MÉTHODE EXPÉRIMENTALE APPLIQUÉE A L’ÉTUDE DES BLESSURES
les conditions du tir de combat. D’un autre coté, diminuer la charge de poudre de cartouches préparées à l’avance dont les balles sont assez solidement assujetties dans l’enveloppe métallique, présentait quelques difficultés. Eût-on fait disparaître ces difficultés que l’absence de renseignements sur les modifications imprimées à la vitesse de la balle, par la diminution de la charge, eût enlevé aux expériences toute portée scientifique. Devant ces desiderata, on on était réduit à tirer à courte distance avec des charges entières. C’est ce mode d’expérimentation qui était encore en usage au Val-de-Grâce avant que nous le remplacions par celui dont il va être question. Nous pouvons bien dire qu’il fournissait les indications les plus inexactes sur les caractères de blessures par petits projectiles, sur leur gravité et sur les indications opératoires qu’elles réclamaient. On sait combien prêtèrent à l’erreur, à une époque déjà plus éloignée de nous, en 1869, les expériences qu’avait entreprises Sarrazin à Strasbourg avec le fusil Chassepot dans ces conditions, c’est-à-dire en tirant des cartouches à charge entière à courte distance, et combien la guerre de 1870-71 modifia les opinions que ces expériences avaient inspirées sur la gravité du pronostic des blessures produites par cette arme.
Forcé, pour ce travail, de contrôler ou d’étudier certains points de chirurgie de guerre, nous avons été amené à rechercher une méthode qui permît d’obtenir des blessures absolument semblables à celles que produisent les balles actuelles à toutes les distances du tir de combat, c’est-à-dire de 0 mètre à 2 000 mètres. Cette méthode devait présenter l’avantage de permettre d’approcher assez du but pour qu’on ne pût être gêné par les conditions ordinaires d’installation et pour que le tir ait toute la justesse désirable. Ce résultat ne pouvait être obtenu que par l’adoption de cartouches à charges réduites calculées avec précision. Nous avons été assez heureux pour voir M. le capitaine Jaricot, alors attaché à la Commission d’expériences de tir de Versailles, s’intéresser à cette question. C’est grâce à l'initiative de cet officier que, dès 1879, nous avons été mis en possession d’un procédé qui nous permet de reproduire sur le cadavre tous les effets qu’on peut observer en campagne. Nous transcrivons ici la note dans laquelle M. le capitaine Jaricot a fixé le procédé qu’il a suivi pour arriver à déterminer les charges réduites :
Détermination des charges réduites par le procédé du capitaine Jaricot.
Pour déterminer les charges de poudre F, susceptibles de donner, à courte distance, les mêmes effets que ceux que produit, aux distances ordinaires de combat, la balle du fusil modèle 1874 lancée avec la charge réglementaire, on a opéré de la manière suivante :
D’abord, tant pour répondre à des exigences spéciales d’installation que pour être bien sûr de toucher exactement au point voulu, les sujets soumis aux expériences, on a admis que tous les tirs auraient lieu à la distance unique de 12m,50.
Puis, à l’aide des tablas de tir du fusil modèle 1874, on a construit la courbe (A) des vitesses restantes aux différentes distances de tir comprises entre 0 et 1 800 mètres (voyez le tableau ci-contre). Enfin, en se servant de la même échelle métrique des vitesses restantes, on a construit, pour la distance unique de 12m,u0, la courbe des vitesses restantes de la balle réglementaire tirée avec des charges variables.
Mais ces dernières vitesses restantes n’étant données dans aucune table de tir, on a dû les mesurer directement à l’aide de l’appareil Le Boulengé.
Dans ee but, la plaque disjonclrice ayant été placée à 2o mètres seulement