‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 242 sur 460 · Chenu, o. c., p · texte numérisé non relu

Chenu, o. c., p

2. « Les évacuations de malades ou de blessés ont été faites, jusqu’à ce jour, avec tant1, 1 de précipitation qu’elles ont besoin d’être régularisées pour le service médical des iiô pitaux.

u J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien ordonner, si cela est possible, que chaque hôpital soit averti d’avance des diverses évacuations à recevoir, comme des évacuations à | faire, afin d’assurer ainsi aux malades et aux blessés les premiers soins nécessaires et souvent même des opérations urgentes de chirurgie. Ce mode de fonctionnement, une fois bien organisé, contribuera beaucoup aux résultats favorables de l’état sanitaire des ambu- ; lancés et des hôpitaux. » Lettre du baron Larrey, médecin en chef de l’armée à l'intendant général, daté du 27 mai. Chenu, o. c., p. 67.

« Vous ne sauriez, écrit de Brescia, le 11 juillet, le médecin principal Isnard au médecin en chef de l’armée, vous faire une idée de ce qui s'est passé ici quand nous avons reçu de? blessés ; on les a entassés partout, on en a emporté dans des maisons particulières J ou a improvisé des hôpitaux dans des églises, dans des boutiques, dans des écuries. Il nom a fallu courir de tous côtés, passer un jour dans deux hôpitaux où nous ne comptions rester qu’une heure, consoler, opérer, faire des pansements, et il s’en faut de beaucoup que nous ayons fait tout ce qu’il eut fallu faire. L 'hôpital de la veille avait disparu, «R autre s'était agrandi ou installé... » Chenu, o. c., p. 394.

« L’empressement qu’on a mis, après les batailles de Magenta et de Solférino, à évacuei I les malades sur les hôpitaux, en quelque sorte improvisés, adonné lieu à unencombremen qui a été préjudiciable aux blessés malgré tous les efforts du personnel. Si un cas sem i blable venait de nouveau à se présenter, je vous prierais de conserver les blessés dans le' ambulances autant que le service le permettrait, et dans tous les cas de n’opérer les évacuations que par portions... » Lettre du médecin en chef de l’armée à l’intendan général de l’armée. Valeggio, 0 juillet. Chenu, o. c., t. I, p. 388.

ENSEIGNEMENTS DE LA CAMPAGNE D’ITALIE

nombre considérable de malades et de blessés1. C’est sur les hôpitaux d’Alexandrie que furent transportés les blessés de Montebcllo. Ceux de Magenta furent évacués sur Turin.

L’armée s’étant rapidement éloignée de ces trois grandes villes, on les conserva néanmoins comme centres d’évacuation de seconde ligne et on chercha ailleurs des ressources hospitalières : Verceil, Novare , fournirent, après les combats de Magenta, asile à nos blessés.

Milan recueillit dans ses hôpitaux, ses monastères, ses églises, (S 000 blessés des deux batailles si meurtrières de Magenta. Vingt-deux établissements hospitaliers avec 281 médecins civils étaient là sous la direction du médecin principal Cuvellier. Après Solférino, Montechiaro, Novare, Crémone, recueillirent des milliers de blessés. Castiglione, où séjourna Bertiierand, reçut 4 000 blessés de cette même bataille, dont un quart d’autrichiens, Bergame où Baizeau réunit 2 176 blessés, mais surtout Brescia constituèrent encore des centres d’hospitalisation des plus importants. A Brescia, le médecin principal Isnard surveillait et dirigeait 38 hôpitaux, i dans lesquels s’arrêtèrent 32 417 blessés ou malades. C’est sur les hôpitaux I de toutes ces villes que les dépôts provisoires de blessés établis dans des villes moins importantes, déversèrent plus tard leurs malades et leurs blessés.

L’hôpital de Livourne et quelques hôpitaux de la Toscane abritèrent les malades du 5e corps. Nous négligerons de parler de ces établissements jji secondaires.

L’insuffisance extrême du personnel des médecins attachés aux ambulances et aux corps de troupe ne permit pas d’en placer un nombre suffisant à la tête de chaque service de blessés dans ces grands centres d’hospitalisation. Dans des villes comme Alexandrie qui, comme nous l’avons vu, avait recueilli les blessés de Montbello, le médecin principal Cazalas, était resté seul médecin français du 18 au 28 mai, avec deux aides jusqu’au 19 juin, avec quatre aides jusqu’au 24 juin ; et ce ne fut qu’après la fin des hostilités qu’il put réunir un personnel de médecins militaires en rapport : avec l’importance de ses services. A Montechiaro, Gaujot, alors aide-major, hospitalisa seul 2 041 blessés français, autrichiens et sardes. A Brescia, Isnard établit 37 hôpitaux et hospitalisa 12 396 blessés; il avait avec lui 1 médecin principal, 4 médecins-majors, 4 aides-majors et o sous-aides; à i Gênes, Maupin, qui dirige l’hôpital de San-Benigno, eut à soigner 6 046 blessés avec 1 médecin-major et 1 aide-major2.

