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Sima.courbe, Thèse de Paris

sulfure de potassium mêlé à du sous-carbonate de potasse, à des traces de soufre, à un peu de charbon et à quelques grains de poudre intacts. Ces résidus, volatilisés d'abord, se condensent ensuite par le refroidissement sur les éclats du projectile. Dans les obus à balles dont les balles sont réunies par du soufre, la couche gris jaunâtre de sulfure de potassium déposée aussi bien sur la paroi intérieure de l’obus que sur l’extérieure est plus abondante encore. Ce sulfure, entraîné dans la plaie, fournirait, par décomposition, de l'acide sulfhydrique qui irriterait cette plaie, la rendrait fétide 1 , l'inoculerait en quelque sorte et contribuerait en grande partie à provoquer ces fusées purulentes, ces érysipèles phlegmoneux, ces spbacèles plus ou moins étendus qu’on n’a que trop souvent à observer à la suite de cette variété de traumatisme. Nous pensons, quant à nous, que la contusion de la plaie et les désordres étendus qui l’accompagnent le plus souvent, rendent suffisamment compte des accidents signalés, sans qu’il soit besoin d’invoquer d’autres causes très problématiques.

Nous n’avons envisagé ici que les plaies produites par les éclats des obus. Quant aux balles des obus à balles, obus presque exclusivement employés aujourd'hui, elles produisent des dégâts qui, pour se rapprocher par maints caractères des blessures faites par les balles, s’en distinguent néanmoins par un bien moindre degré de gravité. Ces balles sont en effet d’un calibre inférieur, d'un poids moindre que les balles des fusils de l’infanterie, elles sont rondes au lieu d’être coniques, ce qui augmente la résistance que leur opposent les tissus; enfin elles sont animées d’une vitesse relativement faible. Leurs traumatismes sont en somme analogues à ceux que produisaient autrefois les balles rondes.

Les éclats segmentés des obus à balles, en particulier ceux irrégulièrement arrondis des rondelles de fonte qui, dans l’obus français, séparent les couches de balles, produisent des désordres dont les caractères se rapprochent de ceux des lésions produites par les balles rondes et par les projectiles anguleux.

Des boulets. — Nous avons vu que les boulets ne font plus partie que du matériel de siège; encore dans les opérations de l’attaque et de la défense des places fortes, ne doivent-ils être employés qu’exceptionnellement. Les dégâts que déterminent ces engins d’un volume et d’un poids considérables sont : des contusions étendues et profondes, des ablations partielles ou totales des membres, du tronc ou de la tête. Quand ces gros projectiles orbes étaient fréquemment utilisés, on constatait quelquefois, sur les plaies qu’ils produisaient, les effets de la persistance de leur mouvement de rotation alors que leur mouvement de translation avait cessé.

Scrive en fournit un exemple remarquable offert, par un soldai d’infanterie qui avait reçu dans le dos un biscaïen de gros volume. Ce projectile, après avoir suivi d’arrière en avant l 'intervalle de deux côtes et épuisé son mouvement de translation, s’arrêta sous le sein, où le mouvement de rotation se continuant, usa la peau jusqu’à la percer. On voyait a découvert une portion du projectile coiffé d’un cercle de peau amincie. 11 fallut faire de chaque côté du cercle cutané une incision de 4 à 5 centimètres, afin d’extraire facilement le corps étranger2.

1. La plupart des chirurgiens militaires qui ont eu à soigner de ces plaies et les blessés eux-mêmes parlent de l’odeur particulière qu’exhalent ces blessures.

2. Scrive, Relation médico-chirurgicale de la guerre d’Orient , p. 440.

Dus bombes. — Des bombes, dirigées surtout contre des obstacles matériels puissants, n’atteignent qu’exceptionnellementle corps. Ces projectiles agissant par leur masse entière produiraient les désordres épouvantables des boulets, et leurs éclats, les blessures des gros éclats d’obus.

Les obus de rupture lancés contre les ouvrages de défense des places causent les dégâts épouvantables que déterminent .tous les autres gros projectiles. Ceux qui sont chargés de substances explosibles fournissent un grand nombre d’éclats. Les obus chargés de mélinite se subdiviseraient, dit-on, en un nombre considérable de très petits fragments.

Mitraille. — Utilisée contre les attaques inopinées de l’infanterie et surtout de la cavalerie, la mitraille est toujours rarement employée dans les guerres modernes. C'est ainsi qu’à la bataille de Dorny, pour ne prendre que cet exemple, tandis que les 137 bouches à feu de l’artillerie allemande lancèrent 2 8 49 obus, elles ne tirèrent que 6 boîtes à mitraille.

