit plus des 3/4.
2. Relation médico-chirurgicale succincte de la campagne de Kabylie en 1857, par Scout- •tbn. Broch. in-8. Biblioth. nationale.
qu’il faut enlever maison par maison, nous coûte 548 hommes, et aux Autrichiens un nombre de tués et ‘de blessés un peu supérieur. Le combat de Villata qui la suit (21 mai), donne à nos ambulances 729 blessés. Paies-) Iro, lutte de trois jours (20 au 23 mai) et Turbigo ne sont encore que des f combats plus brillants que meurtriers. Us forcent l’armée autrichienne àl repasser le Tessin et à évacuer le Piémont.
Magenta, qui suit de près Paleslro (4 juin), met hors de combat près dei 5 000 Français, dont 3 223 blessés, et près de 6 000 Autrichiens, parmi! lesquels 4 362 blessés. Magenta ouvre la route de Milan. Les Autrichiens, cherchent en vain à reprendre leurs positions, livrent une nouvelle lutte; sur le môme champ de bataille, mettent hors de combat 4 000 des nôtres! et perdent 15 000 blessés ou tués. Après les deux batailles de Magenta quif avaient coûté aux Autrichiens plus de 20 000 hommes, Milan ouvre ses portes.
Quelques jours plus tard, l’armée autrichienne défend avec vigueur, mais sans plus de succès, le village fortifié de Melegnano ou Marignamï (8 juin) qui nous donne un millier de blessés, et fait entrer dans nos am bulances à peu près le même nombre d’Autrichiens. Seize jours seulement nous séparent de la plus grande et dernière bataille de cette cam pagne, de Solférino, où 97 141 Français et 38 093 Sardes luttent contre»! 163124 Autrichiens. Les Autrichiens ont accusé à Solférino 19 634 blessés etlfj 2 386 morts; les armées alliées 12 102 blessés, 2 313 morts, 2 776 disparus, Il la plupart blessés, soit en tout 35 000 à 40 000 hommes. Quelques jour.^fj plus tard, Napoléon et François-Joseph signaient la convention de VilHr lafranca et arrêtaient les hostilités. La flotte française qui bloquait yenisali rétrogradait, et nos troupes allaient, pour quelques mois, occuper la1 Lombardie et le Piémont, pendant que le 5e corps envoyé en observa-?!; tion en Toscane, rejoignait le gros de l’armée.
Bertiierand, que nous venons de suivre en Kabylie, était en Italie;? médecin en chef de l’ambulance du grand quartier général impérial, c’est- f à-dire qu’il occupait la première place après H. Larrey, médecin en chef) 8 de l’armée. Cette ambulance, à laquelle étaient attachés Leroy, Baizeaulg Jacquemin, Gaujot, Paulet, et quelques autres, avait, à la fin de la cam-dj pagne, assuré des soins à 6 707 blessés. Aucune n’avait eu un service aussjl! surchargé.
Les lettres que Bertherand a consacrées à la campagne d’Italie son#!1 moins intéressantes, moins substantielles que sa relation de la guerre dal! Kabylie1. Écrites au jour le jour pour son journal, la Gazette médicale dk l'Algérie, pendant de courts instants pris à un service surchargé, elles ntj pouvaient guère présenter que le mérite et l’attrait de l’actualité et de id nouveauté. Réunies, elles formaient le journal d'un chirurgien d’ambul lance, qui, au pas de charge , note ses impressions et ses actes. Les lieu>l traversés, les péripéties de la lutte, les difficultés d'installation des serj vices, la situation des hôpitaux et des ambulances, l’initiative du chirur-j den et ses succès, tout cela se mêlait à des observations prises rapidement
f/éné)
1. Campagne d’Italie de 1859 .Lettres médico-chirurgicales écrites du grand quartiA \éral de l’armée. Paris, 1860, in- 1 2, 198 pages.
SONRIER.