Pour assurer des soins, même fort incomplets à ces blessés, au milieu d’une pareille détresse, l’administration prise au dépourvu, dut recourir au personnel médical militaire de l’armée sarde, aux médecins des hôpi taux des grandes villes italiennes, à des médecins italiens requis et en dernier lieu à des sous-aides et à des médecins requis venus de France. Le personnel de santé de l’armée sarde nous prêta le plus dévoué, le plus utile concours. Il assurait surtout les soins des blessés placés dans les

L Un seul hôpital militaire d'Alexandrie, l’hôpital français de San-Stefano, reçut K 102 malades et blessés. Le nombre des blessés s’éleva à 2236.

2. « Ces services d'hôpitaux destinés à des rôles importants n’ont, dit Maupin, que le canevas d’un personnel médical à eux et ne vivent d’abord que d'emprunts. » Ciiknu, o. c., p. 18.

salles de ses hôpitaux militaires. Dans certaines villes, comme à Alexandrie, des chirurgiens militaires de cetLe armée, Cortèse, Baraffto, etc., supportèrent même une grande partie du poids des services de chirurgie. Mais à mesure que l’armée sarde élargissait sa hase d’opérations et que ses pertes augmentaient, elle rappela la plupart et les meilleurs de ses chirurgiens pour le service de ses ambulances, de ses hôpitaux de première ligne ou de ses corps de troupe, et on en vint à être réduit au seul concours des médecins civils des villes italiennes auxquels on avait dù faire appel dès le début de la guerre.

Les chirurgiens des grands hôpitaux italiens, les Larghi à Yerceil, les Gherini à Milan, Strambio, Griffini, Restelli, Benedini et d’autres encore apportèrent à nos blessés une assistance dévouée, utile et bienfaisante. Mais vingt chirurgiens d’élite qui avaient encore à partager leur temps entre leur clientèle et les blessés de leur service ordinaire, pouvaient-ils -suffire pour supporter, pendant plusieurs mois, le poids de services si importants? Eussent-ils fait l’impossible qu’ils n’eussent pu faire assez. Restaient alors des médecins requis en Italie, un peu partout, qui vinrent dans nos hôpitaux soit de gré, soit de force, praticiens des villes ou des campagnes, empressés sans doute, mais plus qu’ordinaires, souvent sans clientèle, peu faits pour la plupart aux pratiques de la chirurgie, absolument ignorants de la thérapeutique des plaies d'armes à feu, aussi capables d'une timidité outrée que d’un entraînement irréfléchi vers une intervention opératoire suractive. N’ayant aucune idée de la marche d’un service dans un hôpital militaire, ils n’inspiraient aucune confiance à nos hommes dont ils ne parlaient ni ne comprenaient la langue; ils échappaient complètement à notre autorité, et c’était ce personnel d’emprunt, de raccolaç/e , comme l'appelait Maupin, qui représentait les chefs des services de blessés français1!

La France était-elle donc si dépourvue de personnel médical et si éloignée pour qu’il semblât impossible d’élargir les cadres .du corps de santé militaire, pour qu’on ne fit pas appel à ses médecins civils, ou que par des évacuations, des dispersions opportunes pratiquées vers le sol français, on tentât d’en rapprocher les blessés? Larrey propose l’élargissement des cadres qu’à quelques mois d’intervalle, pendant la paix, on va

1. « A quoi sert, disait le médecin principal Maupin écœuré, d’entourer, dès le temps de paix, l’entrée dans le corps de santé militaire de tant d’épreuves difficiles, d’en faire subir à des docteurs en médecine de nos Facultés, d’échelonner pendant quinze à vingt ans celles de nos chirurgiens des hôpitaux, pour voir, au moment où la besogne rude, difficile, demande le plus d’entente à la matière, ne pas hésiter à confier nos malades à des médecins qu’on ne connaît pas, dont les uns sont restés toute leur vie étrangers même au train-train journalier des hospices ; dont les autres, pour avoir pratiqué dans les établissements civils, n’ont opéré là que sur des mouvements réduits et bien réguliers de malades; à des médecins qui, pour la plupart, dans le cours de leur carrière, et au point de vue de la chirurgie en particulier, n’ont trouvé que de loin en loin l’occasion de faire ce qui, du premier coup, va être leur travail de tous les jours et de tous les instants ! C’est à ne pas le croire !... J’ai vu, j'ai pu juger... En somme, ajoute le même auteur, pendant les quatre mois les plus laborieux de la campagne, le service de sauté est fait avec un personnel constitue de toutes pièces, en partie recruté sur place, en partie colligé à la hâte en France, presque totalement étranger à la médecine du soldat, un certain nombre étranger à la médecine eu général, composé de bons et de mauvais éléments... » Chenu, o. c., t. I, pp. 20 et-23.

