‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 29 sur 460 · Page 9 du Traité des plaies de tête · texte numérisé non relu

Page 9 du Traité des plaies de tête

viles », et d’autre part, la façon dont il résume ses descriptions et prend catégoriquement parti dans certaines questions litigieuses est bien celle d’un homme qui a vu de près ce qu’il dépeint, et a bien judicieusement observé. « C’est en se basant sur cette expérience, nous dit-il, qu’il nous donnera son sentiment « sur la grande dispute et altercation qui est née, touchant telle matière (brûlure et vcnositô des plaies d’armes à feu), entre gens de grand scauoir et non de moindre expérience. » Son petit manuel, qui porte un titre singulier, ne ressemble à aucun autre; mais tel qu’il était conçu, il répondait trop bien aux nécessités de la pratique de l’époque pour ne pas être apprécié. Dans les 500 pages que son opuscule renferme, il nous fournit : 1° un résumé succinct mais bien précis de la nature, des caractères, des accidents et du traitement des plaies d’armes à feu en général; 2° la description et la reproduction par des figures qui rappellent celles du Traité d’arquebuse de Paré, de l’armentarium du chirurgien d’armée, « instruments de la bouticque militaire»; 3° la représentation, également figurée, de toutes les plantes, et elles étaient nombreuses, qui jouissaient de qualités vulnéraires. Il en énumère très brièvement les caractères, ses planches le dispensant d’en faire une longue description; il en précise les propriétés, le mode d’emploi et les soins que réclament la recherche et la conservation de ces simples « que le chirurgien peut souvent trouver en marchant par la campaigne en la suite des troupes pour s'en accomoder » . Imposer au chirurgien militaire d’être botaniste, la chose peut nous faire sourire aujourd’hui, mais si l’on se reporte par la pensée à cette époque où les décoctions de plantes constituaient les meilleurs topiques, donner aux praticiens, nos ancêtres, d’ordinaire assez ignorants, les moyens de faire rapidement, sur leur passage, ample et bonne récolte, était une conception à laquelle on ne saurait refuser d’être pratique. Enfin 4°, à l’exemple de quelques devanciers, Paré, Godin, Joubert, il termine son opuscule par la description de la peste (disons le typhus), fléau qui sévissait habituellement sur les armées en campagne.

E. Lelièvre admet avec Paré et Joubert que les plaies d’armes à feu sont des plaies dilacérées, confuses, accompagnées de stupeur, non envenimées; mais il se rattache encore à l’idée de la brûlure, et la contusion pour lui y est portée à un degré extrême » ne ressemblant en rien à celui qui y déterminerait l’action d’un autre corps contondant. » Sur ce dernier point, il se sépare de ces devanciers.

Les indications thérapeutiques qu’il fournit ne diffèrent guère de celles de ses prédécesseurs qu’il résume. A propos des corps étrangers, peutêtre insiste-t-il davantage sur l’extraction des corps mous, pièces d'habillement et caillots sanguins.

« Il ne faut pas oublier aussi, dit-il Çles pièces des habillements, lesquelz quelquefois sont poussées au profond des playes, comme pièces de harnois, drap, layne, cotlon, bourre, linge et austres choses molles, qui bien souvent trompent et déçoivent les chirurgiens qui ne s’en donnent de garde, après qu’ils ont tiré les balles et choses dures; car telles choses molles négligées et délaissées sont cause d’inciter doulleur, inflammation et putréfaction : et quelquefois aussi de corrompre et mortifier la partie. »

ÉSAIE LELIÈVRE. 41

Parlant dos caillots, il revient on plein à l’idée ancienne, hippocratique et galénique; il veut qu’on enlève le « thrombus qui, réservé et arresté en quelque cavité ou espace vide des muscles, serait subject h corruption d’où s’ensuierait inflammation, apostumes, etc et ce sang, il

faut le faire sortir et escouller par toutes voyes, soit par l’orifice de la playe ou par incision faicte exprès1. » Sans doute, à première vue, c’était d’une pratique quelque peu dangereuse à une époque où la ligature directe n’était point employée, d’enlever des caillots qui pouvaient jouer le rôle d’agents protecteurs; mais, tout récemment, Lister, en insistant sur le rôle irritant de ces caillots avec une telle force qu’on eût pu croire son opinion nouvelle, ne vient-il pas de nous démontrer de la façon la plus péremptoire ce que ce vieux précepte d’une application alors incertaine portait de bon en soi.

Nous dirons quelques mots tout à l'heure de l’armentarium de Lelièvre, qui ne différait pas de celui de ses devanciers.

Les caustiques et les escharotiques sont encore ses hémostatiques; la ligature directe avait alors fait peu de prosélytes. Mais, à côté de ces moyens, il en conseille un autre, ingénieux, qu'il soit ou non de l’invention de l'auteur, ce que nous n’avons pas recherché, ce sont : « des coquilles de noix ou de Ij/mace (escargots) ; ou bien des acétabules ou cotilles creux

appropriez selon la grandeur et figure des playes lesquels sont remplis

plus qu'à demi de médicaments astringents, appliqués sur la source de l'hémorrhagie, et forcent le sang à se coaguler, en même temps que par leurs bords ils compriment les tissus. »

Pour le choix des topiques qu’il applique sur les plaies, Lelièvre diffère d’un certain nombre de praticiens de son temps, et avec Le Paulmier et Yeyras, s’appuyant sur un précepte d’Hippocrate, qui au commencement de son livre des ulcères (plaies), dit que « le sec est plus proche de santé que l'humide », il préfère aux médicaments suppuratifs humides onctueux et oléagineux qui ne lui ont pas « donné grand profit ni amené la playe à telle intention qu'il conceuait, les médicaments de faculté dessicative qui toutefois n’empêchent pas la suppuration ou bouc : comme est le vin,l’eaude-vye rectifiée, le miel et la térébenthine et son liuille, l'huille de mirrhe et autres, tant simples que composés » ; la térébenthine et le vin miellé,, sont ses topiques usuels ; à l’exemple de ses contemporains, il applique les défensifs sur la base du membre.

Après avoir envisagé les plaies d’une façon générale, il arrive aux blessures par armes à feu des cavités.

Passons sur le chapitre des plaies de tête. Il se montre partisan de l'ablation des esquilles et du trépan dans les fractures du crâne, et cite des exemples de guérison tirés de sa pratique. Pour les plaies du thorax, il est partisan de l’empyème, « de l’incision destinée à laisser passer le sang», et on ne pouvait que l’en louer alors ; mais où il se montre surtout auteur et praticien avisé, c’est quand il s’élève contre l’usage du cathétérisme et des sétons dans les plaies de poitrine.

« J’ admonesterai le lecteur, nous dit-il, à ce qu’il ne soit imitateur de la façon de faire d’un tas de lourdeaux ineptes, lesquels ou par ignorance ou par malice

Page 1