‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 345 sur 460 · G0 MÉTHODE EXPÉRIMENTALE APPLIQUÉE A L’ÉTUDE DES BLESSURES · texte numérisé non relu

G0 MÉTHODE EXPÉRIMENTALE APPLIQUÉE A L’ÉTUDE DES BLESSURES

joctiles. A défaut des appareils compliqués dont on se sert dans les écoles de tir et qui, tout au plus, ne pourraient ôlrc^adoptés que dans les écoles do médecine militaire, un tréteau dont la barre transversale est creusée de distance en distance de gouttières profondes dans lesquelles repose le canon du fusil suffit.

Pour que le tireur, â la très courte distance à laquelle s’effectue le tir, soit à l’abri de tout accident par ricochet, il est bon, quand les balles sont animées de grandes vitesses, qu’il soit abrité par un grand volet appliqué contre le support sur lequel il appuie l’arme. Ce volet est percé de trous répondant aux gouttières du support. Par surcroît de précaution, les balles, après avoir frappé le but, doivent se perdre dans une butte de terre bien meuble de près de 0m,o0 à 0m,80 d’épaisseur passée au tamis, et maintenue en avant par une cloison de paille tressée, ou encore dans des blocs d’argile ou dans des sacs d’étoupe. Quand on a terminé ses tirs, les balles recueillies dans la butte ou les sacs d’étoupe renseignent le chirurgien sur les différentes variétés de déformations qu’elles peuvent présenter. Le nombre considérable de balles déformées que nous avons retrouvées après nos tirs d’expérience, aussi bien dans les buttes que dans l’épaisseur des membres, nous a permis de déterminer les déformations typiques qu’elles peuvent présenter1.

Les expériences faites en vue de déterminer les 'conditions de fabrications de ces cartouches à charges réduites furent pratiquées en 1879. En 1880, nous tirions au Val-de-Grâce, sur tous les points du corps, 3 000 cartouches. La similitude des résultats obtenus et de ceux que consignaient les observations relatées dans les Comptes rendus des guerres les plus récentes ou que montraient les figures représentées dans les écrits des classiques, ne tarda pas à nous convaincre que la méthode suivie, irréprochable au point de vue mathématique, présentait également toute la rigueur voulue au point de vue pratique. En 1881, nous avons complété avec 1 000 cartouches de fusil Gras notre étude des lésions des os.

Comme toute chose nouvelle, l’emploi de cette méthode expérimentale souleva au début des critiques, mais celles-ci durent céder devant l’importance des résultats obtenus et, nous nous devons de le dire ici, certains de ceux qui l’avaient le plus combattue en furent assez saisis pour montrer plus d’impatience que nous à en faire connaître les résultats. Qu'il nous soit permis, en terminant, de rappeler encore que c’est après avoir bien fait ressortir tout le parti qu’on pouvait tirer de pareilles recherches, qu’on eut l’idée de créer à l’École du Val-de-Grâce, pour l’instruction des stagiaires, un enseignement pratique de chirurgie de guerre, basé sur cette méthode d’expérimentation cadavérique.

La constitution actuelle des armes portatives européennes donne à cette méthode la portée d’une méthode générale. On sait, en effet, que les vitesses restantes des balles lancées par les armes portatives aptuellement en usage dans presque toutes les principales armées de l’Europe, sont à peu près, sinon tout à fait semblables, et qu’il suffit d’expérimenter avec une des armes pour les étudier toutes.

I. Nous avons déposé au Musée du Val-de-Grâce une collection de ces déformations, dès 188.1.

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