LÉSIONS DES VEINES
Plaies des veines par armes tranchantes. — Les plaies des veines par armes tranchantes sont rarement observées à la guerre. Ces plaies sont longitudinales, transversales ou obliques.
Dans les sections longitudinales, les lèvres de la plaie sont peu béantes, aussi l'hémorrhagie se produit-elle difficilement. Dans les plaies transversales, les bords de la solution de continuité s’écartent, au contraire, sous l’influence de la rétraction des libres longitudinales du vaisseau. L’écoulement de sang, dans ces cas, est alors très facile. Quand la veine est divisée dans la moitié de son diamètre, on peut môme éprouver de la peine à arrêter l'hémorrhagie. Enfin, quand la section est complète, les deux bouts se rétractent plus ou moins suivant la laxité des adhérences qui unissent la veine à sa gaine ou à l’artère dont elle est satellite, mais cette rétraction favorable à l'hémostase est, en tous cas, toujours moins considérable que celle qu’on constate à la suite des plaies transversales des artères.
Contrairement à ce qu’on observe dans les blessures artérielles transversales, les tuniques interne et moyenne des veines ne se rétractent pas dans l’intérieur du vaisseau.
Les plaies obliques participent à la fois des caractères des plaies longitudinales et transversales.
L’hémostase spontanée se fait dans les plaies des veines par armes tranchantes comme dans les plaies par projectiles de guerre des mêmes vaisseaux. Dans les plaies latérales, le caillot a la forme d’un clou dont la tête est aplatie et constituée par du sang infiltré dans les tissus voisins. Ce caillot pénètre plus ou moins loin dans l’intérieur de la veine. Il est plus tard remplacé, quand on a eu soin d’assurer l’antisepsie de la plaie.
par du tissu fibreux de nouvelle formation. Dans les sections complètes, un caillot extérieur fibrineux obture l’orifice du bout périphérique de la veine. Ce caillot se prolonge plus ou moins loin dans l’intérieur du vaisseau. Dans le bout central, si des collatérales volumineuses ne s’abouchent pas entre la plaie et les valvules, la veine s’affaisse et son canal ne renferme aucun caillot ; si, au contraire, la veine blessée reçoit des collatérales au-dessous des premières valvules, il peut se former un caillot qui s’étend de la plaie aux valvules. L’hémostase définitive se produit ultérieurement par endophlébite végétante.
Plaies des veines par projectiles de guerre. — Comme les plaies des artères, les blessures des veines par projectiles de guerre peuvent se diviser en plaies non pénétrantes et en plaies pénétrantes.
Plaies des veines non pénétrantes. Contusions. — Les parois des veines sont plus minces, mais moins friables, moins fragiles que les parois artérielles et plus extensibles dans le sens transversal. Ces propriétés anatomiques pouvaient déjà faire admettre, a priori, que les veines échappent plus souvent que les artères aux effets apparents de la contusion. L’expérimentation permet de vérifier l’exactitude du fait qu’on constate de la façon la plus remarquable lorsqu’on tire des balles au point d’accolement de la veine et de l’artère crurale. L’artère est confuse, parfois coupée, sans que la veine présente des traces bien apparentes de lésion.
Nous avons vu que dès qu’une balle touchait, contusionnait une artère, elle déterminait le plus souvent des déchirures de la tunique moyenne, tandis que la tunique externe moins friable, plus élastique et lâchement unie à la première, résistait. 11 n’en est plus de même pour les veines.
La tunique externe de ces vaisseaux se confond avec la tunique moyenne, laquelle est constituée à la fois par un feutrage de fibres longitudinales et circulaires, et ces dernières ne présentent plus la disposition régulière et l’épaisseur qu’elles offrent sur les artères. Enfin, la tunique interne des veines n’est plus, comme la tunique correspondante des artères, presque réduite à une couche épithéliale ; elle est, au contraire, dense et assez épaisse pour pouvoir être séparée de la tunique moyenne. Cette cohésion de la tunique moyenne, ses adhérences avec les tuniques interne et externe, sa constitution anatomique font que quand on serre vigoureusement un fil à ligature sur une grosse veine, ses tuniques s’accolent et s’amincissent sans qu’on parvienne à sectionner totalement la tunique moyenne, comme cela a lieu sur les artères; seules, quelques fibres circulaires élastiques de la couche la plus interne de la tunique moyenne sont sectionnées, les fibres longitudinales restant intactes. Or, ce que l'on constate dans ces ligatures, on l’observe également à la suite des contusions par les projectiles. Dans nos nombreuses expériences cadavériques, nous n’avons pu obtenir ces plaies transversales, si caractéristiques des contusions artérielles : les veines confuses sectionnées longitudinalement après le traumatisme ne présentent aucune solution de continuité ou, s’il en existe, elles sont masquées par la tunique interne conservée.
