Larue (Thèse citée) en a rapporté un bel exemple
DES PARTIES MOLLES
du corps (D. Larrey). Enfin les muscles du tronc et des membres peuvent être indemnes etla contracture se borner aux muscles des mâchoires (trismus).
Relativement à l’intensité, on a décrit un tétanos suraigu , un tétanos aigu et un tétanos chronique. Le premier se caractérise surtout par la rapidité de l’invasion, l’intensité et l’extension des contractions, leur généralisation rapide, l’hyperthermie précoce, la dyspnée allant jusqu’à la suffocation et la terminaison par la mort en vingt-quatre ou trente-six heures.
Le tétanos aigu entraîne les blessés en quelques jours, du troisième au cinquième, en présentant les caractères et la marche que nous avons indiqués dans notre description générale. Le trismus survient rapidement, les contractures envahissent vite les divers groupes des muscles et les paroxysmes sont fréquents.
Dans la forme chronique, l’apparition des convulsions est tardive, le trismus peu accusé, le blessé mange, boit, parle sans se douter de la gravité de son état. Ces symptômes peuvent rester atténués pendant quatre, six, huit jours, puis ils s’aggravent soit brusquement soit graduellement, ce qui est plus fréquent. Les accidents subissent des alternatives de sédation et d’aggravation pendant plusieurs semaines et se terminent par la guérison après une longue convalescence, ou par la mort.
Le tétanos présente un ensemble symptomatologique tellement frappant qu’il serait difficile de le méconnaître. Les spasmes traumatiques que Colles et Follin en avaient séparés n’en sont plus aujourd’hui distingués.
La mort chez les tétaniques est liée soit à Ycisphyxie rapide ou lente, produite par un spasme laryngé ou la contracture des muscles des parois thoraciques, soit à l 'arrêt du cœur ou à Y épuisement nerveux. Dans ce dernier cas, le blessé succombe dans la prostration. D. Larrey admettait que la plupart des tétaniques mouraient de faim ; comme l'a fait remarquer Mathieu \ la mort par inanition ne pourrait s’observer que dans les tétanos à marche lente et il y a contradiction entre ces deux termes de tétanos chronique et de dysphagie permanente.
Etiologie et pathogènie. — Toutes les blessures peuvent amener le tétanos depuis les plus légères jusqu’aux plaies les plus graves et les plus étendues. Mais toutes n’y prédisposent pas au même degré.
Rare après les plaies par les armes piquantes et tranchantes, cette complication est le plus souvent observée à la suite des plaies contuses, et parmi ces dernières ce sont les plaies par éclats d’obus qui y exposent le plus souvent.
Au dire de Larrey, le tétanos serait plus fréquent à la suite des plaies d’amputation qu’après les simples coups de feu. Des statistiques relativement récentes sembleraient confirmer la justesse de son observation. Les amputés, en Crimée (armée anglaise), figurent pour un cinquième dans le chiffre total des blessures compliquées de tétanos; en Italie, pour un quart.
Les brûlures y donnent souvent lieu. Enfin on l’observerait également quelquefois à la suite des contusions sans plaie.
TETANOS.
On admet communément que les blessures des extrémités, surtout celles de la main et du pied, c’est-à-dire des régions riches en filets nerveux, exposent plus souvent que les blessures des autres régions aux accidents tétaniques. La statistique de la campagne d’Italie (Demme), pendant laquelle le tétanos a, dans le quart des cas, compliqué des blessures du pied et de la main, confirme la donnée classique. Par contre, la statistique américaine, qui a relevé près de cinq fois plus de cas, met, au point de vue de la prédisposition au tétanos, les blessures de main sur le môme rang que celles de l’épaule et du bras, et celles du pied sur un rang inférieur à celles de la cuisse et de la jambe.
Les plaies articulaires ont été regardées de tout temps comme prédisposant au tétanos. On peut en dire autant des blessures des organes génitaux.
Les traumatismes des nerfs sont communément compliqués par le tétanos. Les auteurs anciens en avaient déjà fait la remarque. Il suffit qu’un nerf soit contus, déchiré, irrité, enflammé, qu’un corps étranger soit logé dans son épaisseur pour que cette grave complication puisse se montrer. Qui ne sait que la ligature simultanée des nerfs et des artères pendant les amputations en a été souvent la cause déterminante. Dionis parlait déjà des dangers de cette ligature et D. Larrey l’a fait ressortir par quelques observations bien connues. Il n’est pas jusqu’au tiraillement, jusqu’à la compression d’un nerf dans une cicatrice qui n’aient été suivis de cette complication.
L’irritation des parties molles-par des corps étrangers et en particulier par des esquilles a ôté très souvent signalée. Le médecin inspecteur Dauvé a observé un cas de tétanossuccédantà une fracture des os de l’avant-bras par un coup de feu. Les soubresauts musculaires commencèrent à diminuer et les autres phénomènes tétaniques cessèrent de s’accroître immédiatement après l’extraction des esquilles1.
L’emploi des topiques irritants et caustiques, les pansements grossiers, l’exposition de la plaie au froid, sa malpropreté, toutes ces causes dont on saisit très bien le mode d'action, ont été accusées, avec raison, de favoriser le développement du tétanos. Il ne faudrait pas cependant exagérer leur influence, car, comme l’a fait remarquer Mathieu, des plaies pansées très antiseptiquement ou recouvertes dp pansement ouaté n’ont pas été à l’abri du tétanos. Il est plus difficile de faire la part de ce qui revient, dans la genèse de cette complication, aux émotions morales vives et déprimantes, à l’exaltation des sentiments du blessé, à l’ébranlement produit par le bruit de la lutte, conditions auxquelles Dui>uytren attachait une certaine importance.
Après avoir étudié l’influence qu’exerce sur le développement du tétanos la nature, le siège de la blessure et l’état du blessé, il nous reste à déterminer les relations de cette complication avec le milieu dans lequel ce dernier se trouve placé. L’importance de ces relations et les mesures prophylactiques qui découlent de leur connaissance, expliqueront que nous nous arrêtions un peu longuement à l’une des causes prédisposantes, sinon déterminantes, sur laquelle les auteurs ont le plus insisté, nous voulons parler de l'influence des variations de température.