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BLOCUS DE METZ

C’est sous Metz, comme nous l’avons vu déjà, que se livrèrent les combats les plus plus meurtriers de la guerre de 1870-71. Au dire de Grellois, nos pertes s’élevèrent à 40 339 hommes parmi lesquels on compta 3361 tués. A ce chiffre il faut encore ajouter 11361 hommes disparus, et nombre de ces derniers doivent figurer au compte des tués et des blessés. Cette seule armée essuya donc des pertes supérieures à celles des armées de Crimée ou d’Italie.

La situation de Metz près de la frontière, l’importance de ses établissements militaires, la proximité des lieux où se livrèrent les premiers combats, désignaient à l’avance cette ville comme un centre d’hospilalisa-

1. « Les travaux récents entrepris, autour de Metz, et sa situation auprès de lafrontièi*e, où on allait porter le premier effort de la guerre, désignaient à l'avance cette ville comme un centre important d’opérations. La question des ambulances devait naturellement y tenir une grande place. C’est à elle, en effet, que se rapportent les premiers rapports de l’administration militaire avec la municipalité messine. Prise au dépourvu, cette administration chercha, dès le début, à se décharger sur la ville, de la responsabilité que lui imposait une tâche dont elle était loin cependant de prévoir l’étendue et la gravité. Le 23 juillet M. le Maire annonçait au conseil municipal que, peu de jours avant, l’intendant général de l’armée avait proposé à Y Administration des hospices civils de Metz de prendre sous sa direction Yhôpital militaire et les services hospitaliers qu’il pourrait être nécessaire d’organiser. Sur le refus de la Commission des hospices, l’intendant général s’adressa à l’Administration municipale et demanda à la ville de se charger de l’organisation et de la gestion des hôpitaux temporaires, nécessaires aux malades et aux blessés de l’armée, et de la gestion de L’hôpital militaire dont le personnel actuel serait retiré. La Ville choisirait les médecins, les sœurs (si elle désirait en avoir), le personnel, l’administration, les infirmiers; elle fournirait les locaux, les médicaments, les aliments, elle entrerait en jouissance de tout le matériel de l’hôpital militaire; l’administration de la guerre lui procurerait, en totalité ou en partie, le matériel nécessaire à ces hôpitaux temporaires. Le Conseil adopta à l’unanimité les résolutions suivantes : 1° La Ville ne peut consentir à prendre la direction de l’hôpital militaire, à entreprendre la création et la gestion des hôpitaux temporaires, en un mot, à se substituer, d’une manière absolue, à l’administration militaire pour l’organisation du service administratif et médical de ces hôpitaux ; 2° elle ne peut accepter cette substitution, à raison de la responsabilité qui pèserait sur elle, sans avoir les ressources nécessaires pour y faire face. Dans l’intérêt même des malades, la Cité offre d’ai)leurs à l’administration militaire tout son concours... » etc. Extrait de la publication du conseil municipal de Metz, le Blocus de Metz, 2° édition, pp. 71 et suivantes, et Guellois, o. c., p, 138.

tion des plus importants. Prise au dépourvu, l'administration reprenant une tradition déplorable de la guerre d’Italie, chercha, dès le début des opérations, avant môme qu’on ait pu prévoir l’étendue et la gravité de la situation, ù. se décharger sur la ville de la responsabilité qui lui incombait, en confiant à cette dernière le soin d’assurer les secours médico-chirurgicaux de l’armée. Celle-ci avait cependant avec elle le tiers de l’effectif du i corps de santé. Sur le refus de la municipalité, force fut de créer des hôpitaux temporaires dans les casernes et les monuments publics de la j ville.