Nous avons vu que les boîtes à mitraille actuelles se composent de. balles et d’une boîte métallique qui éclate à la sortie du canon.

Les fragments de la boîte produiraient, au dire de Legouest, des blessures en tout semblables à celles que font les instruments tranchants.

Les blessures des balles rondes des boîtes à mitraille ne prêtent matière à aucune autre considération qu’à celles que nous avons déjà développées à propos des lésions produites par les balles des obus.

Les boîtes à mitraille, utilisées autrefois, contenaient des corps vulnérants métalliques très irréguliers de forme et de dimensions très variables. C’étaiént des clous, des fragments de vieilles clefs, de serrures, etc., aussi les blessures produites par ces engins étaient-elles beaucoup plus sérieuses que celles faites par les balles et échappaient-elles à toute description. Ces engins aujourd’hui disparus ont été remplacés par des projectiles qui, tout en produisant le même effet utile, comme on dit en terme d’artillerie, sont infiniment moins dangereux,

Les gros projectiles et leurs éclats déterminent assez souvent des contusions plus ou moins intenses des parties qu’ils atteignent. Ces contusions varient en degré depuis l’ecchymose jusqu’à l’attrition complète des tissus. Sans nous arrêter longuement à leur sujet, nous croyons cependant devoir rapidement en rappeler les caractères, en préciser la marche et fournir les indications générales de leur traitement.

L v premier degré caractérisé par une ecchymose plus ou moins étendue est rarement observé. Les éclats qui produisent ce premier degré de la contusion sont ceux dont la vitesse est très atténuée par leur incidence oblique, par la grande distance qui sépare le corps frappé de leur point d’éclatement, par la résistance de vêtements ou de pièces d’équipement épais.

Le deuxième degré de la contusion, l’épanchement de sang plus ou moins considérable ou non pulsatile, est, par contre, fréquemment constaté. Il est déterminé par le contact direct, plus souvent oblique, d’éclats animés d’une vitesse un peu plus considérable et qui atteignent surtout le corps par leur surface orbe. Les parties charnues volumineuses et éten-

dues des membres comme les fesses, les cuisses, le gras de la jambe, le moignon de l’épaule, les larges surfaces étalées du dos présentent souvent de ces poches sanguines renfermant 300, 100, 500 et jusqu’à 1 000 grammes de liquide. Quelque singulière que la chose puisse paraître, on en a vu des épanchements sanguins très étendus soulever la peau de la paroi abdominale antérieure alors que l’absence de symptômes graves indiquait que les organes contenus dans la cavité avaient échappé au traumatisme.

Plus rarement c'est le projectile agissant par sa masse qui détermine* ces vastes contusions. Le fait suivant en est un curieux exemple1.

Une circonstance heureuse, dit Scou Letton, a servi admirablement un capitaine qui, voyant venir à lui un obus qui roulait, voulut reculer, mais son pied retenu par un obstacle le lit tomber a la renverse. L’obus passa sur sa jambe gauche qu’il enfonça dans la terre ramollie par les pluies et le capitaine en fut quitte pour une contusion énorme déterminant une ecchymose qui s’étendait sur tout le membre inférieur jusqu’à l’abdomen2.

Le contact oblique d’éclats un peu volumineux peut, au niveau du dos, des fesses, de la cuisse, produire, au lieu d’épanchements de sang, des épanchements de sérosité d’un volume non moins considérable. L’éclat d’obus, comme le ferait une roue de voiture, déprime la peau, la fa i t glisser sur les tissus sous-jacents, étire et rompt les lames celluleuses sous-cutanées et provoque ainsi la formation d'une cavité plus ou moins anfractueuse qui se remplit de liquide séro-sanguinolent 3.

L’attrilion des tissus qui caractérise le troisième degré , séparé quelque peu arbitrairement du quatrième, est encore assez communément observée, qu’elle portesur une grande surface etàune grande profondeur ou que les lésions soient plus limitées. La peau qui recouvre les parties dont la vitalité est profondément atteinte est décollée de l’aponévrose sous-jacente, elle a changé de couleur, est transformée en une eschare grise ou brunâtre, sèche, insensible, ou bien elle conserve d’abord une apparence normale, et ce n’est qu’au bout de un ou de deux jours qu’elle prend une teinte livide, marbrée, indice de sa mortification prochaine. Son apparente intégrité peut inspirer des doutes sur la gravité des désordres profonds.

