Stuttel, o. c., p
d’un pansement très antiseptique après avoir eu soin de les laver avec des liquides qui à leurs propriétés désinfectantes joignent celle de ne pas anesthésier les tissus. Les solutions phéniquées fortes seraient, de ce fait, proscrites.
Depuis longtemps, les chirurgiens militaires ont remarqué que les opérations pratiquées sur les membres atteints de stupeur locale étaient suivies de graves accidents, aussi ont-ils conseillé, pour la plupart, de s’abstenir de toute intervention jusqu'à ce que la stupeur locale fût dissipée. Cette pratique ne saurait trop être recommandée. Peut-être y aurait-il lieu de faire exception à cette règle pour les cas dans lesquels on est en présence d’une gangrène à développement rapide. Le résultat de toute opération est alors aléatoire, sans doute, mais l’expectation est promptement mortelle. On est, par conséquent, autorisé à intervenir.
DES CORPS ÉTRANGERS
Les corps étrangers qui peuvent compliquer les plaies d’armes à feu sont de nature très diverse. Tantôt ce sont des projectiles (balles, éclats d’obus, projectiles pleins peu volumineux) qui, n’ayant pas assez de force pour traverser les parties, se sont arrêtés au milieu d’elles. D’autres fois, ce sont des portions de l’habillement, de l’équipement du blessé, voire même de son armement ou encore des objets placés dans ses poches, dans sa ceinture, dans son sac, qui ont été entraînés dans les tissus. Enfin, des corps plus ou moins durs détachés par les petits et les gros projectiles pendant leur course et par les derniers lors de leur éclatement (terre, cailloux, fragments de pierre, de bois), des parties provenant de l’équipement et même du squelette de soldats voisins, peuvent encore se rencontrer dans les plaies d’armes à feu.
Les esquilles des os fracturés constituent enfin de véritables corps étrangers ; mais comme il y aurait inconvénient à confondre leur étude avec celle de ceux dont nous venons de parler, il n'en sera pas question
De tous les corps étrangers, ce sont les projectiles qu’on rencontre le plus souvent; viennent ensuite, par ordre de fréquence, les pièces de l’habillement et de l’équipement des blessés.
Longmore a avancé que les plaies produites par les balles étaient autrefois plus fréquemment compliquées de corps étrangers métalliques que les plaies faites par les balles actuelles, lesquelles sont animées d’une plus grande vitesse et ne se dévient qu’exceptionnellement. La chose pouvait être vraie à une époque peu éloignée de nous où, avec des armes à longue portée, les feux ne s’exécutaient qu’à des distances relativement réduites, mais aujourd’hui que les données de la tactique sont en concordance avec la portée des armes, la proposition de Longmore ne saurait être prise à la lettre.
La fréquence de cette complication est en rapport avec la faible vitesse dont les projectiles sont animés, autrement dit avec la distance du
— srsr
DES CORPS ETRANGERS
tir. Dans les luttes fi courte distance, on aura rarement l’occasion de rechercher des projectiles. Par contre, on pourra avoir souvent à intervenir pour leur extraction après les luttes à longue distance. 11 résulte de nos expériences cadavériques qu’avec les halles actuelles, dans des tirs à une portée inférieure ù. 500 mètres, rarement ces projectiles s’arrêtent dans les parties molles, qu’au delà. de 1000 mètres ils y séjournent quelquefois, et qu’ils y restent au contraire très souvent après des tirs à la distance de 1 500 mètres.
Une des causes qui contribue 'le plus au séjour des balles, quelle que soit la vitesse dont elles sont primitivement animées, c’est leur contact avec les os. Ce contact agit directement en soustrayant au projectile une partie de sa force vive et indirectement, en augmentant par la déformation de la balle qu’il provoque, l’influence de la résistance des tissus.
Tantôt les balles qui compliquent les plaies d’armes à feu sont entières, et ont conservé leur surface régulière, tantôt elles sont déformées, fragmentées. Nous n’insisterons pas ici sur ces déformations, sur ces fragmentations qu’il est possible de faire rentrer dans quelques catégories typiques dont la connaissance est si utile au chirurgien d’armée. Elle lui permet en effet de se rendre un compte exact de la probabilité du séjour d’autres fragments après une première extraction. Nous reviendrons sur ce sujet à propos des fractures et nous n’aurons guère en vue ici que les corps étrangers compliquant les blessures des parties molles.
Alors qu’on utilisait les armes lisses, la bourre pouvait, après un tir à courte distance, séjourner dans les chairs; avec les armes actuelles, dans les mêmes conditions de tir, la rondelle de feutre qui recouvre la poudre peut encore, exceptionnellement, jouer le rôle de corps étranger.
