LÉSIONS DES NERFS
Une explication plausible de ces paralysies à distance est encore à trouver. Les uns les ont rattachées à des troubles circulatoires, d’autres à une excitation réflexe des centres nerveux, etc., peut-être pourrait-on en ranger quelques cas dans le cadre de l’hystérie traumatique. Ces exemples de troubles à distance semblent d’ailleurs assez rares.
Diagnostic. — Etablir si, dans une plaie d’arme à feu, un nerf a été intéressé, est en général facile. Le siège de la blessure, sa direction, sa profondeur, l’aspect même du nerf dans les plaies en surface un peu étendues, les
S symptômes généraux et locaux primitifs, permettraient d’affirmer la lésion nerveuse, à défaut même des symptômes consécutifs. Mais c’est quand il s’agit de déterminer la nature et l’étendue des désordres que la difficulté commence, quand il s’agit de savoir si on a affaire à une contusion, à une plaie contuse, à une abrasion plus ou moins compliquée de distension, et, dans le cas de contusion ou de plaie nerveuses, si celles-ci sont incomplètes ou complètes, que la solution du problème est délicate. Souvent même elle est impossible peu de temps après le traumatisme. En effet, la douleur est un symptôme inconstant, d’un autre côté la stupeur locale ou générale et la sensibilité récurrente peuvent masquer ou dissimuler l’étendue des lésions. Il faut le plus ordinairement attendre l’apparition des symptômes consécutifs pour se prononcer avec quelque certitude.
Le pronostic des blessures des nerfs par armes à feu varie avec l’importance du nerf atteint, et la nature de la lésion qui permet d’espérer une réparation ( section par arme blanche , contusion légère ) ou qui la rend impossible {plaies contuses par projectiles , abrasions). D’une façon générale les plaies complètes de nerfs par coup de feu sont toujours graves, car elles ne permettent pas d’espérer le rétablissement des fonctions. D’un autre i côté, les plaies incomplètes semblent exposer davantage encore que les plaies complètes par projectiles aux accidents consécutifs.
Le traitement primitif des lésions des nerfs par coups de feu est le plus souvent très borné. Il se confond d’ordinaire avec celui de la plaie. On combat les douleurs par les narcotiques, et on pratique l’ablation des corps étrangers accessibles à la vue qui peuvent irriter ou comprimer les nerfs.
Une des indications les plus pressantes à remplir, c’est d’éviter tout pansement irritant, d’assurer l’immobilité absolue de la région par un pansement ouaté qui soustrait en même temps le nerf au contact de l’air.
Tillaux1 et Letiévant2 ont proposé, dans les plaies des nerfs par coups de feu, de pratiquer la suture après avivement de chacune des extrémités. Nous avons vu que, dans les sections complètes par balles, la lésion s’étendait en général plus ou moins loin au delà des points frappés. Dans les sections par éclats d’obus, cette extension des lésions est plus considérable encore. On s’exposerait dès lors, pendant l’avivement, à rester en deçà des désordres ou à en dépasser les limites et à éprouver de réelles difficultés pour obtenir l’affrontement. Tillaux, pour démontrer la possibilité d’une coaptation même après un avivement étendu, s’appuie sur l’extensibilité des nerfs bien mise en évidence par l’observation de Nélaton qui réussit à accoler les deux extrémités d’un nerf distantes de 6 centimètres. Pour notre