‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 239 sur 460 · LA · texte numérisé non relu

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La fréquence des hémorrhagies secondaires , lorsque l’inlluence de l’encombrement se fait sentir sur la marche des plaies, fait conseiller par G vujot de revenir h la pratique ancienne des ligatures médiates, et Richehn, témoin, sur le champ de bataille, de l’arrêt immédiat de l’hémorrhagie d’une fémorale par un compresseur simple et ingénieux, le fait adopter pour nos boîtes à amputations.

La gangrène traumatique , sans sévir de beaucoup avec la même intensité et sous une forme aussi grave qu’en Grimée, se montre cependant, surtout après Solférino et de préférence sur des blessés autrichiens qui avaient été abandonnés plusieurs jours sur le champ de bataille. Gaujot, Sonrier,

Aspol, Bertuerand, Salleron la signalent, en décrivent les caractères et cherchent à en éclairer la pathogénie.

La pourriture d’hôpital sévit également sur quelques points particulièrement encombrés et se montre surtout encore sur les blessés autrichiens. Son histoire, en Italie, n’est éclairée par aucune recherche importante. Salleron, qui l’observe, reprend le perchlorure de fer qui lui avait si bien servi en Crimée, pendant que d’autres chirurgiens français dans les hôpitaux de Milan et de Gênes expérimentent la poudre de coaltar de Corne et Demeaux que Velpeau avait recommandée à son collègue de l’Institut, le maréchal Vaillant, major général de l’armée d’Italie. Les rapports des chirurgiens qui en firent usage admirent tous que le nouveau topique neutralisait l'odeur nauséeuse de la pourriture d’hôpital, mais ils accusaient des résultats contradictoires à propos des modifications favorables que ce désinfectant imprimait aux plaies.

Enfin ce sont les blessés de l’armée d’Italie qui fournissent à J. Roux, de Toulon, les matériaux de son beau mémoire, aujourd’hui classique, sur V ostéomyélite , et à son collègue de la marine Saurel les éléments de son remarquable travail, trop peu connu, sur les fractures par aimes à feu .

II. Fonctionnement du service de santé. — La guerre d'Italie montra d une façon plus éclatante encore que la guerre de Crimée les vices d’un système qui consistait à abandonner la direction du personnel, du matériel du service de santé des armées et l’hospitalisation des malades et des blessés à des autorités étrangères aux choses médicales.

En Crimée, on était dans un pays éloigné, ennemi, dépourvu de ressources ; deux rigoureux hivers y avaient surpris nos troupes; ces conditions apportaient peut-être quelque atténuation aux grandes fautes commises. En Italie, au contraire, notre armée est à quelques lieues de la frontière, dans une contrée bien reliée à la nôtre; elle marche de victoires en \ictoires, reçue avec enthousiasme dans ce pays ami qu’elle vient rendre à sa nationalité, elle opère dans le pays le plus riche du monde, semé de gran es Mlles, de beaux villages, sillonné de bonnes routes, de voies ferrées et < e C0|Jrs d eau. En quelques semaines elle a terminé la campagne sans avoir été lassée. Or, la chose est à peine croyable, c’est pendant cette campagne et dans ces conditions que l'hospitalisation des malades et des blessés se montrera si défectueuse que, pendant quatre jours, huit -.ns e ( ermeis vont die nourris par la commisération publique, et que

i. Chenu, o. c., p. 665 et p. 344.

ENSEIGNEMENTS DE LA CAMPAGNE D’ITALIE

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nombre d’entre eux vont rester quatre jours sur le champ de bataille! C’est là qu’on verra cette chose unique dans nos annales, une armée française forcée d’abandonner la presque totalité de ses malades et de ses blessés, dès le début de la campagne, à des médecins étrangers. Au jour où l’implacable statistique comptera les pertes et les succès, les chirurgiens françois auront à constater en Italie que, malgré leur dévouement et leur expérience, la mortalité de leurs opérés a été à peine de 9 p. 100 inférieure à celle des opérés de l’armée de Crimée, où tout, climat, privations, fatigues d’un long siège, choléra, typhus, pourriture d'hôpital, infection purulente, avait conspiré contre eux.

