‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 447 sur 460 · Warren, Surg, observât. Boston, 1S7G · texte numérisé non relu

Warren, Surg, observât. Boston, 1S7G

4. Richet, Bonnafont, Kimb\ll in Poinsot, art. Corps étrangers des nerfs du Dicl. de méd. et chir. pratiques, et Poulet et Bousquet, Pathol, externe, t. I., p. 575.

POURRITURE D’HOPITAL

;st avéré, en effet, que la pourriture peut se présenter à toutes les >ériodes de la marche d’une plaie.

Une complication aussi bien caractérisée que la pourriture d’hôpital loit avoir été observée de tous temps. Cependant on ne la trouve que aguement signalée parles auteurs anciens. A. Paré l’observe au siège de touen en 1562, mais comme ceux qui le suivirent il la distingue mal de a gangrène humide et des mortifications des tissus liées à la suppuration, 'après lui, de Lamotte (1722) en parle succinctement. C’est à Pouteau et à Jussaussoy qu’on doit les premières études un peu complètes sur la pouriture d’hôpital. Ils l’observèrent à l’Hôtel-Dicu de Lyon, mais, au dire e Percy (Dict. en 60 vol. art. Pourriture d'hôpital ), elle n’était pas aoins fréquemment constatée à l’Hôtel-Dieu de Paris où, sur 100 blessés, '8 en étaient atteints. De 1785 à 1799, Gillepsie, Rollo, Blanc, Trotter, irent la relation d’épidémies circonscrites observées sur des marins pendant le cours de longues traversées.

Les guerres de la République et du premier Empire sont fertiles en pidémies de pourriture d’hôpital. On l’observe en Égypte, en Italie, en Ispagne, en Russie, en Belgique. En France, en 1813-1814, elle régnait lans presque tous les hôpitaux.

Les épidémies d’Espagne fournissent les matériaux des travaux les plus importants publiés à cette époque, ce sont elles qui donnent lieu aux œux mémoires qu’OLLiviER 1 envoie au Conseil de santé en 1810-1811, t à son Traité si riche de faits (1822), au mémoire classique de )elpech 2 (1815), chef-d’œuvre de précision; aux travaux de Willaume et .e Guillon inspirés par Percy; au travail important du chirurgien anglais Ilackadder (1818), aux descriptions de Hennen, de Boggie, de Guthrie, de Tiomson qui l’observèrent encore en Belgique.»

En dehors des travaux signalés et des articles de Percy, de Dupuytren, e Ricuerand, c’est surtout dans les thèses des chirurgiens militaires de époque qu’il faut chercher le résultat des observations faites dans nos lôpitaux.

Elle reparaît en France à Paris en 1830 (Jobërt), en Pologne en 1831, n Algérie (1838), en Italie (1848), mais sous une forme très atténuée, bien ifférente de celle qu’elle présentait pendant les longues et terribles uerres du premier Empire.

Pendant la guerre de Crimée (1854-55), elle se développe en môme împs que le choléra, le scorbut, le typhus, et présente un haut degré ’acuité sur les blessés français. On l’observe à la fois en Chersonèse, Constantinople, sur les vaisseaux qui servent au transport des blessés de rimée à Constantinople et de Constantinople en France. Elle sévit alement sur les blessés anglais et les russes. Elle donne naissance à un rand nombre de travaux importants que nous avons déjà eu l’occasion e citer, aux mémoires remarquables de Salleron, de Maupin, de Bonard, de Marmy, aux thèses de Bourot et de Lallour.

Pendant la guerre d’Italie de 1859, on la vit reparaître dans les hôpi-

1. A. -F. Ollivier, Traité expérimental du typhus traumatique, gangrène ou pourriture ' hôpital ; Paris, 1822.

2. J. Delpech, Mémoire sur la complication des plaies et des ulcères connue sous le nom e pourriture d’hôpital, 1815, et Clinique chirurgicale , t. I.

taux italiens, autrichiens et clans ceux du midi de la France (Chenu).

Elle éclate en Amérique pendant la guerre de Sécession, en Allemagne pendant les guerres de 1864. et 1866, enfin pendant la campagne de 1870-71 et môme pendant les guerres les plus récentes, mais avec une intensité bien moindre que pendant celles du commencement du siècle et pendant celle de 1854-55.

S’il est permis de penser que dans les luttes que l’avenir réserve, elle se montrera sur un nombre de blessés beaucoup moindre et sous des formes plus atténuées qu’autrefois, ce serait aller trop loin que d’appliquer à lapratique delà chirurgie d’armée la remarque de Reclus: «La pourriture d’hôpital est un accident que nous ne voyons plus. Les progrès de l’hygiène, le meilleur aménagement des hôpitaux et surtout la vulgarisation de la méthode antiseptique l’ont fait disparaître » b La pourriture d'hôpital, quelque idée qu’on se fasse de sa nature, est, à la guerre, le critérium de la valeur de la santé des hommes et de l’hygiène des hôpitaux et des ambulances. Or, en campagne, il n’est jamais possible de répondre que les blessés ne fourniront pas un terrain favorable à son développement; quant aux dispositifs inspirés par l’hygiène, mille circonstances peuvent en gêner l’application. Enfin il est admis, même par Lister, que si les antiseptiques peuvent souvent prévenir l’éclosion de la pourriture ils sont parfois impuissants à amener ce résultat.

La pourriture d’hôpital se présente sous deux formes principales, la forme ulcéreuse , la forme pulpeuse. Ces deux formes, dont le début est parfois brusque, sont le plus souvent précédées de l’apparition de quelques prodromes locaux. La plaie qui va être envahie par la pourriture d’hôpital pâlit; elle présente une certaine tendance à saigner ; sa surface se sèche ou sécrète un pus mal lié, liquide, puis elle se recouvre d’un voile d’un gris sale. Ces modifications locales sont accompagnées d’une sensation de cuisson ou de douleurs vives. En temps d’épidémie, ces douleurs, lorsque la plaie marchait franchement vers la guérison, constituent un prodrome assez important pour faire redouter l’apparition de cette complication.

Forme ulcéreuse. — Sur le fond grisâtre de la plaie, on constate, au niveau des points douloureux, des ulcérations ordinairement circulaires, peu profondes, peu étendues d’abord, régulièrement circonscrites par des bords élevés et dont la couleur est plus foncée que celle du reste de la surface suppurante. Ces excavations se remplissent d’un ichor brunâtre et tenace. Puis l’ulcération ou les ulcérations s’étendent en largeur et en profondeur et donnent naissance à un ulcère plat, d’un gris d’ardoise taché ou non de dépôts crémeux. On peut enlever parle raclage de la surface de la plaie une bouillie fine au-dessous de laquelle on trouve un fond tantôt lisse, tantôt velouté et comme pelucheux. Les douleurs sont alors plus vives ; la peau qui correspond aux bords de l’ulcère est rouge, érysipélateuse et épaissie, ce qui accuse l’aspect cratériforme de la plaie. Les liquides que celle-ci sécrète sont abondants et prennent une odeur pénétrante, toute spéciale, qu’il est facile de reconnaître après l’avoir sentie. Enfin, les bords de cette plaie se décollent, se laissent soulever par la sanie séreuse et fétide et si un traitement approprié n’arrête pas les

Page 1