STUPEUR LOCALE
On doit entendre par cette expression de stupeur locale un état particulier de la partie blessée caractérisé par l’abolition des fonctions nerveuses et musculaires, la suspension de la circulation, état qui a pour conséquence fréquente d’être suivi des symptômes graves de la septicémie aiguë, et de gangrènes rapides.
On a remarqué depuis longtemps que les désordres graves des tissus produits par les projectiles étaient souvent compliqués do stupeur locale, et que cette complication pouvait ne pas être associée à la stupeur générale.
On a confondu, à tort, la stupeur locale avec d’autres accidents des plaies. :
Cuassaignac attribuait la stupeur locale à une commotion du sang; ’ Verneuil l’avait rattaché à la production rapide dans le foyer traumatique de produits toxiques provenant de la décomposition des tissus. Certains l’ont expliquée par la contusion directe des nerfs. Elle paraît être le résultat de l’ébranlement de tous les éléments des tissus traversés par le projectile.
Étant donné que la stupeur locale résulte de l’irradiation dans un rayon plus ou moins grand de l’ébranlement imprimé aux tissus par le projectile, cet état de stupeur sera d’autant plus considérable que la vitesse, la masse, la consistance du corps vulnérant sont plus grandes, son angle d’impact plus petit, et que les tissus frappés sont plus résistants. Ces données sont cependant en désaccord avec celles qu’admettent certains auteurs. De tous les éléments qui font varier l’intensité de la stupeur locale, un des plus importants est la vitesse du projectile. On sait en effet depuis longtemps que la stupeur locale complique de préférence les plaies 1 produites à courte distance, c’est-à-dire celles qui résultent du choc des projectiles animés d’une grande vitesse. Dans les cas compliqués, la pression hydrostatique et la projection directe des tissus sont des agents de transmission de l’ébranlement.
Le signe le plus caractéristique de la stupeur locale est l’insensibilité
TROUBLES NERVEUX PRIMITIFS
de la plaie. Les anciens en avaient été à tel point frappes qu’ils conseillaient de profiter de cette anesthésie produite parle choc du projectile pour faire les incisions, les débridements qu’ils croyaient nécessaires pour conjurer les accidents inflammatoires ou ceux qui étaient nécessités par l’extraction des corps étrangers.
Cette insensibilité s’étend plus ou moins loin autour de la lésion, soit sur le tronc, soit sur les extrémités. Elle intéresse tous les tissus de la même région. Elle est cependant plus accusée en certains points qu’en d’autres. Fischer a constaté, par exemple, qu’elle était plus marquée à l'orifice d’entrée des balles qu’à leur orifice de sortie.
Les faits suivants empruntés à Chenu et à Stuttel sont des exemples ! frappants de cette insensibilité des tissus :
Dans les fossés de Malakoff, un zouave a l’avant-pied broyé et presque détaché. Il achève avec son couteau la section1.
Un artilleur, au siège de Strasbourg, a lajambe dilacérée, broyée en grande partie par un éclat d’obus. Le segment inférieur du membre ballant se déplace à tout instant sur le brancard. Le blessé le détache lui-même avec son couteau2.
Les tissus insensibles sont flasques, froids, décolorés, parfois teintés en brun par le sang épanché. La plaie ne fournit pas de sang d’ordinaire. -Malgré ces symptômes locaux, l’intelligence est intacte. Les caractères locaux de la stupeur, quelque accusés qu’ils soient, sont souvent limités à la région blessée ; parfois ils sont unis à ceux de la stupeur générale, mais dans ces cas, l’insensibilité et la réfrigération sont plus accusés du côté du membre atteint que du côté du membre sain.
La stupeur locale ne persiste ordinairement que quelques heures et se dissipe graduellement, mais elle peut durer vingt-quatre heures et même plus longtemps.
La relation étroite qui existe entre la stupeur locale grave et la gangrène traumatique est depuis longtemps admise par la plupart des auteurs. Riciiter rattache l’apparition de cette gangrène rapide à la présence d’épanchements sanguins dans le névrilemme et entre les faisceaux des nerfs. Cette pathogénie paraît douteuse, étant donné que des sections des gros nerfs ne sont que très exceptionnellement suivies de gangrène.
Dans les cas les plus favorables, la plaie fournit tantôt une suppuration de bonne nature et les phénomènes réactionnels sont francs, mais bien plus souvent la blessure sécrète, au début, des liquides fétides, se déterge mal et son bourgeonnement est lent et irrégulier.
Le traitement de la stupeur locale a jusqu’ici peu fixé l’attention. Ranimer la chaleur des parties, rappeler promptement leur sensibilité, même en provoquant de la douleur, telle était la pratique qu’on suivait à une époque encore rapprochée de nous. On n'a plus conservé que la première indication qu’on exécute le plus souvent en enveloppant la région blessée dans l’ouate.
Les fdaies atteintes de stupeur, fournissant le plus souvent, comme nous l’avons dit, une sécrétion de mauvaise nature, il est bon de les recouvrir