‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 338 sur 460 · Comptes rendus de l’Académie des Sciences · texte numérisé non relu

Comptes rendus de l’Académie des Sciences

2. Henrard, Pénétration des projectiles dans les milieux résistants, in Revue d'artillerie, t. XXV.

3. La balle n’entraîne pas d'air devant elle quand elle est terminée par une pointe acérée et les traumatismes qu’elle produit sont pourtant semblables à ceux que produit une balle cylindro-couique terminée par un méplat.

Se basant sur ces résultats, le colonel Henrard, comme le général Morin, attribue les aspects variables des canauxque creusent les balles, aussi bien dans les corps organiques que dans les corps inorganiques, à l’action des parties détachées et lancées par les projectiles et à la vitesse de rotation.

En somme, l’expérience la plus démonstrative de Melsens n’a pas été contredite. S’il ne semble pas possible d'attribuer, en grande partie, au projectile-air, des effets qui sont plutôt déterminés par l’action de la force vive de la balle quelle que soit sa forme :1, il n’est pas non plus admissible de ne rapporter (au moins jusqu’à plus ample informé) aucun des désordres produits à la force d’expansion de l'air qui précède la balle. Quoi qu’il en soit, le projectile-air, de l’avis même de Melsens, n’aurait d’influence que quand il est poussé par une balle animée d’une grande vitesse. Il n’interviendrait donc que pour produire les effets dits explosifs que nous étudierons bientôt.

MODES D’ACTION DES BALLES

grande vitesse, avait invoqué l’action des liquides de ces organes pour expliquer l’extension des dégâts1 . Buscn 2, en 1875, reprit la même idée, que Kocher*, de Berne, a développée (1880). Ce sont les expériences de ce dernier chirurgien qui ont attiré l’attention sur la théorie hydraulique.

Expériences de Rocher. Le professeur de Berne tire un projectile animé d’une grande vitesse dans une baignoire remplie d’eau. La baignoire éclate; une énorme colonne d’eau est projetée et laballe, comme l’avait déjà constaté Melsens dans ses tirs contre des liquides, est aplatie, étalée.

Kocher lance contre des boites de fer-blanc vides (boites de conserve) des projectiles animés de la même grande vitesse. Les parois de la boîte sont perforées d’orifices de petite dimension; au contraire, les boites remplies d’eau, traversées par des balles animées de grandes vitesses et faites des métaux les plus divers, ont leurs orifices d’ordinaire agrandis et déchirés, surtout ceux de sortie.

Des balles animées des mêmes grandes vitesses (410 mètres) sont tirées dans des vases de terre cuite remplis de terre, de plâtre, d’ouate, etc. Le projectile perfore les vases sans déterminer de grands dégâts quand la terre, le plâtre, l’ouate sont secs; sont-ils au contraire humectés, le vase est brisé et ses fragments projetés au loin.

Ces premières données acquises, Kocher tire des balles animées de la même vitesse sur un crâne rempli d’eau ou d’une bouillie de plâtre, le crâne éclate et ses fragments sont projetés au loin ; les mêmes effets se constatent quand on tire sur des diaphyses remplies de moelle, sur des organes parenchymateux, à fortiori sur les cavités pleines de liquide (estomac, vessie, etc.), enfin sur les tissus mous j des membres.

Kocher a lui-même établi que les effets que nous venons de décrire ne s’observent qu’autant que la vitesse du projectile est considérable, c’est-àdire supérieure à 250 mètres.

Le poids spécifique du projectile n’a aucune influence sur la production des effets de la pression hydraulique.

11 n’en est pas de même du calibre et de la forme de la balle. Les effets sont d’autant plus accusés que les projectiles sont plus volumineux; ils sont aussi plus marqués quand on substitue les balles rondes aux balles cylin- !' dro-coniques.

Telles sont les expériences et les données sur lesquelles repose la théorie ! hydraulique. Ces expériences sont trop démonstratives pour qu’on puisse mettre en doute leurs résultats et méconnaître l’influence de la pression ■ communiquée par les balles aux liquides des tissus. Mais il s’agit de rechcr- 'Cher jusqu’à quel point cette pression peut servir à expliquer les lésions observées soit communément, soit exceptionnellement, j . Nous avons déjà vu que les effets de la pression hydraulique ne poui vaient s’observer que dans le tir exécuté à distance relativement courte. Il La question reste donc circonscrite aux cas où les lésions ont été pro- I duites par des balles animées de vitesses assez considérables.

Nous croyons que, même dans le tir à courte distance, l’importance de

1. Huouier. dépeint avec une grande précision les attritions, les broiements, les éclate- I mentsdu foie, du rein, delà rate, etc., les projections à distance défragmenta de ces organes, I puis il ajoute : « Il sembleraitquc le liquide abondant que renferment ces organes parenchy- I mateux, projeté au loin par l'action latérale de la balle, ait entraîné avec lui des portions I de ces viscères. » In Bulletin de l’Académie de médecine, t. XIV, p. 44.

Page 1