‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 445 sur 460 · AUTRES ACCIDENTS CONSÉC. AUX BLESSURES DES NERFS · texte numérisé non relu

AUTRES ACCIDENTS CONSÉC. AUX BLESSURES DES NERFS

nerfs contus sont-ils plus sujets à la névrite, donnent-ils plus fréquemment lieu aux troubles d’origine irritative, les plus graves de tous.

On s’accorde aussi généralement à regarder les lésions partielles des nerfs comme plus graves que les lésions complètes, lesquelles seraient

I également, moins souvent que les premières, suivies de troubles de nutrition, de névralgies. Weir Mitchell fait cependant quelques réserves au sujet de cette donnée pronostique. « Malgré ces fâcheuses conséquences, dit-il, je suis convaincu que les lésions complètes ont encore plus de gravité lorsqu’elles ont été produites par un projectile d’arme à feu, et je pense que les troubles éloignés qu’elles entraînent sont encore plus à craindre. » La question mérite, comme l’on voit, de nouveaux éclaircissements.

Un point intéressant à connaître pour nous, c’est qu’il est difficile d’établir un pronostic exact des conséquences des blessures des nerfs par coup de feu à une époque relativement rapprochée du traumatisme. A côté des fibres nerveuses divisées par le projectile, s’en trouvent d’autres momentanément compromises qui récupéreront leurs propriétés. Des nerfs sectionnés totalement par des projectiles peuvent exceptionnellement se régénérer. La sensibilité surtout se rétablit souvent dans des zones très étendues. 11 faut quelques mois pour faire la part à peu près exacte des désordres passagers et persistants en interrogeant la sensibilité et surtout la contractilité électrique1. Enfin, même dans les cas les plus favorables, l’apparition tardive d’une névrite à laquelle le blessé est toujours exposé, peut modifier du tout au tout sa situation physique et morale. Le pronostic de ces lésions nerveuses doit donc être réservé, établi le plus longtemps possible après le traumatisme. On fera bien aussi de ne pas oublier les liens étroits qui peuvent unir à des accidents nerveux, peu graves au début, des troubles consécutifs de la plus haute gravité.

Traitement. — Le traitement des troubles consécutifs aux lésions des nerfs comporte diverses indications suivant le genre de désordre qu’on a à faire disparaître ou à combattre.

Pour le traitement des paralysies musculaires, le danger de provoquer une irritation grave doit faire rejeter l’emploi de l'électricité, à une époque rapprochée du traumatisme2. A fortiori , si le blessé présente des douleurs en môme temps qu’une paralysie musculaire, il faut se garder d’employer le courant électrique, qui est alors intolérable. 11 est bon de ne commencer à s’adresser à ce mode de traitement qu’au moment où la cicatrisation de la plaie est complète ou à peu près complète. D’ailleurs la perte de la contractilité musculaire qui se montre quelques jours déjà

1. Comme l’a établi Duciiêne de Boulogne, un muscle qui réagit si peu que ce soit à l’excitation électrique, longtemps après l’accident, reprend en général ses fonctions. Il n’en est plus le plus souvent de même dans les conditions opposées. Si d’un autre côté, après deux ou trois épreuves avec la brosse électrique, la sensibilité ne revient pas, on peut également émettre des doutes sur son retour possible. L’absence de la contractilité et la perte de la sensibilité impliquent la destruction du nerf.

2. Nous croyons devoir faire remarquer que l’opinion de Duciiêne, acceptée généralement, n’est pas adoptée par Weir Mitchell. <> L’expérience m’a convaincu, dit cet auteur, qu’il est plus sage de faire agir le stimulant électrique trop tôt que trop tard, » et il avance que Duchène qui, au début, était partisan de l’élcctrisalion tardive, avait modifié plus tard son opinion à ce sujet. O. c., p. 274.

après la blessure, comme l’a indiqué Duchène1, fait que l’utilisation un peu tardive de ce mode de traitement n’a aucun inconvénient. Le massage, les frictions, les douches alternativement chaudes et froides peuvent souvent venir en aide au traitement électrique.

Les spasmes consécutifs, d’après W. Mitchell, céderaient facilement aux injections d’atropine. L’anesthésie résiste ordinairement à tout traitement. Les frictions avec l’huile de térébenthine (Mitchell), l’application répétée des vésicatoires, l’emploi de la brosse électrique, peuvent cependant parfois amener quelque amélioration.

L’hyperesthésie, les névralgies ne sont guère amendées parles révulsifs ou les antiphlogistiques. L’application de sachets de glace ou de linges imbibés d’eau froide placés sur le trajet du nerf enflammé, soulage mieux le blessé. Ce sont surtout les injections hypodermiques de morphine pratiquées loco dolenti ou à distance qui ont donné aux chirurgiens américains les meilleurs résultats. 11 faut cependant se garder de leur usage immodéré. Un des blessés dont Cunin rapporte l’histoire en était arrivé à prendre chaque jour, pendant une année, un décigramme de chlorhydrate de morphine en injections hypodermiques. C’était aussi à peu près la dose que prenait un blessé de Weir Mitchell. Quand on craint les effets soporifiques de la morphine, on l’associe avec avantage à l’atropine. Le bromure de potassium, également conseillé, réussit moins bien.

