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III. Théorie de l’action de l’air. Projectile-air de Melsens

La doctrine qui rattache à l’air chassé par la balle une partie des effets attribués plus communément au projectile lui-même, est de date fort ancienne. Déjà, au xvi° siècle, Paré et surtout Joubert l’avaient défendue, mais il faut reconnaître qu’elle était complètement oubliée quand Melsens l’a reprise tout récemment, en l’appuyant de preuves expérimentales.

Pour le professeur de physique de Bruxelles, la balle pousse et comprime devant elle une certaine quantité d’air à laquelle il a donné le nom significatif de projectile-air. Ce dernier commence, avant le projectile même, à produire des lésions et quand la balle a pénétré dans les tissus, il étend les dégâts en cherchant à reprendre son volume primitif L

Melsens s’est appuyé sur les expériences suivantes pour admettre que la balle chasse devant elle une quantité d’air assez considérable.

Expériences, de Melsens. « En opérant, dit cet auteur, avec une balle sphérique de 17 millimètres de diamètre et du poids de 29 grammes, tombant d’une hauteur de 1 mètre avant de rencontrer une colonne d’eau contenue dans un grand manchon, on peut constater que le volume d’air entraîné est d’environ vingt fois supérieur au volume de la balle. En faisant ainsi l’expérience, on constate qu’une partie de l’air se dégage avant que la halle ait atteint le fond du manchon; mais lorsqu’elle Louche ce fond, on voit se dégager une très grosse bulle d’air accompagnée de bulles plus faibles1 2.

« J’ai cherché à me rendre compte de la marche du phénomène lorsqu’il s’agit d’un projectile lancé par une arme à feu et pénétrant dans l’eau après avoir traversé une couche d’air de quelques mètres. Voici la disposition de l’expérience :

1. Sur La passage des projectiles à travers les milieux résistants, Note de M. Melsens, Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 18G7, t. LXV, p. 565. 1809, t. LXIX, p. 1 114, et Note sur les plaies produites par les armes à feu , sur quelques effets de la pénétration des projectiles dans les divers milieux, etc., in Journal de la Société royale des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles, 1872.

2. Cette expérience avait déjà été faite par Mariotte, en 1090, in note de Larroqüe, Comptes rendus de l’Académie des Sciences, 1807.

MODES D'ACTION DES DALLES. 447

« Un cylindre de métal placé horizontalement porte deux tubes verticaux gradués et une tubulure latérale qui permet de le mettre en communication avec un réservoir d’eau sous une pression de plus de I mètre. L’une des bases du cylindre est fermée par une lame en laiton mince, l’autre est fermée solidement par une plaque de plomb très (‘paisse. L’appareil et ses tubes étant remplis d’eau, on tire à faible charge une balle de pistolet sur la lame de laiton; celle-ci est percée par le projectile, l’eau du cylindre métallique en communication avec le réservoir d’eau sous pression s’écoule sous forme de jet par l’ouverture pratiquée par la bulle et l’on constate que le volume de Fuir entraîné qui se rend dans les tubes gradués est au moins cuit fois plus grand que le volume du projectile *.

« Avec la balle ogivale, la quantité d’air serait moindre; elle varierait des 7/1*2 au o/l 6 du volume de l’air entraîné parle projectile sphérique, à supposer que la balle ogivale frappât normalement par sa pointe, condition la plus défavorable à l’entrainement de l’air; mais quand elle frappe obliquement, et c’est le cas le plus commun, la quantité d’air propulsé est bien plus considérable. »

Melsens a demandé à d’autres expériences encore la démonstration de la présence de la couche d’air comprimée chassée par la halle :

Quand on tire une balle de cuivre ou de bronze sur un plan résistant, elle présente un plan parfait à la place qui a touché l’obstacle si la balle n’est animée que d’une faible vitesse; mais lorsqu’elle est animée d’une vitesse considérable, l’air qui la précède ne permet plus qu’il se produise un plan, et la balle, bien que brisée ou aplatie, offre une forme convexe et une dépression au point central de l’impact.

Qu’une balle de plomb frappe un fort bloc de plomb à faible vitesse , elle n’y produit qu’un enfoncement, mais n’adhère pas au bloc. La vitesse augmente-t-elle, elle adhère; si celle-ci atteint 2o0 mètres, non seulement elle adhère, mais elle

! parait parfaitement soudée plomb sur plomb sur tout le pourtour du creux dans lequel elle est logée, le point d’impact au centre est libre; la vitesse atteint-elle 400 mètres environ, l’impression est profonde, la balle occupe le fond d’un cône considérable dont la base est tournée vers le tireur; mais, chose étonnante, elle n’adhère plus, car la grande quantité d’air qui la précède, a empêché cette adhérence.

En s’appuyant sur les expériences qui précèdent, Melsens admet que « les effets produits sur les tissus par les balles sont la résultante de l’action de deux projectiles frappant simultanément; le projectile solide qui se déforme sans changer sensiblement de volume et le projectile gazeux qui, comprimé en avant du solide, tend à reprendre son volume primitif correspondant à la pression atmosphérique tout en perdant sa force vive et en produisant des dilacérations particulières qui, dans des cas donnés, peuvent simuler l’effet produit par une halle explosive... Le projectile lancé par une arme à feu exerce trois actions très différentes qui se succèdent dans un intervalle de temps très court: 1° l’action de l’air due à son poids et à sa forme ; 2° l’action due à l’élasticité du gaz dont le volume augmente subitement; 3° l’action du solide qui se déforme sans changement sensible de volume et frappe les parlies déjà entamées par l’action du projectile-air 2. »

Assertions contradictoires du général Morin et du colonel Hcnrard. — La théorie de Melsens, qui, dans la pensée de son auteur, pouvait servir à expliquer les effets produits par les petits et les gros projectiles aussi bien sur les corps inorganiques que sur les corps organiques, fut combattue par le général Morin et par le colonel Henrard, de l’artillerie belge.

L Melsens a reproduit cette expérience en se servant d’appareils plus compliqués dont nous croyons inutile de parler ici.

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