La contusion des veines par les projectiles peut être légère, n’intéresser qu’une faible épaisseur do la paroi, la gaine adventice, la tunique externe, ou porter, au contraire, sur la totalité de celte paroi et la désorga-
LESIONS DES VEINES.
niser. D’après Olto Weber, la contusion des veines pourrait avoir pour effet de détacher les deux tuniques internes de l’externe. Nous n’avons jamais constaté le fait dans nos expériences cadavériques et nous le croyons difficilement expl icable avec les dispositifs anatomiques que nous avons rappelés.
Une grosse veine, contuse par un projectile, peut-elle se rompre par le seul effet de la vive impulsion communiquée à la colonne liquide? Il résulte des expériences de Schwartz, que la rupture de veines saines est impossible par ce mécanisme '.
Les contusions légères peuvent n’amener aucune modification sensible de la paroi du vaisseau. Quand, au contraire, la contusion est plus profonde, elle peut donner lieu h une infiltration plastique de cette paroi, à de l’exo et de la méso-phlébite. Cette inflammation veineuse a pour résultat de déterminer souvent la thrombose du vaisseau.
L’observation suivante, due à GuTHRiE,est un bel exemple’dece processus :
Un soldat, frappé devant Badajos, eut les deux cuisses traversées par une balle. Il succomba le huitième jour à une gangrène du membre inférieur gauche. L’autopsie permit de reconnaître que la balle avait passé entre la veine et l’artère fémorales. Les tuniques internes de l’artère avaient été rompues, l’externe avait résisté; le vaisseau était oblitéré par des caillots. La veine n’était pas déchirée, mais ses parois étaient épaissies à une certaine distance au-dessus et au-dessous de la plaie et il s'était produit une phlébite adhésive qui remontait jusqu’à V embouchure de la saphène1 2.
Lorsque la contusion a été portée au point d’anéantir la vitalité d’une portion de la paroi de la veine, il peut, lors de la séparationjdes parties contuses, se produire des hémorrhagies plus ou moins abondantes. Les faits suivants font bien ressortir la gravité de cette terminaison :
Un volontaire de l’Ohio reçoit à Dallas une balle qui pénètre du côté droit de la face vers le milieu du buccinateur, fracture le maxillaire inférieur et descend dans le cou. Le blessé va bien pendant dix ou onze jours, il n’éprouve que de la difficulté à avaler les liquides. Le onzième jour il perd beaucoup de sang par la plaie et reste très affaibli. Un mois environ après l’accident se déclare [une nouvelle et grave hémorrhagie qui est arrêtée par la compression. Le blessé succombe le soir même dans les convulsions. À l’autopsie on trouve la veine jugulaire interne ouverte sur une étendue de quatre pouces environ. Les tissus du même côté du cou étaient infiltrés de pus. Le projectile avait fracturé les apophyses transverses des troisième et quatrième vertèbres cervicales et pénétré dans la poitrine. Le onzième jour, une première hémorrhagie s’était produite lorsque l’eschare commençait à ce détacher 3.
A. Després a vu à Doigny, près de Sedan, un blessé dans la cuisse duquel une balle avait pénétré à un centimètre au-dessous de la pointe du triangle de Scarpa. La suppuration s’était établie et le membre ne présentait aucun symptôme de complication grave quand, dix jours plus tard, une hémorrhagie apparut. Le blessé perdit beaucoup de sang en jet avant l’arrivée du chirurgien. Celui-ci débrida la plaie et tomba sur un vaisseau largement ouvert qui laissait couler du sang en abondance malgré une compression faite au-dessus et au-dessous de la plaie. Ce vaisseau n’était autre que la veine fémorale. Elle fut mise à nu et liée. L’hémorrhagie s’arrêta définitivement4.
1. Schwartz, art. Veine du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, p. 682.