L'hôpital militaire abrite 930 blessés. Eriimann 1 y dirige des services des plus importants avec dix-huit médecins traitants. La caserne d’artillerie compte de 1100 ù. 1800 lits avec douze médecins traitants, celle du magasin d'artillerie 1 000; la caserne de la Chambrière recueille 910 bles- I sés; celle du génie, dans la partie réservée aux nôtres, en reçoit 700. Mais bientôt des nécessités pressantes forcent d’étendre le nombre des établissements hospitaliers. L’ambulance du Saulcy recueille 230 blessés de la bataille de Gravelotte, la manufacture des tabacs 306 et plus tard 1 400 malades ou blessés, les tentes de l’Esplanade et le jardin de Boufflers 210. On il se voit bientôt forcé d’entasser dans la caserne de Coislin qui recueille le plus grand nombre des blessés de Borny jusqu’à 1 443 malades et blessés.

Ce n’était point encore assez de ces établissements dirigés par des méli decins militaires et qui étaient bondés de malades et de blessés. La ville de Metz doit venir en aide à l’administration et faire construire l’hôpital- ;; baraque du Polygone qui abrite 2 218 blessés. C’est Isnard, un vétéran de la |j chirurgie militaire, qui le dirige 2 3. De nombreux établissements doivent être pris en régie pour le compte de l’Intendance : Bon-Secours, le collège Saint- | Clément, le Lycée et dix-huit autres établissements encore. Puis on installe

i l’ambulance dite des Wagons, longue file de voitures de toutes classes transportées sur la place Royale, disposées en lignes parallèles et dans * lesquelles on recueille 1 300 malades et blessés convalescents11. Vingt-sept I autres établissements de moindre importance furent régis à forfait. Quatre ambulances internationales, celle de Le Fort établie à la caserne du génie,

i. Erhmann, médecin principal de lro classe, fils du professeur Erhmann de Strasbourg, < ■était un de nos chirurgiens les plus distingués, bien qu’il n’ait laissé aucune trace scientifique de son passage dans notre corps. 11 avait fait les campagnes de Kabylie de 1854, d’Ita- ! lie, de Syrie, du Mexique. La guerre de 1870 le trouva attaché à l'hôpital militaire de Metz. Après la reddition de la ville, il fut envoyé à l’armée de la Loire où il succomba ! aux suites des fatigues de la campagne. Un article nécrologique lui a été consacré dans le Recueil de mémoires de médecine militaire, 1872.

2. Isnard, ancien médecin principal d’armée, membre de la Société de chirurgie, exprofesseur de l’hôpital d’instruction de Metz, avait été chargé pendant la guerre d’Italie de I la direction des services chirurgicaux surchargés de Brescia qui recueillirent i 200 blessés.

Retraité à Metz qu’il n’avait guèrequitté et où son habileté chirurgicale lui avait acquis une . grande et légitime réputation, il fut, lors du blocus, désigné à l’unanimité par les médecins i de la ville pour prendre la direction de l’ambulance urbaine du Polygone dont il dirigea ' les services avec un zèle digne de tout éloge. 11 faillit y être victime de son dévouement. Isnard a peu écrit. On lui doit un Manuel de médecine opératoire intitulé : Aide-mémoire de l'opérateur. Paris, 184!).

D'autres médecins militaires en retraite, Scouttkten et Miîry, vétérans de Crimée, suivii rent à Metz l’exemple qui leur était donné par Isnard et reprirent du service.

3. Chaque wagon abritait 8 malades ou blessés. Ce mode d’hospitalisation qui rendait le service très pénible, étant donné l’absence de toute communication entre les voitures, fut jugé déplorable.

puis au jardin Fabert, une ambulance anglaise, une ambulance belge et une ambulance hollandaise, vinrent, de plus, prêter leur concours aux,, médecins militaires et civils de la place de Metz. Enfin, quand l’armée fut immobilisée sous les murs de la place, chaque corps établit au centre del son cantonnement des ambulances sous tentes, mais celles-ci ne consli- j tuèrent jamais que des lieux de passage pour les blessés qu’on évacuait sur À les établissements hospitaliers de Metz, dès que leur nombre dépassait les j* limites de l’action des chirurgiens ou à la veille présumée des opérations \ militaires.

