‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 238 sur 460 · APERÇU SUR LES ENSEIGNEMENTS DE LA GUERRE D’ITALIE · texte numérisé non relu

APERÇU SUR LES ENSEIGNEMENTS DE LA GUERRE D’ITALIE

1- — Blessures de guerre. — Un fait frappa lesjchirurgiens français en lalic, dès les premières rencontres, ce fut la plus grande gravité des blés-

sures présentées par les Autrichiens recueillis dans nos ambulances et nos hôpitaux. Au lieu d’en rechercher l’explication dans des causes d’ordre secondaire, ils admirent que la principale raison de celte gravité devait être attribuée au poids et à la vitesse supérieure de nos projectiles. Ils décrivirent, à nouveau, avec soin, les effets produits par nos balles et ceux déterminés par les balles ennemies; ils accusèrent les différences qui les séparaient au point de vue du plus ou moins de netteté des plaies, de la contusion de leurs lèvres, de l’ampleur de leurs orifices, et de la fréquence du séjour des corps étrangers dans les tissus.

Les lésions par gros projectiles ne donnèrent lieu à aucune considération nouvelle. Quelques blessures produites par les fusées à la Congrève les frappèrent beaucoup.

Les pansements , les appareils à fractures des devanciers ne subissent aucun changement important entre les mains des chirurgiens français. Signalons cependant l’emploi très fréquent du drainage. Dans les fractures, on utilise de préférence, autant que les ressources le permettent, les gouttières en fil de fer, comme appareil contentif du début, et, pour la dernière période du traitement, beaucoup ont recours aux appareils inamovibles de Seutin.

Quelques-uns prennent aux chirurgiens italiens leurs gouttières en ferblanc qu’ils jugent supérieures aux nôtres. Larrey les recommande et il ne tient pas à lui de ne pas en voir généraliser l’emploi. D’autres, en plus petit nombre, sont frappés des avantages des attelles en bois en forme de valves des Autrichiens et les préconisent. O11 expérimenta également, en Italie, l’appareil contentif de Gaillard de Poitiers, les appareils en plâtre de Giron et pour le pansement des plaies, les sachets de charpie et les compresses de papier carbonifère proposés par Pichot et Malapert.

H. Larrey avait recommandé, dès le début de la campagne, de préférer d’une façon très générale la conservation à l’amputation dans les trau matismes des os par balles et de ne pas même faire exception pour les fractures de la cuisse.

Conserver et évacue r sont pour lui deux grands principes qu’il ne cesse de rappeler aux chirurgiens placés sous ses ordres. Les conditions dans lesquelles allaient se trouver les blessés semblaient d’ailleurs, au début, des plus favorables à la réussite des tentatives conservatrices : les troupes ne subissaient que peu de fatigues, elles ne connaissaient pas les privat'1°ns’ santé générale et leur moral restaient excellents; après chaque a aire, hospitalisation semblait s’offrir d’elle-même dans les établissements nom ieux situes a proximité du champ de bataille. L’absence de secours c îrurgicaux suffisants ou assez éclairés et l’encombrement des blessés ( ans es opitaux de certaines villes contre-balancèrent l’heureuse influence c ces premières conditions si favorables et compromirent une partie des eaux iesu as qu on (-tait en droit d’attendre. Aussi ce ne fut qu’à cérames périodes, et dans certains services, qu’on les obtint. Tandis que là,

. fac urcs> c e. a c,1*sse voyaient leur guérison s’effectuer sans graves 1 * erî,S’ f)ar 01s presque sans suppuration (Haspel), ailleurs la mortalité e ces blessés égalait sinon dépassait celle des amputés. Quoi qu’il en soit,

f*ÇOn Sént?le’ la cause de la conservation dans cette variété de ima isme sein i a gagnée, grâce à l’expérience des chirurgiens d’Italie.

ENSEIGNEMENTS DE LA CAMPAGNE D’ITALIE

Les blessés atteints de fractures des membres supérieurs toujours plus favorisés, au moins en ce sens que leurs blessures ne les empêchent pas de se soustraire aux pernicieuses influences du séjour dans les salles, fournirent à la statistique des résultats plus encourageants encore.

Cette opération qui fait partie de la méthode conservatrice, la résection, ne put être souvent pratiquée en Italie, dans notre armée. Et pourtant les enseignements de Bandons étaient encore trop récents pour être perdus ! Ce ne furent pas des considérations chirurgicales qui engagèrent à les délaisser, mais des dispositifs administratifs s’opposèrent à leur emploi. Il ni/ avait pas de boite à résection 1 dans les approvisionnements, elles étaient restées en France, et malgré les réclamations incessantes de Larrey, elles n’arrivèrent qu’à une époque où elles étaient devenues presque inutiles. Isnard, Larghi et quelques autres pratiquèrent seuls des résections articulaires.

Le chloroforme avait été employé avec tant de succès en Crimée et en Kabylie, que les chirurgiens français ne pouvaient plus se passer, pendant la guerre d'Italie, du précieux anesthésique. A côté de nous, les chirurgiens sardes ne l’employaient qu’avec une grande répugnance; ceux d'entre eux qui ne dédaignaient pas le secours des anesthésiques, préféraient l’éther au chloroforme. Leurs craintes s’évanouirent devant les résultats heureux de la pratique française. A côté de nous, les Autrichiens employaient un mélange d’éther et de chloroforme. Les expériences que les chirurgiens français avaient faites déjà en Crimée sur la manière si différente dont leurs blessés et les blessés ennemis supportaient les anesthésiques et réagissaient sous leur action, furent renouvelées en Italie.

De toutes les complications des plaies d’armes à feu, celle qui frappa le plus les chirurgiens, en Italie, ce fut le tétanos. Chenu en a relevé 153 cas, mais il n’est pas douteux que certains n’aient été volontairement ou involontairement oubliés. Dans certaines villes comme Milan, mais surtout Brescia, et dans certains hôpitaux de ces villes, il sévissait avec une fréquence telle qu’on eût pu le croire épidémique. Nos chirurgiens remarquèrent qu’il se montrait presque exclusivement dans les églises, où, après les grandes batailles, on avait souvent été forcé d’accumuler un grand nombre de blessés. Son étiologie reçut ainsi quelques éclaircissements et de nouvelles tentatives furent faites pour perfectionner son traitement.

Cuvellier proposa les enveloppements ouatés et le chirurgien italien Vella, professeur de physiologie à Turin, utilisa le premier le curare. « L’usage de l’ouate, pour envelopper les parties douloureuses, impressionnables au froid des nuits, est, malgré sa simplicité, un moyen qu'il ne faut pas dédaigner, disait Cuvellier. Sous l'influence de la ouate et dos opiacés, nous avons vu des accidents tétaniques, au début, disparaître complètement*. » Voila, de son côté, se basant sur les expériences de Claude Bernard, promenait sur les plaies un pinceau chargé d’une solution de 5 centigrammes de curare sur 100 grammes d’eau et obtenait des résultats divers dont nous apprécierons plus loin la valeur.

1. Au grand quartier général impérial, èlles arrivèrent une semaine après Solférino, le 2 juillet. Chenu, o.r.

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