ABEILLE
Abeille (Scipion), chirurgien de Saint-Côme, fit, en qualité de chirurgienmajor du régiment de Picardie, plusieurs campagnes en Allemagne et en Flandre. On lui doit un livre intitulé : le Parfait Chirurgien d'armée.
Ce petit traité est divisé en quatre parties : 1° le Parfait Chirurgien d'armée ; 2° le Traité des Plaies d'arguebusades ; 3° le Chapitre singulier tiré de Guidon (Gui de Chauliac) ; 4° l'Anatomie de la tète et de ses parties, pour l'instruction des étudiants en chirurgie. Nous ne parlerons que des deux premières.
1. Chirurgie militaire ou l’art de guairir les plages d’arguebusades, par Tassin Léonard, chirurgien-major des hôpitaux, des camps et armées du Roi (attaché à l’hôpital de Maës- Irieht pendant la campagne de Flandre). Nimègue, 1673.
2. Abeille, te Parfait Chirurgien d’armée. Paris, in-12, 1695.
AB EILLE.
Dans son Traité des plaies d’arquebusades, Abeille partage les idées de | Paré sur les caractères de nos blessures ; comme lui, il est éloigné de toute | idée de cautérisation et de vénosité
D’après notre auteur, quatre accidents peuvent suivre les plaies d’arque- 1 busades: la douleur, la fièvre, la gangrène et l’hémorrhagie.
Les émollients et les narcotiques ont raison du premier; le deuxième ^s'évanouit à mesure que la plaie guérit, le troisième d’origine interne ou ï externe réclame des scarifications ou l’amputation; quant à l’hémorrhagie, i on l'arrête par la compression directe avec de la charpie, le cautère actuel 1 et des ligatures; mais par ligatures, nous croyons devoir faire observer | qu’Abeille entend parler de liens embrassant circulairement le membre.
Le pronostic varie, pour lui, suivant l’état de santé actuel du blessé et { ses états diathésiques, reproduisant ici une idée déjà bien des fois émise I lavant lui et qui sera reprise, remarquons-le bien, par tous ses successeurs. , .L’àge, la noblesse des parties, influencent encore ce pronostic. Les plaies L articulaires « sont toujours douteuses 1 » ; mais celles des extrémités sont k .guérissables, ou par les remèdes ordinaires ou par l’amputation « pour en I être plus tôt quitte 2 ». Abeille, comme on le voit, ne péchait pas par excès I d’humanité, mais combien peu à cette époque comptait la vie et a fortiori i un des membres d’un soldat !
Si les plaies par coup de feu ne se terminent pas par guérison, la mort i .-survient de deux façons : « par trop de sécheresse de la plaie ou par trop de ■ suppuration. Dans le premier cas, il se fait « un renvoi de matière du membre ! affligé à quelques-unes des parties nobles »; si la suppuration est trop abondante, la nature ne peut suffire à la réparation.
Le traitement varie avec la période du début, de progrès, d’état, de terminaison de la blessure.
Au début, on arrête l’hémorrhagie, on enlève les corps étrangers, on > ; panse avec de la charpie imbibée d'eau-de-vie.
Pendant la période de progrès , on combat la fièvre par la saignée, la .gangrène, si elle survient, par les moyens appropriés et on panse la plaie .avec des digestifs. On utilise les mêmes topiques pendant la période d’état ît à la période de déclin, on modifie la plaie par le baume vert de Le Dran >ère (topique qui jouira d’une grande réputation pendant plus d’un siècle), >u par la pierre infernale.
Tout cela est indiqué d'une façon nette, claire, presque brusque, en 17 pages.
Dans le Parfait Chirurgien d'armée , nous trouvons des détails sur les jandages les plus usités alors (les fanons étaient communément utilisés); Abeille traite, en quelques mots, de la gastrorraphie, de la fistule, des ampu-
Bations,des fractures, et en général des opérations qu’on pratiquait le plus ouvent à l’armée, puis il nous donne de curieuses indications sur l’arsenal les chirurgiens de son temps et sur leurs procédés de pansement.
L’arsenal était réduit à quelques instruments, des lancettes, des ciseaux, i les bistouris, une boîte à trépan, une boîte à amputation, une canule pour es plaies de poitrine, deux algalics d’argent, un trocart et une sonde à
scton, le tout contenu dans un étui. C’était là tout le matériel (jue nos collègues emportaient en campagne.
Plus compliqués étaient les pansements, à tel point qu’un aide-major, assisté de son aide et d un certain nombre de garçons, riepansaitque quinze à seize blessés par jour Il est vrai de dire qu'ils devaient les panser deux fois, une fois à six heures du matin, et une seconde fois vers quatre heures du soir, et que la confection des topiques représentait une véritable cuisine qu’on préparait sur des réchauds brûlant dans la salle même où se trouvaient les blessés.