I l’ambulance et, de ce fait, forcément incomplètes. La lecture de la sta- K istique de Chenu dispense de celle des lettres de Bertlierand. Les obserij ations et les indications de ce dernier auteur sur les cifets des projectiles, I es amputations, le tétanos, la chloroformisation, etc., y sont reproduites, | k /ccompagnéesde remarques plus intéressantes et plus complètes tirées des i apports officiels du même chirurgien. Nous ne relèverons dans l’écrit que | ous analysons qu’une remarque : elle est relative au traitement utilisé par
Ï.arghi sur les blessés recueillis à l’hôpital de Yerceil. Larghi cautérisait vec le crayon de nitrate d'argent toutes les plaies d’armes à feu. Il le provenait dans le trajet sinueux des balles, sur les surfaces escarrifiées des rojectiles, et jusque sur les moignons d’amputés. L’expérience acquise Mir les blessés piémontais de 184-8-1849 avait, disait-il, sanctionné à ses eux les avantages des applications de ce topique détersif qui mettait les Haies à l’abri de l’infection purulente, de la pourriture d’hôpital et du >étauos ‘.
SONRIER 2
Le médecin-major Sonrier, attaché aux hôpitaux de Crémone après olférino, a soigné 2 840 blessés jusqu’à leur entière guérison, avec l’as- - stance seulement de quelques aides français et italiens. Dans un mémoire de 163 pages, il a fixé la relation des cas les plus importants qu'il a -u voir, et les remarques parfois personnelles que l’observation de ces ombreux blessés lui a suggérées. Ces remarques, il les oppose aux données, aux règles acquises par l’expérience des aînés. C’est ce Mémoire que ous avons à analyser succinctement.
Sonrier étudie très rapidement d’abord les effets des nouvelles balles ivlindro-coniques, d’une façon générale, puis leur action sur toutes les orties ducorps.il nous donne en germe la théorie qui rattache l’extension -•es dégâts dans les fractures à la fragmentation considérable des projecles:i. Il insiste sur l’immunité des plaies d’armes à feu qui n’intéressent nie les parties molles, et sur celle des plaies compliquées de fractures, appuyant sur les faits observés, Sonrier propose de « conserver quand la -acture est comminutive, sans dilacération trop étendue, sans esquilles ; tachées , ni corps étrangers, et si la suppuration est modérée; d’amputer î contraire et immédiatement, quand la diaphyse est brisée avec éclat, vec esquilles volumineuses, projetées dans les chairs meurtries et réduites i bouillie ».
Les diverses questions relatives aux amputations arrêtent surtout Sonfer. C’est à leur étude que la plus grande partie de son Mémoire est conicrée. Il en décrit sommairement les accidents, en discute les indications, 'S procédés opératoires, et compare les avantages des amputations dans
continuité à ceux des amputations dans la contiguïté. Il se montre îdversaire des idées de Salleron et de J. Roux sur le rôle de l’ostéolyélite, et sur la supériorité des désarticulations sur les amputations.
Il clôt son travail en jetant quelques aperçus sur les pansements, la
2. ( ampar/ne d'Italie. Plaies d’armes à feu, par Sonrier. Paris, Rozier, 1863.
diététique des blessés, la résistance que les blessés de chaque nation offrent aux grandes mutilations. L’étude de ce dernier point l’amène à insister sur les principales ressources que le chirurgien peut puiser dans la thérapeutique morale.
En somme, le Mémoire de Sonrier est intéressant à lire, et l’auteur v montre dans certaines pages l’esprit d’un critique sagace.
CHENU’
La statistique médico-chirurgicale de la guerre d'Italie que Chenu entreprit à la demande du Conseil de santé des armées, représentait un travail plus considérable encore que celui de la statistique de la guerre de Grimée. Elle se composait de deux volumes in-quarto fournissant ensemble : 1 900 pages de texte, renfermant un nombre considérable de tableaux, et ; un atlas de 118 cartes.
Comme dans sa première statistique, Chenu insistait beaucoup plus i sur les résultats chirurgicaux que sur les résultats médicaux; il y suivait ; le même ordre, et à propos des blessures de chaque région, il fournissait) | un résumé succinct des lésions observées et des résultats définitifs obte-ll nus. Mais de plus, à ces résumés arides il ajoutait, pour la statistique de) la guerre d’Italie, des documents inédits bien autrement complets et inté-b ressants que ceux qu’il avait empruntés à Scrive sur la guerre de Crimée Ces nouveaux documents non seulement éclairaient maints points de la) pratique de nos chirurgiens, mais ils constituaient aussi d’utiles rensei-oj gnements sur les desiderata de l’organisation du service de santé, et sui|H les modifications indispensables que celui-ci réclamait. C’était au médecin) 4 inspecteur Larrey que Chenu devait de posséder ces documents. Larrey.) ï qui avait eu d’abord l’intention d’écrire l’Histoire médico-chirurgicale dejil cette guerre, et qui, pour des raisons que nous n’avons pas à apprécier.' J n’avait pas mis son projet à exécution, lui avait confié toute sa vaste cor-i | respondance officielle de médecin en chef de l’armée; il lui avait commu-uj niqué ses lettres avec le commandement, le conseil de santé, l'intendancej j ses subordonnés; il lui avait remis tous ses rapports périodiques, seii mouvements des ambulances et des hôpitaux, et les observations que lui avaient transmises les chefs de service de nos divers établissements saniji taires, etc.
