‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 369 sur 460 · Lidkll, o. c., p · texte numérisé non relu

Lidkll, o. c., p

beaux irréguliers de cette membrane adhérents par places, libres dans d’autres. Exceptionnellement, on constate le rebroussement des tuniques que tous les classiques regardent comme la disposition la plus ordinaire. Un caillot adhérant aux irrégularités de la paroi du vaisseau se prolonge plus ou moins loin dans l’intérieur de ses bouts supérieur et inférieur. Exceptionnellement, la section artérielle est très nette comme faite par un instrument tranchant.

En somme, les sections des artères par petits projectiles représentent à la fois les lésions de la contusion interne et de la section contuse.

Les plaies des artères dans les membres abrasés par les çjros teints d'obus ou les gros projectiles présentent les caractères des plaies artérielles par arrachement ou par contusion directe, d’autres fois ceux des plaies nettes par instruments tranchants. Ces différences tiennent à la manière dont le corps vulnérant se présente à l’artère. L’atteint-il par un angle ou un bord, il la coupe nettement. L’aborde-t-il par une surface mousse, il l’entraîne avec lui et la déchire, ou bien encore il en détermine directement l’attrition en agissant par sa masse. Ces distinctions pathogéniques et anatomopathologiques ont plus qu’une importance théorique, elles comportent des différences non moins tranchées dans le pronostic.

Lorsque la lésion artérielle a été produite par le mécanisme de l’arrachement, les extrémités du vaisseau sont effdées, la tunique moyenne est rétractée dans une étendue plus ou moins considérable et les extrémités de l’artère sont plongées dans un coagulum. D’autres fois, les extrémités du vaisseau semblent avoir subi une sorte de torsion, comme dans le cas suivant :

Un artilleur, au siège d’Anvers, eut les parties molles des faces postérieure et interne des deux cuisses abrasées par un large fragment d’obus. Les fémurs n’avaient pas été fracturés, les deux fémorales étaient complètement divisées et on apercevait au milieu des parties molles leurs extrémités animées de pulsations. On lia les deux vaisseaux un peu au-dessus de leur section. Après l'opération, on abrasa leurs extrémités lacérées et on les trouva semblables à celles d’artères qui auraient subi la torsion.

L’aspect des artères contuses par gros projectiles ne diffère pas, en général, de celui des mêmes vaisseaux contus par les petits projectiles L

Comme la chose s’observe à la suite des arrachements des membres parles machines de l’industrie, ces abrasions ne sont pas toujours suivies d’hémorrhagies, alors même que les plus gros vaisseaux du corps ont été sectionnés. Parmi les nombreux exemples cités par tous les auteurs, nous nous contenterons de rappeler les suivants :

A l’assaut du Grand-Redan, le môme boulet enlève les bras droits de trois hommes. Chez aucun de ces trois blessés il n’y eut d’hémorrhagie immédiate.

Un soldat de service à la tranchée au siège d’Anvers avait eu les deux cuisses emportées complètement par un projectile de gros calibre. Elles ne tenaient plus au reste du corps. Aucune hémorrhagie ne se produisit par les plaies meurtries, inégales et violacées que présentaient les deux moignons. A leur centre, on

1. Dans un cas, nous avons vu une portion de la tunique moyenne détachée presque complètement sous forme d'anneau boucher la lumière de l'artère, in filiation de l’Erplosiondu Mont- Valériev, o. c., t. XXXIV, p. 22!3.

LESIONS DES ARTERES.

voyait battre deux cylindres long de plusieurs pouces, mais qui ne fournissaient pas de sang; c’étaient les extrémités desartères fémorales, mâchées, contournées, tordues, pleines dans la longueur de cette saillie et qui étaient soulevées par le sang que le cœur poussait jusqu’à cet obstacle. Le blessé était dans un grand état de stupeur1 *.

Nous avons vu, à Saint-Quentin, un blessé qui avait eu la cuisse gauche complètement enlevée par des éclats d’obus à son tiers supérieur. On voyait nettement la section ht' ante de la fémorale. La cuisse droite était séparée en deux moitiés par son milieu et les deux moitiés ne tenaient plus que par quelques chairs postérieures meurtries. Les plaies des deux cuisses étaient exsangues. Le blessé vécut plus de 24 heures.

Quand les extrémités de l’artère sont effilées, que la tunique externe mâchée recouvre la tunique moyenne rétractée, on conçoit aisément que, dans ces conditions favorables, l’hémostase spontanée ait pu se produire. La survie est plus inexplicable quand les extrémités du vaisseau paraissent sectionnées nettement et que la lumière de l’artère est béante. De pareils faits ont frappé Verneuil pendant la guerre de 1870 comme ils avaient frappé déjà avant lui maints autres observateurs. La pathogénie de l’hémostase en pareil cas est fort obscure et mérite d'être étudiée.

Il est permis d'avancer que, dans un certain nombre de ces cas, outre sa section nette, l’artère présente, à distance, des lésions qui empêchent la circulation du sang dans un tronçon étendu du vaisseau au-dessus de la plaie. Il se passerait là quelque chose d'analogue à ce qu’on observe dans les élongations et les arrachements des nerfs où les lésions éloignées sont si communes. Cette explication rend bien compte de ces faits singuliers, cités par maints auteurs, d’absence d’hémorrhagie constatée non seulement à la suite de ces blessures, mais même à la suite des amputations à distance qu’elles ont nécessitées.

Thomson rapporte que chez un blessé qui avait en la jambe emportée par un boulet, on n’eut pas besoin de faire de ligatures après l’amputation de la cuisse - .

Le même fait singulier aurait été observé à la suite de blessures par des balles animées d’une grande force vive, ainsi qu’en témoigne l’observation suivante due à Zinck :

Sur un blessé qui avait été atteint d'un coup de feu à l’extrémité inférieure de l’avant-bras, les os étaient fracturés comminutivement etles parties molles déchirées dans une grande étendue. Zinck amputa l’avant-bras, et fut fort surpris de ne pas voir de jet de sang artériel. On n’appliqua aucune ligature, et le blessé guérit sans qu’il soit survenu d’hémorrhagie3.

Au point de vue de la fréquence de l’hémorrhagie primitive et de la possibilité de son arrêt spontané, on doit noter de grandes différences entre les sections produites par les éclats agissant par leurs bords ou leur surface convexe. Dans les sections nettes, l’hémostase spontanée doit être plus difficile.

Symptomatologie. — Quand l’artère blessée est de grds calibre et que son ouverture répond directement à l’orifice extérieur de la plaie, l’hémorrhagie est immédiate et le plus souvent foudroyante. Quand le vaisseau

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