Le Parfait Chirurgien d'armée se termine par un Traité des maladies d'armée. Abeille nous y donne l’indication des médicaments d'urgence qu’on doit toujours avoir en réserve « dans son coffre » et nous propose une méthode curative qu’il fait principalement consister dans l’administration des remèdes chauds.
Quelle que soit l’appréciation qu’on porte aujourd’hui sur le Parfait Chirurgien d'armée , il fut assez estimé de son temps pour qu'il ait suffi à conserver la mémoire de son auteur. Terminons en disant qu'à ses heures, Abeille était aussi poète2.
VERDUC (1685-1 7 12)3
A la deuxième édition de son Traité des bandages, Verduc, ancien chirurgien-major de nos armées, maître en chirurgie à Paris où il professait des cours très suivis, joignit un petit Traité des plaies d’ arquebusades de 100 pages environ.
Dans l’édition posthume de 1712, on trouve ajoutées plusieurs observations de plaies d’armes à feu reprises à Fabrice de Hilden, et quelques pages sur les maladies des soldats : la fièvre continue, les fièvres intermittentes, les fièvres pourpreuses et la dysenterie.
Écrit pour ses écoliers, comme il nous le dit dans sa préface, le traité de Verduc ne pouvait guère être qu’un memento élémentaire. En fait, il n’y faut rien chercher d’original, et nous dirons même que c’est un des
2. Nous ne pouvons résister au désir de citer ces quelques vers, qui sont tirés du Chapitre singulier de Guidon et dans lesquels notre auteur passe spirituellement en revue les qualités que doit posséder le chirurgien :
Qu’il soit grand ou petit, mais bon chirurgien ;
Qu’il soit normand, gascon, manceau ou parisien ;
Qu’il porte le rabat, qu’il porte la cravate ;
Qu’il marche à pas comptés, ou qu’il marche à la hâte;
Qu’il soit vêtu de gris, qu’il soit vêtu de noir,
Qu’importe, à cela près, s’il fait son devoir !
Si des rigueurs du temps il craint trop pour sa nuque,
Qu’il quitte ses cheveux et prenne la perruque.
S’il aime les rubans, les diverses couleurs,
Qu'il en change, cela ne change pas les mœurs :
Un peu d’ajustement sied bien au mérite.
Sous quelque habit qu’on soit, l'on rêve, l’on médite.
Qu’il soit civil, honnête et bon praticien,
Charitable surtout, et fort homme de bien.
3. Verduc, la Manière de guérir les fractures et les luxations qui arrivent au corps humain par le moyen des bandages. Paris, 1685-1689, 1712, in-12, de 300 à 100 pages.
b ilus ternes que nous ayons lu. Après avoir reproduit les arguments de ses • levanciers contre la brûlure et la vénosité des blessures par coups de feu, | 1 insiste sur les préparations des topiques compliqués alors en usage pour L es pansements.
Nous nous contenterons do rappeler à son sujet qu’il est conservateur lans les plaies des articulations avec fracture, sans méconnaître les dan- Igers auxquels exposent ces blessures; qu’il n’ampute, dans les fractures i impliquées des grands os, que quand elles sont « considérables » ; que t jour l’extraction dos corps étrangers, il préfère aux instruments préhcn- • eurs, les doigts, après débridement des plaies.
C’est un partisan des tentes, des sétons. Scs opinions et ses pratiques ! oour le traitement des plaies cavitaires sont reprises à Hippocrate et à Paré.
BELLOSTE (1096)
Ce chirurgien, d’une grande réputation, né à Paris où il étudia la chiurgie, servit d'abord dans les armées de Louis XIV et nos hôpitaux miliaires, avant de s’attacher, de 1697 à 1724, à la personne de la Reine de Sardaigne. Il prit part aux campagnes contre les Barbets et les Vaudois. }• Iédecin-chef de l’hôpital de Briançon et d’Aulx, il y reçut nombre de i dessés de l’armée d'Italie, après les batailles de Staffardes (1690) et de La Slarsaille (1693), C’est à Briançon qu’il écrivit son Chirurgien cl' hôpital1, et [ 'e furent les blessés de l’armée de Catinat qui lui fournirent ses observaions les plus intéressantes.
Belloste était un chirurgien de réputation, et s’il n’a pas enrichi notre L i trt de découvertes nouvelles, il a eu le mérite de faire revivre d’excellents l irincipes trop oubliés, et de contribuer très puissamment à faire dispaaître de détestables pratiques. Son ouvrage fit tant de bruit qu’il eut en I 'rance quatre éditions, et qu'il fut traduit en hollandais, en allemand, en spagnol, en portugais, en anglais et en italien 2. Tant d’éditions et de traductions prouvent assez l’estime en laquelle on tenait alors le livre de ■mire compatriote.
