La Roche, o. c., p
DES CORPS ETRANGERS
même. On retira de la cuisse de ce blessé, pendant sa vie, cent fragments clc couteau et quatre fragments de balle. Après sa mort, on trouva encore plusieurs fragments de balle et un morceau de la poche dans laquelle se trouvait le couteau 1.
Chez un artilleur frappé par un éclat d’obus au tiers moyen de la face externe de la cuisse, le médecin-major Lèques enleva un mouchoir de poche, deux cuillers de fer-blanc, une blague à tabac et une pipe. Tous ces objets étaient logés dans une cavité de lu centimètres de diamètre au fond de laquelle le fémur était dénudé, mais non fracturé 2.
Un officier reçut en Espagne une balle dans le genou; cette balle avait d’abord traversé la fonte d’un de ses pistolets dans laquelle se trouvait une brosse. Elle entraîna dans la blessure une mèche de crins. Pendant plusieurs années, malgré la sortie de la balle, il se formait toujours de nouveaux abcès à l’ouverture desquels il sortait des crins. Cet officier souffrait beaucoup, il ne pouvait marcher; M.vrjolin l’envoya aux eaux de Barèges; il se forma un abcès plus volumineux que les précédents et à son ouverture, le reste des crins fut entraîné par le pus 3.
Des portions plus ou moins étendues des armes du blessé (bois de fusil, lame de sabre, etc.) peuvent être séparées par des projectiles et chassées par eux dans les tissus. D. Larrey nous en fournit un exemple bien remarquable :
Un brigadier de chasseurs à cheval avait été atteint au combat de Golominn par un boulet d’artillerie légère qui avait effleuré son bras gauche et déterminé une simple ecchymose. On remarquait en outre à la peau une petite division qui semblait avoir été faite par la pointe d’un sabre. La plaie fut pansée simplement, mais, le neuvième jour, la suppuration étant devenue sanieuse, on crut à une lésion osseuse et on sonda la plaie. Le chirurgien reconnut la présence d’un corps dur et sonore qu’il retira après débridement. C’était un morceau de la pointe du sabre de ce chasseur, morceau long de 8 centimètres, large de 2, que le boulet avait enfoncé au devant de lui dans l’épaisseur du bras4.
L’observation suivante tirée du Journal général de Médecine n’est pas moins curieuse :
Un soldat nommé Malva fut blessé en Pologne par une baïonnette détachée par un boulet du fusil qui la portait. Elle eut assez de force pour pénétrer la tempe droite, traverser la face et ressortir de cinq pouces au dehors par le sinus maxillaire du côté opposé; elle avait pénétré jusqu’à la douille à l’ouverture d’entrée 3.
Souvent les projectiles, les balles, mais surtout les éclats d’obus, communiquent une partie de leur vitesse à des corps extérieurs (éclats de pierre, plâtras, éclats de bois), les détachent et les poussent dans les tissus.
Enfin, les corps étrangers peuvent provenir de l’armement, de l'équipement, de l’habillement de soldais voisins du blessé.
He.nnkn a rapporté l’exemple unique d’un soldat hanovrien delà cuisse duquel, trois jours après sa blessure, il enleva deux pièces de cuivre et deux pièces de cinq francs accolées. Ces pièces provenaient de la poche d’un camarade. Le blessé décla-
1. Catalogue of the surgirai section of the U. S. army. Med. Muséum , p. 213.
2. Lèques, Histoire de l ambulance de la Jl° division du 14° corps, in Archives du Comité de Santé.