Dans une campagne de longue durée, une organisation insuffisante ou vicieuse peut, sous la pression des événements, se modifier, se transformer petit à petit, surtout quand on sait ménager une large part à l’initiative individuelle et faire appel à tous les dévouements. L’expérience delà guerre d’Amérique l’a prouvé. Mais, dans une campagne aussi courte que celle d’Italie, des services dont le fonctionnement n’avait pas été assuré avec une suffisante sollicitude pendant la paix et qu’au moment des luttes, des préoccupations plus pressantes forçaient encore à délaisser, ne pouvaient marcher d’une façon effective, régulière, bienfaisante. Nos services étaient en désarroi dès le début des hostilités, ils y restèrent jusqu’à la fin, pour le malheur des malades et des blessés. Ce qui va suivre, puisé aux sources les plus sûres de notre histoire, ne va que trop le démontrer.

En Italie, à la fin de la campagne, on compte, pour 160 000 hommes d’effectif, 132 médecins, pas même un médecin pour 1 000 hommes ! Et encore comment étaient-ils répartis? Des régiments n’en n’avaient point, d’autres ne comptaient qu’un aide-major et les ambulances étaient aussi mal pourvues. A l’ambulance du quartier général, pour ne prendre que cet exemple, à cette ambulance centrale où se pratiquent les opérations les plus délicates et qui doit toujours comporter une réserve de personnel pour les grandes luttes, le médecin en chef Bertherand n’a que cinq aides, et. pour satisfaire à des besoins pressants, il est obligé d’en laisser un ou deux, après chaque grande bataille, à la tête d’écrasants services dans les grands centres d’évacuation! La plupart des ambulances divisionnaires n’ont que quatre médecins au plus et beaucoup en ont moins. Le médecin en chef H. Larrey ne cesse de réclamer du personnel, il fixe à 300 le nombre des jeunes médecins encore nécessaires pour assurer tant bien que mal le service des ambulances et des hôpitaux sans pouvoir obtenir satisfaction. Qu’on était loin des 20 chirurgiens attachés à chacune des ambulances volantes de D. Larrey et des 130 médecins de l’armée de 30 000 hommes qui assiégea Alger! Pendant que les besoins sont pressants, on discute, on cherche encore à distraire des régiments un personnel insuffisant à assurer leur propre service et alors qu’on lésine, les ambulances ne peuvent suffire à leur tâche et les blessés sont laissés sans soins. C’est des champs de bataille d’Italie qu’est parti, ne l’oublions pas, le cri de la charité privée poussé par Dunant, et le tableau qu'il a tracé, n’avait rien que de rigoureusement exact. Un autre témoin oculaire, frappé de ces- tristes spectacles, s’adresse à l’Empereur et les chirurgiens militaires, et non l’administration dont ils subissent la triste influence, ont à se défendre de l’accusation d’avoir un instant négligé leur œuvre de dévouement,

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N’était-il pas naturel, pour une personne étrangère à l’armée, de reporter sur le médecin, l’assistant direct du blessé, l’oubli des secours auxquels

ce dernier avait tout droit de prétendre?

La pénurie en personnel subalterne, en infirmiers militaires est aussi

««rancle que la pénurie en médecins. Quant au matériel, faisait-il défaut ou était-il mal réparti, toujours est-il qu’il manquait dans maintes ambulances. C’était là le matériel de pansement, là le matériel pharmaceutique, là le matériel instrumental qui étaient absents. Presque toutes les ambulances furent obligées de faire construire sur place leurs brancards, ainsi qu’en témoignent les notes des comptables qu’a relevées Chenu! Les four o-o ns de transport, les cacolets et les litières sont en nombre toujours insuffisant, et le transport des blessés se fait le plus souvent à l’aide de véhicules réquisitionnés ou prêtés par les populations et mal adaptés à leur nouvel usage 1 .

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