Avant lui, Langi, Paré, Joubert, Veyras, Septalius avaient combattu 'usage des tentes et des sétons; César Magatus surtout, dans un livre qui i latait déjà de près d’un siècle, s’était élevé avec force contre l’emploi des mêmes sétons et tentes, et prescrit les pansements rares et doux ; mais à époque où écrivait Belloste, ces pratiques étaient presque oubliées. « J’ai >arcouru, nous dit-il, dans sa préface, presque toute la France, une partie le l’Allemagne et toute lTtalie et je n’ai guère trouvé des lieux où les rentes ne fussent en usage; bien des gens les blâment et peu se mettent en »eine de les éviter. »
1. Chirurgien d'hôpital enseignant la manière douce et facile de guérir promptement foutes sortes de plaies et le moyen assuré d’éviter i ex foliation des os avec une plaque nou-
ellemc.nl inventée pour le pansement des trépans , par Belloste, chirurgien de S. A. R. Madame douairière de Savoie, et ci-devant chirurgien-major des hôpitaux de l'armée du toi en Italie. Paris, 1696-98, 1708-18. Suite du Chirurgien d'hôpital. Paris, 1733.
2. Éditions étrangères; Amsterdam, 1707, Dresde, 1702, 1710, 1724, traductions de ichurig. Venise, 1708, 1729, traduction de Saucassani, sous le le litre élogieux : U Chirone il campo o siasi e sicuro modo di medicare li scrite nelï ormate.
DELORME
Bcllosle, qui n’avait pu, dit-il, connaître le travail latin de Magatus, 1 « ne sachant que la langue de sa nourrice », reprit ses procédés, guidé par les résultats de son expérience personnelle, et il en affirma l’excellence à la lois par des raisonnements et l’exposé de nombreux laits. 11 avait traité des blessures par coups de l’eu de toutes les régions, môme des plus graves, sans utiliser les tentes, il avait pansé doucement, simplement, rarement, et guéri plus souvent et avec moins d’accidents que lorsqu’il avait suivi la pratique opposée1. Tant de faits probants, des raisonnements persuasifs marqués au coin d’un grand bon sens, exprimés très simplement, sans théorie, ne pouvaient mnquer de faire sur les chirurgiens d’alors une impression profonde. Belloste atteignit son but.
Dans la première partie du Chirurgien d’hôpital, il attaque les raisons sur lesquelles s’appuyaient les partisans des tentes.
On leur attribuait l'avantage de tenir les orifices des plaies dilatés pour éviter la formation de collections purulentes profondes, de permettre au chirurgien d’introduire les topiques jusque dans le fond des plaies, d’aider à faire sortir les corps étrangers, enfin, en tant que substances spongieuses, de s’imbiber des liquides sécrétés.
Puisque la nature tend, d’une façon générale à la réunion des plaies, pourquoi, répond Belloste, en maintenir les bords écartés? S’agit-il d’une plaie par arme blanche, elle se fermera d’elle-mème sous un pansement simple; a-t-on affaire à une plaie par arme à feu, leurs orifices ne s'oblitéreront qu’à la chute des parties contuses, par conséquent la tente est inutile.
Pour introduire des topiques au fond d’une plaie, il suffit de leur donner une consistance molle sans avoir besoin de recourir aux tentes. Du reste, quand- « le corps est sain, la nature n’a besoin que du baume ordinaire des parties blessées, c’est-à-dire du suc nourricier pour en procurer la réunion 2 ».
Loin de faciliter la sortie des corps étrangers, les tentes servent plutôt à les retenir. Que si ces corps étrangers n’ont pu être extraits primitivement, ou ils provoqueront des abcès dont l’ouverture leur donnera issue ou bien ils seront tolérés.
Enfin, tout en s’imbibant en partie des liquides sécrétés par les plaies, elles en retiennent néanmoins la plus grande partie, favorisent leur corruption, leur diffusion et les graves accidents qui en sont la conséquence.
Elles n’ont donc aucun des avantages qu’on leur attribue et elles ont comme inconvénient de réclamer pour leur introduction et leur sortie des manœuvres le plus souvent douloureuses, d’irriter la plaie les tendons et les nerfs, de troubler la circulation de la partie lorsqu’elles s’appuient sur de gros vaisseaux, d’altérer le suc nourricier de la blessure et de provoquer de longues et abondantes suppurations. Il veut qu’on en réserve l’emploi pour les seuls cas où la plaie est compliquée d’hémorrhagie, elles servent alors à soutenir les astringents contre les vaisseaux, pour les plaies de poitrine avec épanchement de sang et de pus dans la cavité thoracique
L Depuis que j’ai donné congé aux tentes, j’ai guéri et fait guérir un très grand nom- • brc de semblables blessures comme si ce n’avait été que de simples excoriations. Suite du ; Chirurgien d’hôpital , page 375.