‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 39 sur 460 · DE PL AN I S- C A MPI · texte numérisé non relu

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rant, grossier, recruté parmi les classes les moins recommandables de la nation 1 et les soldats blessés, pour le plus grand nombre délaissés plutôt qu’assistés après les batailles, rentraient dans la masse du peuple et en partageaient les misères.

11 est curieux de constater que, dans ce siècle si fécond en grandes guerres, les chirurgiens nombreux et si remarquables qui ont pris part à ces luttes, nous aient laissé si peu de traces scientifiques de leur passage dans nos armées. Le xvu0 siècle est un des plus pauvres en écrits de chirurgie de guerre. Après Planis-Campi dont le Traité date du commencement de ce siècle, il nous faut arriver à sa seconde moitié pour voir paraître les Traités ou les Manuels de l’anonyme L. L. M. G., de Dailly, d’ÂBEiLLE, de Tassin, de Yeruüc et de Belloste. Les maîtres de la chirurgie d’alors, qui sont venus -s'instruire chez nous, se sont, plus tard, contentés de transmettre par leur enseignement oral les résultats de leur pratique et ceux qui ont écrit sur la chirurgie en général n’ont, dans leurs travaux, consigné que de loin en loin leurs souvenirs, leurs observations et les règles de leur conduite.

Nous arrivons à l’analyse des ouvrages des chirurgiens français du xvne siècle.

Nos auteurs du commencement de ce siècle sont des disciples directs de IParé. Pigray, chirurgien de Henri IV après avoir été chirurgien de Henri III, et Guillemeau, chirurgien ordinaire du roi comme Pigray, ne font -guère que suivre ses pratiques et qu’étenclre ses doctrines. Uépitome de Pigray n’est qu’un résumé du Traité de Paré , Guillemeau de son côté reprend les leçons sur les plaies de Gourtin. Nous n’insistons pas, et nous arrivons à nos auteurs proprement dits.

DE PLANIS-CAMPI 2 (1023)

Chirurgien du règne de Louis XIII, attaché à la personne de la Reine nère, dePLANis CAMPinous a laissé, outre son Traité des plaies faites par les | i nousquelades, un assez grand nombre d’écrits, entre autres un Traité de i/ ranrle et de petite chirurgie.

Esprit crédule, ami du merveilleux, catholique dévot, imbu des théories istrologiques de Paracelse, Campi commence à faire revivre dans son Traité des plaies faites par les mousquetades, des opinions dont le sens droit 3t la judicieuse observation de Paré semblait avoir pour toujours fait ustice : telles l’empoisonnement et la brûlure des plaies. Il retourne aux dées de Vigo, de Ferri, de Tagaut et de Goddin.

Paré s’était encore élevé avec énergie contre les sortilèges , les paroles charmées , les médicaments sympathiques et conjurés qu’il jugeait cérémonies l'aines et peu chrétiennes ; Joubert avait consacré un ouvrage qui avait fait sgrand bruit à cette chimère , imposture et misérable infirmité d’esprit , comme rappelait l’abbé Brantôme, mais Gampi était trop partisan des idées de p’aracelse, et sa dévotion qu’expriment maints passages de son Traité, trop

1. Dk Planis-Campi, o. c., et L. L. M. C., Manuel du chirurgien d’armée , 0. c.

2. Planis-Campi, Traité des plaies /'ailes par les mousquetades. Paris, 1(323, in-8, 1616,

profonde pour n avoir pas accepté une pratique renouvelée, sans doute, de la médecine grecque, mais qui ne cadrait que trop bien, avec les tendances et les habitudes religieuses de l’époque. Et d’ailleurs serions-nous en droit de les lui grandement reprocher? N’en était-on pas encore au temps où les rois de France guérissaient les écrouelles par le seul attouchement et une invocation à Dieu?

Pour lui : «Toutes les maladies et blessures peuvent être guéries par des médicaments constellés et des paroles constellées, par l’influence des astres ou la vertu de soixante-douze noms hébraïques.» Il consacre tout un chapitre, bien curieuxà lire, aux conjurations, brevets, médicaments sympathiques dans lequel on trouve écrit que des paroles magiques favorisent l’extraction des corps étrangers; qu’il suffit, pour assurer la guérison d’un blessé, de le panser avec des médicaments conjurés, ou simplement d’enduire, à distance, l’agent présumé de la blessure, une balle, un fer, une parcelle d’un de ses vêtements, avec un onguent fait de crâne humain pilé, de sang humain, de graisse humaine, de graisse de taureau, d’huile de lin, d'huile rosat et de bol d’Arménie. C’est à des moyens semblables, c’est-à-dire à « la vraie magie, ou encore à Y Influence des astres , qu’on doit, dit- il, avoir recours, quand on n’a pu réussir en employant les médicaments ordinaires. »

Que nous sommes loin des pratiques de Paré, marquées au coin de la plus saine raison, et combien facilement lui pardonne-t-on son huile des petits chiens, en voyant à cinquante ans de distance des chirurgiens préconiser de semblables moyens! La colère de Dieu, provoquée « par les impiétés, blasphèmes exécrables, paillardises, violements infâmes, meurtres, pilleries, etc. » et les jours malheureux comme ceux de la nativité, ont leur place marquée dans le pronostic, à côté des fatigues de la lutte et des émotions morales.

Yoici maintenant venir l’influence des astres : Les blessures faites sous la constellation des Gémeaux, de la Vierge, du Capricorne, sont très dangereuses; celles qui sont faites sous la constellation du Taureau, du Lion, du Mouton, le sont moins; avec le Verseau, les Poissons, le Cancer, les Balances, le Scorpion, l’Archer, on est dans les périodes favorables. Le livre de Campi reproduit fidèlement les idées si singulières que l’Anglais Fludd, Paracelse, Mohy professaient sùr les prodiges du magnétisme, l’influence des génies, des enchantements, des miracles et des autres chimères dont on discutait sérieusement dans les écoles, qui faisaient reculer notre art et dont il appartint à Van Helmont de renverser le système.

Telles étaient les idées émises, les pratiques suivies par de vrais chirurgiens d’armée. On peut se demander ce que valaient les autres. A en croire Planis-Campi, ils ne valaient pas grand'chose. Il dit peut-être vrai, mais cependant nous accuserions volontiers cet auteur pas mal charlatan d’avoir terni quelque peu la réputation de ses collègues pour se donner plus de notoriété. Quoi qu’il en soit, le curieux passage qu'il leur consacre mérite bien d’être rappelé b

« Hélas! que j’en ai vu d’ignorants, et qu’il y en a qui suivent les armées, qui ne

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