A titre d’ Introduction, Chenu nous donne dans son premier yoô/mitl quelques aperçus généraux sur le service de santé et son importance ainj j armées, quelques indications sur l’état du personnel médical de l'armé® d’Italie, des notes sur certains services, et des considérations sur la conf servation des armées en campagne. A cette introduction fait suite le Jountim des faits principaux de celle guerre, dans lequel au récit succinct des opéraj ■ lions militaires se mêle celui, bien autrement curieux et instructif pour nous, des défectuosités, des vices d’organisation de nos services. Le|| lettres de réclamation de Larrey reviennent chaque page, mêlées au?j I rapports substantiels des médecins des ambulances et des hôpitaux su< I
1. Chenu, Statistique médico-chirurgicale de la campagne d'Italie en 1859-60. 1869.
CHENU
les faits observés, sur les dispositions prises pour assurer les soins des blessés et leur évacuation. Ce volume se termine par des renseignements J sur la composition des ambulances en personnel médical, pharmaceutique et administratif, sur la quantité et la nature des dépenses laites dans cha- -une d’elles en matériel pharmaceutique et administratif. De ces tableaux I naturellement arides découlent plus d’un enseignement sur 1 importance | les divers services et de leur matériel. Ceux qui s’intéressent aux ques- | dons d’organisation sanitaire feront bien de les consulter.
Dans le second volume , Chenu fait pour les hôpitaux ce qu’il avait fait » pour les ambulances dans le volume précédent. Il nous renseigne sur leurs 4 situations mensuelles, la composition du personnel médical, le chillre I les malades et des blessés dans chaque établissement, les dépenses en matériel pharmaceutique et administratif. Ces documents sont tirés des j pièces officielles fournies per les médecins-chefs qui ne craignent pas de I signaler en passant toutes les défectuosités de leurs installations, les i moyens d’y pallier en même temps que les résultats chirurgicaux obtenus.
La partie la plus instructive de ce second volume porte l’en-tête : :< 1 blessures de guerre. Chenu y classe, oppose et résume, dans une centaine le pages environ, les opinions et les observations des chefs de nos ambui ances et de nos hôpitaux sur les traumatismes de guerre sans y rien i ajouter pour ne pas enlever à ces documents leur originalité. Les caracr. ..ères généraux, les complications des lésions observées, les traitements utilisés, y sont passés en revue et éclairés de réflexions pratiques toujours nstructives. Ce sont surtout les Rapports de Salleron, de Maupin, de Iertherand, de Cuvellier, de Gaujot, de Sonrier, de Baizeau, d’IsNARD, ie Malapert, de Martenot de CoRDOux,de Yillamur et de J. Roux de Toum qui occupent le plus de place dans la statistique de Chenu.
Après cet aperçu général, Chenu nous fournit sa statistique proprement ite qu’il a établie avec les mêmes données et qu’il a conçue sur le même nodèle que celle de la guerre de Crimée.
Ce volume se termine par un résumé des pertes des armées française, arde et autrichienne, par l’état nominatif des officiers tués ou blessés nortellement, par un chapitre consacré aux maladies de l'armée d Italie lans lequel se trouvent les Relations de Boudin etdeCAZALAS, enfin par des perçus sur le recrutement de l'armée.
La guerre d’Italie avait fourni 17 054 blessés français; 2536 hommes avaient trouvé la mort sur le champ de bataille, et 325 officiers et soldats 1 dessés avaient succombé dans les ambulances.
1 255 grandes opérations avaient été pratiquées dans les ambulances '■■t les hôpitaux.
L’armée sarde accusait 1 010 tués, 4822 blessés, 1 268 disparus ;
L’armée autrichienne, 5416 officiers et soldats tués, 26 149 officiers et oldats blessés et 17 306 disparus, tués ou prisonniers.