Après la capitulation, les ambulances et les hôpitaux de Metz ne furent que lentement évacués, et nombre des malades et des blessés qui n’avaient pu être transportés en Allemagne furent dirigés sur Pont-à-Mousson,Toul, Nancy et Lunéville.

Les effets de l’encombrement qu'on ne sut pas toujours prévenir et combattre assez rapidement, se firent vivement sentir à Metz. A cette !, influence si désastreuse vinrent s’ajouter celles qui résultaient du contact j des malades et des blessés dans les mômes salles et des privations qu’imposa : le blocus. Beaucoup des grands blessés et des amputés mouraient d’épuise- 1 ment, d’autres succombaient à des affections intercurrentes de nature [ typhique (Petitgand et Arnaud). La pourriture d’hôpital, la gangrène, l'os- ; téomyélite, l’infection purulente, régnaient endémiquement, pour ne pas I dire épidémiquement, dans la plupart des services.

Nous possédons peu de comptes rendus chirurgicaux sur le siège de ,j Metz, mais est-on en droit d’en faire grand reproche à des collègues dont i toutes les journées étaient prises par les soins matériels qu’ils assuraient t dans leur service? Au dire de Grellois, ils commençaient leur tâche à six heures du matin, la continuaient sans interruption jusqu’à midi, consa- : craient les après-midi, de deux à cinq heures, aux interventions chirurgi- i cales et, dans certains hôpitaux, quelques-uns même en étaient réduits à assurer un service permanent de pansements. Après la reddition de Metz, I les nouvelles obligations imposées, aux armées de la Loire, du Nord et de J l’Est, à ce personnel hospitalier épuisé, puis, pour beaucoup, le besoin de i taire d’écœurants souvenirs, amenèrent le silence.

Grellois L Privé des documents recueillis par les chefs des services de ! blessés, le livre du médecin principal eh chef Grellois devait, pour nous, manquer d’une partie de l’intérêt qu’il eût pu présenter. Tl ne contient en effet que quelques aperçus généraux sur les blessures. Ce qu'on y trouve encore surtout, ce sont des indications utiles à consulter sur l’installation des ambulances et des hôpitaux de Metz, sur les avantages et les inconvénients des secours apportés par l'assistance volontaire, sur les desiderata des installations et du fonctionnement du service de santé militaire et les vices : du système que l’expérience a condamné. Il est le seul livre, et c’est encore un titre, où l’on trouve rappelés les efforts et l’énergie déployée par les nôtres pour suffire à une tâche écrasante. Il signale en passant leurs énergiques protestations lorsqu’il fut question d'abandonner à l’ennemi un immense matériel technique. Grâce à eux, ce matériel put servir ultérieurement aux armées de province.

1. Grellois, Histoire médicale du blocus de Metz. Paris et Metz, 1872.

Qüesnoy Le premier récit de M. le médecin inspecteur Quesnoy est purement historique. Le second fournit quelques renseignements intéressants sur le service des ambulances, qui se retrouvent en grande partie dans } le livre de Grellois.

Grosjeax. Attaché au service important du médecin en chef de l’hôpital j militaire Erhmann, notre collègue y a recueilli toutes les observations les } plus intéressantes des blessés qu’il a suivis. II a quelque peu insisté su la nature des complications qui compromettaient les tentatives conserva- : trices des chirurgiens.

Bertrand, Coste, Guvellier, Robert. Chenu, dans sa Statistique , atrans- I crit quelques-unes des remarques que le médecin-inajor Bertrand, le j médecin inspecteur Cuvellier 2, les médecins-majors Coste et Robert 3, ont consignées dans leurs mémoires. Nous regrettons qu’il se soit borné à ces | extraits.

Gillette \ Dans un travail sur lequel nous reviendrons plus loin, Gillette a fixé l’expérience qu’il avait acquise dans les ambulances dirigées par le professeur Le Fort à Metz.

