ANÉMIE TRAUMATIQUE
Les effets des hémorrhagies avaient été peu étudiés jusqu ici. Jusqu au i noment où le Dr Kirmisson a consacré à leur étude sa Thèse d’agrégajü ion, on en était réduit à quelques indications sommaires perdues dans ij 'histoire des hémorrhagies. C’est ce chirurgien qui a donné a cette complication la place qu’elle mérite *.
L’anémie traumatique a ses symptômes propres, son influence bien i narquée sur la marche des blessures. Ces symptômes présentent un haut ; iegré d’acuité dans l’anémie aiguë; ils sont, au contraire, plus ou moins itténués dans l’anémie lente. Les blessures artérielles par les projectiles le guerre qui présentent, comme nous l’avons vu, des conditions favorables à la continuation des hémorrhagies entraînent fréquemment l’anémie Traumatique.
L’ouverture d’une artère volumineuse, dans des conditions défavorables u l’hémostase spontanée, entraîne le plus souvent une perte de sang, une Hémorrhagie si rapide et si considérable que le blessé succombe à 1 anémie ; aiguë. Quelquefois, la brusque déplétion du système vasculaire amène heul 'eusement une syncope, qui suspend l’hémorrhagie. C est dans ces derniers cas, ou lorsque l’hémorrhagie a été fournie par un vaisseau de moindre calibre, qu’on observe les symptômes de 1 anémie aiguë primiive, que nous allons étudier.
Le premier effet d’une hémorrhagie abondante qui n est pas immédiat ernent mortelle est la décoloration de la peau et des muqueuses; le blessé pâlit, il éprouve une sensation de froid général et sa température s abaisse; !-;a peau se couvre d’une sueur froide et visqueuse; les mouvements res-
i giratoires sont d’abord précipités, ils deviennent ensuite rares et profonds, m’approche de la mort se reconnaît à des inspirations profondes, convul- ;ives (Marshall Hall). Celle-ci est plus imminente encore quand la respiraion est diaphragmatique, abdominale, entrecoupée de soupirs. Le pouls perd peu à peu sa force et sa résistance tout en augmentant de fréquence 1 mesure que la perte du sang devient plus considérable, il devient ensuite i rrégulier, intermittent; les battements du cœur sont tumultueux-.
L’anémie aiguë réagit sur le système musculaire, mais d une façon très différente, suivant qu’il s’agit des muscles lisses et des muscles striés. (Elle provoque dans les muscles lisses une vive excitation; de là des nausées, des vomissements, des contractions intestinales et vésicales suivies d’autant plus facilement d’émission des matières fécales et de l’urine que
1. La plus grande partie de notre description est empruntée au travail du Dr Kirmisson : De l’anémie consécutive aux hémorrhayies traumatiques et de son influence sur la marche
t; des blessures. Thèse d’agrégation. Paris, 1880.
2. Il résulte des recherches d’ARLOiNO que la fréquence du pouls augmente tant que la i 1 2 diminution de pression ne dépasse pas le tiers de la pression normale; qu'il revient a peu
près au chiffre initial, quand la pression est comprise entre le tiers et le cinquième de la pression normale et qu'elle augmente de nouveau quand la pression tombe au-dessous du cinquième de la pression normale. Dans les hémorrhagies abondantes, il tant donc s attendre à rencontrer entre deux périodes d’accélération une période dans laquelle le pouls est relativement lent. O. c., p. 06 et 67.
les sphincters, comme tous les muscles striés, sont dans un complet relâchement. L’expulsion involontaire des urines et des matières fécales a généralement une signification grave; elle indique une mort prochaine.
L’influence de l’anémie subite se fait surtout sentir sur le système nerveux. C’est à l’anémie du bulbe que sont dus les troubles respiratoires et circulatoires dont nous venons de parler. C’est encore à elle que doivent être rattachés la diminution du tonus musculaire, le relâchement du sphincter irien, et les convulsions générales qui peuvent revêtir la forme épileptique, les vertiges, les tintements d’oreille, la syncope, le coma et le délire qui parfois précède la mort.
Si le blessé n’a pas succombé immédiatement à la violence de l’hémorrhagie, s'il n’a pas expiré quelques instants après la suspension de la perte sanguine, il reste dans un état de faiblesse extrême, incapable de réaction et il s’éteint, pour ainsi dire sans secousses et sans douleurs, au bout de quelques heures ou d’un petit nombre de jours. Dans bon nombre de cas, cependant, après être resté plus ou moins longtemps dans l’état de faiblesse le plus alarmant, il guérit de son anémie aiguë en passant par les phases de l’anémie à marche lente.
Que l’anémie lente succède à l’attaque brusque d’anémie dont nous venons de parler ou qu’elle soit survenue directement sans que le blessé ait traversé cette première phase, le blessé est tourmenté par une soif intense, signe révélateur de la déplétion du système sanguin. Puis on retrouve les symptômes atténués de la forme aiguë : la pâleur de la peau, la flaccidité des chairs, la sensation de refroidissement, l’abaissement de la température, la petitesse, la mollesse, la dépressibilité du pouls, la respiration lente et suspirieuse. Accablé et dans un état voisin de la lipothymie, le blessé n’est capable d’aucune activité intellectuelle ou physique; ses mouvements sont lents et pénibles comme ses pensées; la sensibilité est souvent émoussée1. Il ressent des battements dans la tête, entend des sifflements, voit des éclairs. Inquiet, irritable, il ne peut supporter ni la lumière ni le bruit. Le moindre effort, le moindre déplacement, une impression un peu vive peuvent accélérer la respiration, puis les battements du cœur se ralentissent, la peau se couvre de sueurs froides, et le blessé est pris de vertige ou de syncope.
Le pouls d’un blessé atteint de cette forme d’anémie traumatique lente est accéléré, il bat avec force 100 à 120 pulsations. L'anorexie est habituelle et, chez certains, elle est poussée à un degré tel qu’elle peut aller jusqu’à une véritable aversion pour les aliments. La pernicieuse influence de cette anorexie est encore augmentée par les nausées, les vomissements qui se montrent parfois. La faiblesse du blessé augmente alors rapidement et l'on voit survenir la bouffissure delà face, la diarrhée opiniâtre, l'anasarque,etc. Arrivée à ce degré de gravité, l’anémie traumatique peut rapidement entraîner la mort par anéantissement progressif. D'après Sanson, cette terminaison surviendrait au bout d’un mois, six semaines.
Mais c’esf là le tableau le plus assombri de l’anémie lente et plus souvent le blessé reprend peu à peu des forces, ses muqueuses se recolorent, la température se rapproche de plus en plus de la température normale,