DEUXIÈME PÉRIODE
Comme nous l’avons vu, les grands chirurgiens, nos auteurs du ic siècle, n’étaient liés à l’armée par aucune attache; ils accompagnaient «s grands qui les tenaient à leur solde et dont ils dépendaient. La camugne terminée à l’automne, ils passaient l’hiver dans leur ville et se i raient à la pratique usuelle. D’ailleurs ils n’eussent pu être médecins ilitaires à proprement parler puisque l’armée elle-même n’était pas peranente.
En campagne, leur pratique compliquée outre mesure ne leur permettait •s d’étendre bien loin les bienfaits de leur art. Il n’en est plus de même xvne siècle. Les secours de la chirurgie se répartissent, non plus sur des rsonnalités, mais sur des masses de blessés, grâce aux dispositifs nouaux que comporte l’organisation intérieure des armées.
Les premières années de ce siècle sont, pour nous, marquées par un • énement considérable. Sous Henri IV naît la chirurgie militaire. C’est is le règne de ce roi élevé au milieu des paysans, partant accessible aux sères du peuple, que sont créés nos ambulances et nos premiers hôpiîx ambulants. Déjà, du temps de Paré1, les préparatifs des combats aient fait pressentir l’utilité des ambulances puisqu’il y avait à la suite l’armée des caissons contenant des moyens de secours. Sully rassemble s moyens de secours sur les champs de bataille, crée les ambulances et siège d’Amiens (1597) il organise le premier hôpital ambulant de siège. 1 était si bien tenu, dit-il, que les premiers officiers comme les soldats îaient s’y faire traiter. »
^e même bienfaisant ministre, en 1606, ouvre sous le nom de Maison ' ale ou de charité chrétienne un hôtel pour servir de lieu de retraite aux litaires blessés ou infirmes durant leur vieillesse.
Sous Louis XIII, l’organisation rudimentaire de notre service sanitaire développe. En 1630, pendant la campagne d’Italie, Richelieu reprenant ée généreuse de Sully, fait établir des ambulances et des hôpitaux bulants qui reçoivent les blessés conjointement avec les hôpitaux des
1. Gam\, Esquisse historique sur le service de santé militaire : Considérations prélimi- •es, 1841, p. 2u.
litre de chirurgien-major des camps et armées.
Sous Louis XIV, dont le règne se signale par des guerres incessantes, et qui, à un moment donné, a toute l’Europe à combattre, cette organisation reçoit encore quelques perfectionnements. Le chirurgien-major de ' 1 armée a pour le seconder, outre les chirurgiens-majors et aides-majors ] attachés à chaque régiment, un plus grand nombre de chirurgiens de tous j grades affectés aux ambulances. Les chirurgiens-majors des hôpitaux et ’i des régimen ts son t choisis parmi les praticiens les plus instruits du royaume 1 et la plupart d’entre eux sont membres du collège de Saint-Côme à Paris, I en possession, par conséquent, de fournir à notre chirurgie des hommes! d’un vrai mérite 1 2. En ce temps, dit Percy 3, il n’y avait guère de chirurgiens habiles et en réputation qui n’eussent servi aux armées ou dans les 1 régiments. » J.-L. Petit avait fait huit campagnes de guerre comme chirurgien-major. Les plus grands chirurgiens s’honoraient du titre de chirurgien militaire. D’ailleurs, on n’obtenait alors que difiieilement les emplois j civils si on n’était allé les gagner à la guerre. Outre les chirurgiens-majors ^ des armées, il y avait des chirurgiens consultants ayant la suprématie sur les chirurgiens-majors. Un édit de 1670 avait fondé l’hôtel des Invalides et dans toutes les places fortes, places de garnisons, bâties par Vauban, on avait construit des hôpitaux militaires.
La chirurgie militaire française brillait alors d’un vif éclat, c’était la plus ! belle de toutes les armées d’Europe. Elle comptait dans son état-major Habicot, professeur célèbre de chirurgie de son temps, Le Dran père, depuis chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu, Morand père, chirurgien en chef des Invalides, Arnaud, démonstrateur royal, Beissier, chirurgien-major puis consultant qui, par son mérite, mérita si bien la contiance des soldats et de Louis XIV que le Grand Roi l’anoblit et qu’il ne fit aucune campagne sans l’avoir à son service2, Biennaise, opérateur distingué qui fut également l’objet des faveurs de Louis XIV, Dionis, démonstrateur royal, Haustôme, Mareschal, chirurgien de Louis XIV et de Louis XV, T-assin, Puzos, Belloste et tant d’autres.
Mais, si l’état-major était brillant, les secours ne répondaient pas à beaucoup près aux besoins. Le personnel subalterne était insuffisant, igno-
1. Les Romains déjà avaient senti la nécessité d'introduire des chirurgiens dans leurs armées ; ils en avaient un par légion, « on les appelait medici vulnerarii. Ces chirurgiens avaient rendu de si grands services aux troupes de la République que sous Auguste, et malgré les lois et le préjugé national contre la médecine et les médecins, ils obtinrent le droit de cité dans Rome. Ceux des légions d’Auguste reçurent l’anneau des chevaliers et furent exemptés des charges et des taxes publiques. Fournier-Pescay, article Chirurga militaire du Dictionnaire des sciences médicales en 60 volumes, t. V, p. 94.
Au moyen âge, Charles le Téméraire fut le premier à instituer un service chirurgical, militaire ; ainsi, il avait attaché un chirurgien à chaque compagnie de cent lances ; chaque lance représentant huit combattants, c’était donc un chirurgien pour 800 hommes. Et comme il y avait 2 200 hommes d’armes, la chirurgie militaire de Bourgogne se composait de 22 chirurgiens pour un total de 17 600 personnes sans compter les chirurgiens attachés aux grands vassaux du duc et ceux du duc lui-même. Malgaigne, Introduction des Œuvres de Paré, p. CLXV1I. I
2. Fournier-Pescay, article Chirurgie militaire du Dictionnaire des sciences médicales, t. V, p. 96.
3. Percy, Éloge de Sabatier, et Fournier-Pescay, o. c., p. 96.