Le Fort5 a terminé le livre qu’il a écrit après la guerre sur « la Chirurgie militaire et les Sociétés de secours » par l’exposé du fonctionnement i de son ambulance du jardin Fabert à Metz. Il clôt la série des écrits fournis sur cet événement si considérable de la campagne de 1870-71, le blocus de Metz.

1. Quesnoy, Campagne de 1870-71. Armée clu Rhin, Camp de Châlons,' Borny, Rezonville, Gravelotte, Saint-Privat, Blocus de Metz. Paris, 1871.

Les Ambulances de l’année du Rhin. Paris, 1872.

2. Cuvellier, médecin inspecteur, membre du Conseil de santé, avait fait la campagne de Kabylie; en Italie, il avait été chargé de la direction des grands hôpitaux de Turin. C’est là que pour un anévrysme traumatique de la sous-clavière à son origine, il lia ce vaisseau et la carotide primitive, mais sans succès. Pendant la guerre de 1870-71, il remplit les fonctions de médecin en chef par intérim de l’armée du Rhin. Il est l’auteur d’un écrit estimé sur la ligature des artères. Voir l’article nécrologique que le baron Larrey a consacré à ce médecin inspecteur in Recueil de mémoires de médecine militaire , 3° série, t. XXXI.

3. Ambulance Coislin , observations générales, par M. Robert (Albert), médecin-major «le 2° classe au 9e régiment de chasseurs. Travail inédit consulté aux Archives du Ministère delà guerre. Le rapport de Robert peut donner une idée des résultats obtenus par les chirurgiens des ambulances de Metz : 3 désarticulations de l’épaule, 3 morts; 42 amputations du bras à toutes périodes, 15 morts; 8 de l’avant-bras, 2 morts; 46 amputations partielles

Ide la main, 3 morts; 26 de la cuisse à toutes périodes, 23 morts; 2 du genou, 2 morts dont un par chloroformisation; 27 de la jambe, 15 morts; 8 du pied, 8 guérisons. On fit dans cette ambulance deux fois la ligature de la crurale et 1 fois celle de l’iliaque externe, les trois blessés succombèrent.

4. Gillette. Archives générales de médecine, 1873, 4e série, t. XXL

5. L. Lf. Fort, la Chirurgie militaire et les Sociétés de secours. Paris, 1872. Chirurgien militaire dès le début de sa carrière en 1848, chirurgien volontaire en Italie en 1859, le professeur de la Faculté de médecine qui avait suivi les armées allemandes en 1864, était resté attaché de cœur à la chirurgie d’armée, au fonctionnement de laquelle il avait consacré à plusieurs reprises des éludes approfondies. Aussi était-il tout désigné dès le début de la campagne de 1870 pour accomplir un rôle dans l’assistance volontaire. Le Fort organisa les premières ambulances de la Société de secours, rendit de signalés services à Metz. Frappé des vices d’organisation de cette Société qui paralysa l’action de ceux auxquels elle avait fait appel, il les signala après la guerre avec une très grande franchise. S’aidant de l’expérience acquise dans les pays voisins et s’inspirant des perfectionnements qu’il y avait lieu d’apporter à l’organisation qui nous régissait alors, il résuma ses idées sous forme de projet. Si la partie d’actualité de ce livre a perdu quelque intérêt, le fond en est assez riche pour que nous en fassions grand cas. Il reste toujours un souvenir et un enseignement, et comme tel, il doit figurer dans la bibliothèque de tout chirurgien d’armée. Il eût suffi à

Les articles que Saucbrotte 1 a consacrés aux évacuations sur Lunéville des blessés et des malades de Metz sont purement anecdotiques et le travail que Gilampouillon nous avait laissé sur les malades et blessés évacués sur Nancy, travail que nous avons consulté aux Archives du Ministère de la guerre, ne renferme que quelques renseignements sans importance.

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