H. Larrey, Relation du siège d’Angers, o. c., p
ABLATIONS PART. ET TOT. DU TRONC ET DES MEMBRES. iC9
par éclats d’obus et aux accidents qui les compliquent (stupeur générale, , hémorrhagies, corps étrangers, accidents inflammatoires et septiques, ganl grène, etc.).
Effets d’explosion. — Quand un obus percutant éclate sur le sol, le plus -souvent ceux qui sont très rapprochés du point d’éclatement sont tués sur le coup, et leur corps mis en pièces par de nombreux éclats plus ou moins volumineux, mais possédant toujours une force vive considérable, est horriblement brûlé par la poudre et par les vêlements que cette dernière a . enflammés. Nousavonsdécritplusieursdeces épouvantables traumatismes l.
Les lésions sont alors si variées, si étendues qu’elles échappent presque à toute description. Les corps des hommes frappés, absolument méconnaissables, sont sillonnés, percés de plaies plus ou moins larges et profondes à surface irrégulière, noircie, recouverte de terre et de sang; leurs membres sont abrasés en partie ou en totalité et projetés à distance; les parois des cavités crânienne, thoracique, abdominale, largement béantes, laissent voir ou s’échapper les viscères qu’elles renfermaient.
Les parties découvertes, les mains, l’extrémité inférieure des avantbras, la face, le cuir chevelu, le cou. jusqu’à la région sous-hyoïdienne que le col de la chemise, de l’habit et la cravate protègent, sont noircis par la poudre, tàtoués par des milliers de ses grains non brûlés, par des .grains de sable ou des fragments microscopiques de fonte pulvérisée. Les cils, les sourcils, la barbe ont disparu; les cheveux sont le plus souvent brûlés au ras de la peau au point que la tête semble rasée; les cornées 'Sont opaques ; les vêtements en brûlant ont laissé sur la peau qu’ils recouvraient de longues plaques jaunes, irrégulières, déprimées, sèches, dures, 'sonores, parcheminées, qui se prolongent à la façon des taches qu’on produit quand on approche une bougie d’un mur; enfin les corps exhalent une odeur pénétrante, alliacée, sui generis, que n’oublient pas ceux qui l’ont une fois sentie. Cette odeur provient des produits de l’ustion de la ifusée et de la poudre.
Il n’en est pas cependant toujours ainsi et les blessés peuvent présenter isolées quelques-unes des lésions que nous avons déjà décrites dans ce cha- ; pitre et qui sont loin d’être incompatibles avec la vie. Parfois même, quelque peu vraisemblable que la chose puisse paraître, alors que l’obus •éclate pour ainsi dire à leurs pieds, les blessés échappent à tout traumatisme. Ils ne sont que brûlés par la poudre, ou bien encore ils présentent, simultanément avec les brûlures, des plaies d’aspect varié, mais petites et -sans gravité, produites par de la terre soulevée par le projectile en éclatant ou encore par des petits éclats de l’obus. On trouve dans les écrits ■des chirurgiens militaires quelques exemples de cette dernière variété de lésions. L’observation suivante est intéressante en ce qu’elle signale simultanément des lésions de l’oreille :
Un capitaine d’artillerie aux pieds duquel un obus fait explosion reçoit, sur lu partie antérieure du thorax, de l’abdomen et des membres quelques petits éclats 1 qui ne produisent que des blessures toutes superficielles. Sa barbe, ses cils, ses
1. Ed. Dei.okmk, Relation de l’explosion du Mont-Valérien (juillet 1 S77), in Rec. mein. méd. mil., XXXIV, :1e série.
sourcils sont briïlûs, sa figure est, noircie par des grains de poudre, de plus il a perdu l’ouïe et l'examen des deux membranes du tympan démontre* des déchirures assez étendues et égales des deux côtés *.
Avec l’obus à fusée fusanfc qui éclate en l’air au-dessus des troupes, les traumatismes que nous venons de décrire ne peuvent plus être observés. Il est même fréquent de voir les hommes placés au centre de la gerbe d’éclatement être indemnes de toute blessure.
Pour terminer ce qui a trait aux dégâts produits par les gros projectiles ou leurs éclats, il nous reste à dire quelques mots d’une variété bien singu- f libre de lésion : nous voulons parler des traumatismes que produisent parfois des parties du corps détachées par ces projectiles. Nous avons dit déjà que des portions étendues des membres supérieurs et inférieurs, etc., séparées par ces projectiles, étaient lancées à des distances plus ou moins considérables. Animées d’une partie de la force vive du corps vulnérant qui les a séparées, elles peuvent elles-mêmes jouer le rôle de projectile et produire des dégâts dont il est impossible de préciser l’étendue et les caractères.
Notre collègue Poignon, pendant le bombardement de Bitche, a retiré de la l'esse d’un blessé une portion de diaphyse fémorale qui avait été détachée par un gros projectile de la cuisse d’un voisin.
Pronostic. — On s’accorde à reconnaître que, toutes choses égales d’ailleurs, c’est-à-dire à volume et à vitesse égaux, les éclats d’obus produisent des blessures beaucoup plus graves que celles que font les balles. L’attrition, la déchirure des tissus rendenhimpossible toute réunion par première intention ; cette contusion ralentit les phénomènes réparateurs et expose aux conséquences d’une suppuration que l’anfractuosité des plaies et surtout la dissémination des lésions tend à rendre profuse.
Tous les auteurs avaient remarqué autrefois que pendant quelques jours, alors que les eschares se détachent, la suppuration se montre d’ordinaire abondante, mal liée, diffuse; puis, que la plaie bourgeonnait et que souvent, après une période de granulisation plus ou moins longue, la cicatrisation de ces larges blessures s’arrêtait, nécessitant des incisions libératrices ou des greffes. Le blessé américain dont nous avons figuré le vaste traumatisme présentait au bout de neuf ans cet arrêt dans la cicatrisation de sa vaste perte de substance qu’on dut traiter parles greffes. (Voy. fig. 45.)
Enfin, certaines de ces blessures ne peuvent, malgré les soins les mieux entendus, être amenées à guérison. Ou bien la cicatrice qui les recouvre, mince et fragile, se déchire au moindre effort et il en résulte des ulcères plus ou moins étendus qui présentent indéfiniment des alternatives de cicatrisation et de rupture.
En somme, le pronostic des plaies par éclats d'obus, même les plus simples en apparence, doit être toujours réservé et I on doit souvent s’at-
tendre à une guérison lente et difficile des plaies un peu vastes, guérison parfois traversée par des complications plus ou moins sérieuses.
Certains auteurs ont voulu rattacher en grande partie la gravité des plaies par éclats d’obus à l’action des substances dont ils sont recouverts. Les produits de la déflagration de la poudre, disent-ils, fournissent du