Quand ces moyens n’ont pu faire cesser les douleurs, lorsque celles-ci minent le blessé, retentissent sur son état général et déterminent un nervosisme inquiétant, il ne faut pas hésiter à pratiquer la névrotomie. Si l’hyperesthésie est due à la compression exercée sur des filets nerveux par une cicatrice, on peut se contenter de l’exciser. La névrotomie n’a pas seulement fourni d’heureux effets à une époque rapprochée du traumatisme. Descot donne l’observation d’un blessé de VVagram qui guérit par l’excision du sciatique de douleurs névralgiques extrêmement violentes et persistantes consécutives à une blessure de la jambe reçue huit ans auparavant 2 .

Nous avons parlé déjà de la résistance que les ankylosés consécutives aux lésions des nerfs opposaient aux modes de traitement utilisés d’ordinaire pour les ankylosés liées à d’autres causes. Weir Mitchell, qui a eu l’occasion de revoir au bout d’un long temps quelques-uns des blessés atteints de ces arthrites, n’a constaté chez eux aucune amélioration. Chaque jour, au contraire, l’ankylose s’accentuait davantage et les membres enraidis refusaient bientôt toute espèce de service.

Gangrène par lésion des nerfs. — L’opinion qui rattache certaine

1. Au début, l’électricité doit être employée avec prudence de peur de ruiner le muscle par une surprise violente ou par la fatigue. La faradisation localisée de Duchène semble préférable aux courants continus.

2. Le nerf doit être coupé au-dessus de toutes les branches douloureuses, à une courte distance du point où il cesse d’être élargi et dur. Plus la névralgie est ancienne, plus il est sage de remonter haut. On doit ici combiner la résection à la section. Sur 23 cas de résections pratiquées pour 'des névralgies traumatiques, Mitchell a réussi 17 fois à amener une guérison complète et immédiate. Dans deux cas seulement, l’opération n'a pas amené de guérison immédiate; quatre fois la guérison a été partielle ou lente. O. c., p. 318 et précédentes.

AUTRES ACCIDENTS CONSÜC. AUX BLESSURES DES NERFS. 6il

i ariété de gangrène des membres à la blessure de leurs nerfs importants l! st bien ancienne. Sans remonter plus haut, on la trouve déjà soutenue » > ar Haller et par Quesnay dans son Traité de la gangrène. Des expériences 1 irecles laites au commencement de ce siècle par Hebréard et Wolf1 ayant i I émontré qu’on peut sur des animaux couper tous les nerfs d’un membre i; ans produire de gangrène, cette théorie était tombée dans l’oubli quand I Maurice Raynaud2, s’appuyant sur des observations du chirurgien milii lire anglais Wyatt, vint avancer que la gangrène et en particulier la . angrène gazeuse, quand elle envahissait les membres inférieurs, était oujours liée à la section du nerf sciatique par des balles : « Dans quatre lits dont j’ai eu connaissance et dont un s’est passé dans mon service,

■ .î s choses se sont passées ainsi, dit cet auteur, et j'avoue avoir été mpressionné en voyant à l’amphithéâtre notre confrère à la simple vue l 'un membre gangrené annoncer l’existence de cette lésion qui se vérifiait i l’autopsie. »

On trouve dans les ouvrages de chirurgie militaire de très nombreux . xemples de blessures de la plupart des nerfs du membre supérieur qui font pas été suivies de gangrène; quant à celles des nerfs du membre inférieur et en particulier du sciatique, aux faits qui semblent concluants rie Wyatt et de Maurice Raynaud, on peut opposer de nombreuses observations négatives. Les thèses de Larue et de Couyba, entre autres, renferl nent onze observations de blessures du sciatique ou de ses branches irincipales par des coups de feu. Une seule fois la gangrène survint, mais 'autopsie du membre démontra que la veine poplitée â sa bifurcation était létruite en même temps que le nerf sciatique.

Ces exemples négatifs forcent donc à admettre que si la blessure de ! îerfs importants peut constituer une cause prédisposante de gangrène, ille n’est pas suffisante pour amener seule la mortification des tissus.

Corps étrangers des nerfs. — En raison de leur faible volume, les nerfs arrêtent rarement les corps étrangers; aussi ne parlerions-nous pas de uette complication si les accidents qu’elle entraîne ne présentaient pas un legré exceptionnel de gravité. Aux symptômes de la commotion, de la ;ontusion et de la compression des nerfs auxquels ils donnent naissance, ten succèdent d’autres plus graves, ceux du tétanos, le plus souvent, ou t le la névrite (douleurs violentes, spasmes, épilepsie traumatique, etc.).

Les exemples suivants sont presque tous classiques ;

Hutin 3,sur un blessé qui succomba au tétanos, trouva une balle ramée qui après avoir largement déchiré les parties molles et brisé l’humérus, s’était enclavée ■dans le fragment inférieur de celui-ci de telle manière que la double maille de fil qui unissait les deux segments métalliques formait un pont au nerf cubital et le ; pressait contre l’os.

Haller raconte qu’à la suite d’un coup de feu, un fragment de plomb s’étant 'logé dans le nerf sciatique, le tétanos survint deux ans seulement après la (blessure.

Longuure parle d’un blessé chez lequel l’ablation d’un fragment d’obus logé

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