‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 442 sur 460 · AUTRES ACCIDENTS CONSEC. AUX BLESSURES DES NERFS. G · texte numérisé non relu

AUTRES ACCIDENTS CONSEC. AUX BLESSURES DES NERFS. G

souvent, iï la suite des traumatismes des gros nerfs par projectiles1. 11 nous reste à dire quelques mots de Vépilepsie traumatique, de la chorée, de l 'hystérie, des paralysies et des atrophies généralisées.

Vépilepsie traumatique est un accident tardif fréquent des blessures des nerfs. Graff2 en a rapporté un exemple d’autant plus remarquable qu’il ne peut laisser dans l’esprit le moindre doute sur la relation intime qui existait, chez son blessé, entre la lésion nerveuse et le trouble central.

Un blessé, atteint en 1870-71 d’un coup de l'eu qui intéressa le nerf médian, accusa très rapidement des douleurs très violentes et des symptômes d’irritation cérébrale caractérisés par de l’insomnie, de l’agitation, du délire. Après la cicatrisation de sa plaie, ces symptômes s’amendèrent quelque peu; cependant le blessé resta irritable et son intelligence s’amoindrit à tel point qu’on dut le transporter dans un asile d’aliénés. Là, tout à coup, il fut atteint d’attaques d’épilepsie de plus en plus rapprochées qui finirent par revenir chaque jour. Il éprouvait alors des douleurs insupportables, étendues de la cicatrice à la nuque. En présence de ces accidents, on se décida à pratiquer la résection du nerf médian. Trois jours après l’opération, tout trouble avait disparu sans retour.

Voici encore un autre bel exemple d’épilepsie traumatique :

Un blessé du 18 août 1870, atteint d’une fracture par perforation du fémur droit au-dessus du genou, présenta huit jours après une contracLure des derniers orteils. Celle-ci disparut bientôt. Quinze semaines après l’accident, cet homme, ayant voulu s’asseoir, fut pris d’un tremblement de la jambe malade, puis de contractions cloniques de tous les muscles du corps. Le sensorium était intact. Ces accès se répétèrent à sis reprises différentes 3.

En dehors des cas où elle survient chez des amputés guéris, cas que nous envisagerons ultérieurement, l’épilepsie consécutive aux blessures des nerfs périphériques s’observe surtout à la suite des blessures du nerf sciatique et de ses branches (Brown-Séquard).

L’épilepsie traumatique d’origine périphérique, àl’encontre del’épilepsie commune s’annonce d’abord par des spasmes du membre blessé, lesquels spasmes s’irradient ensuite et se généralisent.

La chorée est bien plus rare que l’épilepsie. Weir Mitchell en a noté cependant quelques cas. Il observa cette complication, sur un blessé entre autres qui avait reçu une balle au niveau des malléoles, et sur plusieurs amputés.

V hystérie traumatique, qui n’a pas encore fixé l’attention de nos auteurs, prendra probablement dans un avenir rapproché une place plus importante encore que l’épilepsie traumatique et la chorée.

Paralysies à distance. — Nous avons vu qu’après la disparition de la stupeur, on pouvait observer des paralysies immédiates dans des groupes musculaires très éloignés de la blessure et innervés par d'autres nerfs que

d. Weir Mitchell est ici en désaccord avec Huntington et la plupart des auteurs. Tandis que le premier considère le tétanos comme une complication rare des plaies des nerfs par armes de guerre, Huntington avance, au contraire, que les rapports des chirurgiens américains indiquent la fréquence avec laquelle le, tétanos a paru comme accident consécutif des traumatismes des gros nerfs.

2. Graff. les Lazare ths de réserve à Dusseldorf pendant la guerre de 1870-71. Elberfeld, 1872.

3. Bumkk, cité par Leydèn, Maladies de la moelle épinière, traduction de Richard et Viry, médecins-majors, p. 524.

ceux que le projectile a intéressés, qu’une plaie du nerf sciatique, par exemple, avait pu être suivie d’une paralysie du bras, qu’une blessure de la cuisse par coup de feu avait entraîné une paralysie des quatre membres. Ces paralysies précoces, à pathogénie obscure, disparaissent d’ordinaire rapidement. 11 n’en est plus de même des paralysies à distance qui surviennent à une époque plus ou moins éloignée du traumatisme, lesquelles sont persistantes, incurables. C’est que ces paralysies tardives, liées à une atrophie des muscles, doivent être rattachées à des altérations profondes de la moelle, à une myélite ascendante, diffuse ou circonscrite à quelqu’une de ses parties.

Plus ou moins rapides, ces paralysies atrophiques s’étendent à tous les muscles d’un membre, à ceux du membre opposé et même aux divers segments des autres membres. Les deux exemples suivants ont trait à de ces atrophies qui se sont propagées à tous les muscles du membre blessé ou aux muscles des autres membres :

Un homme très fort, bien musclé, fut blessé en août 1870 par un éclat d’obus à la jambe droite dans la région du péroné, à l’union du tiers inférieur avec le tiers moyen. En ce point existe une cicatrice brunâtre assez étendue. Au bout d’un mois, ce blessé était guéri et pouvait reprendre son service militaire. Pendant le siège de Paris, la blessure se rouvrit légèrement, puis se cicatrisa au bout de quelques jours. Pendant plusieurs années, il put se croire définitivement guéri. En juin 1875, il commença à ressentir des fourmillements et une sorte d’engourdissement au niveau de la blessure; un peu plus tard survint de la faiblesse dans la jambe, faiblesse qui l’obligeait à boiter. Il remarqua bientôt une atrophie assez prononcée du membre inférieur droit. Cet état alla s’aggravant. En juillet 187(5, on trouvait le membre droit atrophié depuis le bas de la jambe jusqu'au haut de la cuisse ; la fesse droite était elle-même plus petite que la gauche. La circonférence de la cuisse droite avait 4 centimètres de moins que celle de la cuisse gauche. La jambe droite était moins chaude que l’aulre, elle était plus rouge mais d’une couleur sombre. Transpiration abondante sur le tibia et le dos du pied. Pas de troubles de la sensibilité. Les muscles antéro-externes de la jambe ne se contractaient plus. Sous l’influence de courants induits, la contractilité reparut peu à peu.

VuiriAN, à qui l’on doit cette belle observation, admet qu’un des nerfs compris dans la blessure avait été irrité, et que son irritation avait retenti sur la substance grise de la moelle, d’où l’altération de cette dernière qui se manifestait par de l’atrophie musculaire L

Dans l’observation suivante, l’atrophie devint presque générale. C’est à notre connaissance le plus bel exemple qu’on possède d’extension progressive des lésions médullaires :

Sur un blessé chez lequel une lésion par arme à feu du plexus brachial droit avait déterminé une paralysie du bras correspondant, Poncet constata trois ans après le traumatisme que le bras gauche commençait déjà à s’affaiblir. En 1875, les lésions étaient symétriques aux deux membres supérieurs. 11 y avait paralysie avec atrophie du biceps, du brachial antérieur, de tous les muscles postérieurs de l’avant-bras, de tous les interosseux; l’éminence thénar était un peu aplatie. La sensibilité était abolie à la face dorsale des avant-bras. Il y avait, en outre, atrophie du pectoral, du trapèze, du deltoïde et du grand dorsal dans sa partie supérieure. Le grand dentelé commençaifà se prendre. On constatait de plus une diminution de volume des fessiers et une faiblesse générale des membres inférieurs1 2.

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