Ce système fut aussi déplorable au poiut de vue économique qu’au point de vue humanitaire. Ceux que cette partie de la question intéresserait n’auront qu'à se reporter aux notes de Cazalas.

! reprendre; il propose de faire appel au dévouement des collègues civils, [ sans obtenir primitivement plus de succès. Enfin, comme nous l’avons vu, , il ne cessa d’insister avec non moins do force sur l’utilité des évacuations I françaises qui eussent permis, dans les hôpitaux civils et militaires du Sud-Est, d'hospitaliser dans les meilleures conditions plus de blessés que : n’en avait fourni la campagne d’Italie. Mais on se raidit contre l’idée de ces | évacuations sur la France que Solférino imposa.

Dépourvus d’un personnel subalterne assez nombreux et possédant l’expérience et l’autorité nécessaires pour diriger des services même partiels, les médecins principaux, directeurs des services des grands centres d’hos- ;f pitalisation de Gênes, de Turin, d’Alexandrie, de Milan, de Brescia, en vinrent à réclamer, au moins, des sous-aides, voire des élèves. Larrey : reproduisit leurs doléances. Les sous-aides arrivèrent quand la guerre était i finie, et les élèves mal recrutés, la plupart sans examens, parmi des jeunes ij gens qui n’avaient aucune expérience du malade ou du blessé, absolument neufs pour la pratique des pansements, ou, mus en très grand nombre, comme l’a dit Salleron, par l’attrait, de la nouveauté et d’un voyage d’agrément en Italie, ne rendirent que peu de services. Il en fut de même de ceux qu’on recruta surplace1.

La guerre eût traîné en longueur, comme on avait le droit de s’y attendre. on eût couru au-devant de désastres médicaux et chirurgicaux i tout aussi terribles que ceux de Crimée. Et qui sait si les plaintes de ces ! blessés n’eussent pas alors franchi la frontière, et enfin ému et éclairé le pays! La fin si rapide et si inattendue des hostilités sauva une situation compromise. Après Solférino, le personnel des ambulances, devenu tout à coup libre, assura tantbien que mal le service des blessés fournis par cette dernière lutte et les batailles précédentes. Et, si dans nos hôpitaux I encombrés de Turin, de Milan et surtout de Brescia, l’infection purulente et la gangrène gazeuse avaient, dans l’intervalle, fauché nombre de victimes; si, lorsque se livra la dernière bataille, presque tous les amputés et les blessés atteints de fractures succombaient, ces morts exprimées seulei ment par des chiffres sans éloquence au tableau des tués à l'ennemi ou des blessés morts des suites de leurs blessures, ne pouvaient soulever alors aucune récrimination, et faire sentir ce que de si inutiles sacrifices comportaient d’odieux.

Avec un système d’évacuations à outrance exécutées sans méthode, n’aboutissant le plus souvent qu’à l’encombrement, avec une organisation ambulancière et hospitalière si défectueuse, avec des soins aussi insuffisants, on n’a pas le droit d’exiger de la chirurgie des résultats brillants. Ceux qui sont consignés dans la statistique de Chenu ne ressemblent pas, en effet, à ceux que nos chirurgiens devaient obtenir, pendant une campagne très • courte, sur des blessés non épuisés, dans des conditions d’installation qui ' eussent dû être si favorables si on avait su en tirer parti. Les enseignements épouvantables de la guerre d’Italie doivent rester toujours présents à nos esprits. Cette campagne a servi à démontrer avec une évidence frappante la pernicieuse influence que peut exercer sur la pratique de la chirurgie aux armées une organisation sanitaire défectueuse.

• Parmi eux figurait un Grec qui ne savait pas un mot de français.

Nous ne devons pas oublier, en terminant, qu’on expérimenta, pour la première fois en Italie, le transport des blessés en wagon, et que Cazalas eut l’idée d’établir des ambulances de gare.

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