Les lésions ont acquis dans le quatrième degré leur maximum d’intensité. Le projectile a-t-il atteint un membre, les muscles sont réduits en bouillie, le? aponévroses sont déchirées, les tendons arrachés, les vaisseaux et les nerfs rompus, les os fracassés. Au milieu de ces épouvantables dégâts, la peau, bien que meurtrie et décollée, a encore conservé, grâce à son élasticité, assez de résistance pour envelopper les tissus broyés et son

1. Scouttktkn, Uésumé d’observations médico-chirurgicales, o. c., p. 22.

2. Un effet assez fréquent des gros projectiles creux lancés en bombe était de rouler, dit Scrive (o. c., p. 440), sans déterminer autre chose que d’énormes bosses sanguines sur le dos des soldats qui, penchés sur le parapet des tranchées, présentaient une inclinaison du corps parallèle à la trajectoire du projectile.

3. Le professeur Gosselin a observé, a la suite d’une contusion simple, des épanchements traumatiques d’huile. Le liquide était constitué par un mélange de la graisse du tissu cellulaire sous-cutané avec du liquide séro-sanguinolent. D’autres auteurs, Terrier, Nicaise, ont cité également des exemples de ces collections sous-cutanées huileuses. Il n est pas douteux qu’on ne puisse en constater à la suite des contusions par gros projectiles.

intégrité apparente peut, comme dans la contusion au troisième degré, tromper parfois sur l’étendue des lésions profondes. A ce propos, les deux exemples suivants méritent d’être rappelés :

Un soldat que Delpech et Rim-.s observèrent au siège de Roses, avait été frappé ;i la cuisse par un boulet mort. On ne voyait au dehors aucune trace du passage du projectile et les chirurgiens pensaient qu’il n’existait qu’une fracture simple. L’autopsie démontra au contraire que tout le membre était réduit en bouillie.

Un autre blessé dont Dupuytren nous a rapporté l’histoire avait été frappé en ' 1814 par un boulet dans le flanc gauche. Il devint un sujet de moquerie pour ses camarades qui ne lui voyant aucune plaie étaient tentés de croire qu’il avait cherché un prétexte pour quitter le champ de bataille. Quelques jours après, Dupuytren put constater sur son cadavre des lésions considérables : la masse sacro-lombaire, le grand dorsal, la paroi abdominale postérieure, le rein gauche étaient réduits en bouillie; les nerfs lombaires étaient déchirés, les apophyses transverses dos vertèbres lombaires et les dernières côtes étaient broyées; la cavité abdominale et le côté gauche de la poitrine étaient remplis de sang noirâtre. La peau seule avait résisté à l’action du boulet1.

Quand les lésions portent sur les cavités splanchniques, leurs parois sont broyées et les organes internes qu’elles renferment, le cerveau, les poumons, le foie, la rate, les intestins, etc., sont déchirés sans qu’à l’extérieur on puisse encore, dans maints cas, soupçonner des dégâts si étendus, si considérables. Nous allons revenir bientôt sur les opinions singulières auxquelles cette variété de traumatisme a donné naissance.

Relativement fréquente autrefois, la contusion au quatrième degré est beaucoup plus rarement observée de nos jours et, étant données les tendances actuelles do l’artillerie dirigées vers la segmentation des obus poussée jusqu’aux limites du possible et l’emploi presque exclusif des obus à fusée fusante qui ne peuvent frapper le corps avant leur éclatement, on peut avancer que, dans un avenir plus ou moins rapproché, elle deviendra tout exceptionnelle. Actuellement, elle ne peut guère être produite, en campagne, que par les gros éclats des obus, le culot, la tête, par un obus percutant atteignant obliquement le corps près de son point de chute et, pendant la guerre de siège, par de gros projectiles anciens conservés encore dans le matériel de réserve.

Vent du boulet. — Les contusions au troisième et au quatrième degré avec intégrité de la peau furent presque unanimement attribuées au vent du boulet, depuis Paré jusqu’au siècle dernier. Bilguer surtout se fil le défenseur de cette doctrine et Tissot, son traducteur, alla jusqu’à calculer la force d’impulsion de l’air déplacé par le projectile. Si De Lamartinière et Le Vacher attaquèrent vivement cette théorie, Boucher, Ravaton, Hevin, Dufouart et d’autres encore continuèrent à accepter cette action indirecte des projectiles. Les uns l’expliquaient par la condensation de l’air refoulé, d’autres par sa raréfaction, certains par une influence électrique (le boulet ayant acquis, par son frottement dans l’âme de la pièce, une certaine quantité d’électricité qu’il abandonnait au contact du corps), enfin quelques-uns admettaient réchauffement du boulet.

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