Les éclats d'obus restent très fréquemment dans la profondeur des tissus plus souvent que les balles, ce qui tient à l’irrégularité, à l’étendue de leur surface, et à leur moindre vitesse1.
Les corps étrangers vestimentaires compliquent très souvent les plaies d’armes à feu. Dans des expériences cadavériques dans lesquelles nous avons tiré sur des segments de membres recouverts des vêtements, nous n’avons pas été peu surpris de constater que le plus souvent la plus grande partie du trajet du projectile était tapissée de filaments très ténus provenant de la laine du pantalon ou de la capote. Ces filaments étaient très reconnaissables à leur coloration qui tranchait nettement sur celle des tissus exsangues.
Les corps étrangers vestimentaires qui préoccupent le chirurgien sont constitués par des parties quelque peu étendues de la chemise, de la capote, du caleçon, du pantalon. On rencontre quelquefois des parcelles de la cravate, de la guêtre, du cuir, voire même des clous de la chaussure.
La balle qui atteint les vêtements, les chasse dans les chairs et s’en coiffe, plus souvent elle en détache des fragments qu’elle abandonne plus ou moins près de l’ouverture d’entrée. Plus ordinairement que les balles, les éclats d’obus se coiffent des vêtements qu’ils rencontrent sur leur passage.
1. Les éclats d’obus et de bombe traversaient rarement tout à fait l’épaisseur d’un membre. Scrive, o. c., p. 439.
Très souvent les boutons jouent le rôle de corps étrangers. C’est surtout dans la poitrine et l’abdomen qu’ils pénètrent le plus ordinairement.
Une balle qui, chez un blessé observé par Gillette, avait frappé un bouton du côté gauche de la tunique, l’avait séparé avec la portion de vêtement à laquelle il adhérait. Balle et bouton avaient ensuite traversé le sternum, brisé plusieurs côtes et s’étaient logés dans la paroi latérale droite de la poitrine où l’on en fit l’extraction 1 .
Un tambour reçut au siège de Kelil un coup de feu à la région hypogastrique.
La balle avait chassé devant elle un bouton- et un petit lambeau de drap de la veste. La plaie était étroite; une petite portion d’épiploon sortait à travers de la longueur de 5 centimètres. Celle-ci rentra à la faveur d’une légère dilatation et le blessé rendit, au bout de quelques jours, l’un et l’autre de ces corps étrangers par la voie des selles 2.
Parfois cependant on trouve cette variété de corps étrangers très loin de la région du tronc.
Un officier présentait au niveau du jarret une plaie fistuleuse. Lombard, soupçonnant que cette plaie était entretenue par la présence d’un corps étranger, l’explora et fit l’extraction d’une parcelle de bouton qu’une balle avait détachée de la patte de la culotte 3 4 5 6.
Pendant le siège de Paris, un obus éclate près d’un garde national et l’un des . fragments de ce gros projectile détache deux boutons qu’il lance dans l’orbite gauche de ce garde h
Dans le pronostic des plaies de la face, de la partie [‘supérieure du cou l'd et des mains, il faut tenir compte de l’absence habituelle de corps étrangers provenant de l’équipement et de l’armement du soldat.
Les objets que le blessé porte dans les poches de son pantalon et de son gilet, dans sa ceinture, etc., sont très souvent chassés dans les tissus ’ par les balles ou les fragments d’obus.
Ravaton enleva de la cuisse d’un blessé une petite clef de cuivre, trois portions i d’un cachet de montre, enfin treize pièces d'une cornaline qui en faisaient partie. Tous . ces corps étrangers avaient été chassés par une balle b.
Cuvellier observa en Italie un blessé qui avait été frappé par une balle dont l’orifice d’entrée répondait au pli de l’aine et l’orifice de sortie au niveau de l’épine iliaque postérieure et inférieure. L’os coxal avait été fracturé. Par l’ouverture de sortie on fit immédiatement l’extraction de plusieurs esquilles. La persistance des accidents suppuratifs ayant fait penser à la présence de corps étrangers, le blessé se rappela que la monnaie qu’il avait dans la poche de son pantalon avait été dispersée par le coup. On débrida la plaie et on fit l’extraction de deux fragments de balle, d’une médaille de cuivre argenté déformée, et plus tard d’un sou déprimé *.
La Roche rapporte qu’une balle enfonça dans la cavité abdominale d’un blessé vingt napoléons que celui-ci portait dans sa poche. On les retrouva entiers, mais plus ou moins déformés 7.
A Mine Run, pendant la guerre d’Amérique, une balle en frappant un blessé à la cuisse brisa deux couteaux qu’il portait dans sa poche et se fragmenta elle-