‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 438 sur 460 · AUX BLESSURES DES NERFS · texte numérisé non relu

AUX BLESSURES DES NERFS

â peine diminué. Elles étaient ramenées par l’impression de la lumière, le bruit, les changements de température, ele. Les causes psychiques avaient la môme influence que les causes physiques et la pensée qu’un ouvrier maçon qu’il voyait sur le toit d’une église pût tomber, amena chez lui une violente douleur. . . Ce blessé présentait en outre une atrophie considérable du membre blessé, une flexion de la jambe sur la cuisse et divers troubles trophiques l.

H..., volontaire de New-York, fut atteint en 1803, par une balle qui traversa le bord interne du biceps droit û 1 centimètre et demi au-dessus du condyle interne de l’humérus et intéressa le nerf médian. Outre la perte du mouvement dans le membre blessé, cet homme éprouva une douleur subite dans la «sphère de distribution du nerf médian. Plus tard, on constata que la peau de la main droite, sur la face dorsale, était tendue et amincie, que les articulations des doigts étaient tuméfiées et qu’une sueur acide, d’odeur âcre, était sécrétée par toute la main. A la face dorsale, il existait une douleur névralgique et lancinante qui suivait le trajet du nerf médian dans les doigts. A la face palmaire, la douleur était une sensation de brûlure ou de cuisson. La pression sur la cicatrice ne réveillait aucune souffrance, tandis qu’au contraire elle en provoquait de très vives «sur tout le trajet du médian devenu fort sensible. L’hyperesthésie de la paume de la main était extrême; le moindre choc provoquait une vive douleur. Le malade tenait l’extrémité du membre constamment enveloppée et mouillée, mais, au lieu de laisser couler l’eau directement sur la face palmaire, ce qui lui eût été insupportable, il la faisait arriver sur la face dorsale de façon à n’atteindre l’intérieur que lentement et par voie détournée. Après quelques semaines passées dans ces tourments, le blessé était devenu d’une telle irritabilité, que le simple froissement du papier, le bruissement d’une toilette de femme, le bruit des pas, le son d’un orchestre, tout semblait accroître ses souffrances. Son attitude, son aspecL trahissaient le dépérissement, l’anxiété et l’anémie ; son caractère irritable, l’étrangeté de •ses manières le faisaient regarder comme un fou par les personnes qui le voyaient. 11 assurait, du reste, lui-même, que les émotions morales aggravaient sa situation -et que la colère ou le désappointement retentissaient sur le membre malade en augmentant ses tortures. La peau était hyperesthésiée sur le corps tout entier; un choc quelconque devenait désagréable et se répercutait douloureusement dans la main affectée 2.

Weir Mitcuell, sur 50 blessés présentant des lésions des nerfs par armes ; à feu, a observé la causalgie 19 fois. Cunin l’a constatée, sur les quatre i blessés atteints de lésions de gros nerfs qu’il observa. La fréquence de cette complication, sa persistance, les souffrances intolérables qu’elle provoque et entretient, doivent faire porter toute l’attention du chirurgien militaire sur les signes qui permettent d’assurer son diagnostic. La causalgie bien constatée, il ne saurait trop avoir égard à la triste situation de son blessé dont l’état est souvent bien plus digne d’intérêt que celui d’opérés ou d’autres mutilés.

L’hyperesthésie à la douleur peut succéder à tous les genres de trauj matismes des nerfs, mais elle est surtout constatée à la suite des contusions, >| des plaies contuses incomplètes (A. Paré) et des plaies des nerfs compli- | quées de corps étrangers. On l’a notée aussi assez souvent à la suite des il amputations ( névralgie des moignons). Elle coïncide très souvent avec un Il état particulier des téguments connu sous le nom d'étal luisant, que nous J allons étudier, mais elle peut être indépendante de toute lésion cutanée.

Dans les blessures des nerfs des membres, le siège de prédilection de

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