Journal de médecine militaire , t. IV, p
divisé est de moindre importance et que la plaie à la surface ou au fond de laquelle il donne est béante, le sang s’élance de la blessure en jets vermeils, rutilants, saccadés, isochrones aux battements du pouls. L’écoulement cesse quand on comprime le vaisseau entre la blessure et le cœur.
Cette hémorrhagie primitive ne se présente pas toujours avec ces caractères. Quand la plaie communique avec l’extérieur par un trajet long, étroit, anfractueux, l’obstacle opposé au jet par les parties molles force le sang à s’écouler en nappe. Cet obstacle à sa sortie est-il encore plus considérable, il s’infiltre dans la gaine celluleuse de l’artère, dans les gaines celluleuses des membres et donne lieu à un anévrysme diffus.
Lorsque la tension artérielle a été affaiblie par un écoulement déjà abondant, le sang peut encore sortir en bavant et non en jet.
Nous parlerons un peu plus loin des symptômes généraux des hémorrhagies artérielles, à propos de l’anémie traumatique.
Les caractères qui précèdent et en particulier le signe fourni par la compression suffisent le plus souvent pour assurer le diagnostic de blessure d’une artère. Les notions anatomiques et la persistance ou l’absence de pouls dans le segment inférieur du tronc principal permettront de décider si on a affaire à une lésion de l'artère principale du membre ou à celle d’une de ses branches. Quand une artère et une veine sont simultanément intéressées, l’écoulement sanguin présente un mélange de filets rutilants et de filets noirs.
Pronostic. — Nous avons déjà insisté sur le pronostic grave des diverses lésions des grosses artères par les projectiles de guerre et nous avons étudié les dispositions particulières qui, en mettant obstacle aux efforts de la nature pour assurer l’hémostase spontanée, contribuent à l’assombrir.
Cette donnée est en désaccord avec l’opinion soutenue par maints auteurs anciens et encore assez répandue aujourd’hui que les blessures par armes à feu ne donnent que rarement lieu à des hémorrhagies abondantes. Au contraire, ce qu’avait avancé Le Dran1 est encore exact: Les blessures par armes à feu donnent fréquemment lieu à des hémorrhagies primitives. Elles sont plus souvent encore compliquées d’hémorrhagies secondaires.
Certains auteurs ont cherché à déterminer la proportion des blessés qui succombent sur le champ de bataille à des hémorrhagies graves. Morand avait admis que les trois quarts des blessés qui restent sur le lieu du combat meurent d’hémorrhagie2; cette proportion est exagérée. 11 résulte, au dire de Legouest3, de recherches entreprises sur les blessés qui ont succombé sur les champs de bataille de Crimée que les morts dues aux hémorrhagies primitives se sont élevées à 18 p. 100. Cet auteur juge ce chiffre trop élevé et pense qu’il comprend probablement des morts que la nature dès plaies, môme sans hémorrhagie, eût suffisamment expliquées.
Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on n’observe que rarement des plaies des gros vaisseaux dans les ambulances et dans les hôpitaux. Sur