‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 49 sur 460 · FRANÇAISE AU XVII® SIÈCLE · texte numérisé non relu

FRANÇAISE AU XVII® SIÈCLE

exposée aux injures de l’air, se corrompt très promptement, et un fœtus, un membre, etc., mis avec de l’esprit-de-vin dans un vaisseau bien fermé, se conservera un temps infini : au contraire, si on lui donne un peu d’air, toutes ses parties se dissolvent, se pourrissent et se réduisent arien.

« 'lous les praticiens modernes tombent d’accord avec les anciens que l’air est un terrible destructeur dans les plaies, mais il s’en trouve peu qui agissent avec les précautions nécessaires pour lui interdire l’accès dans les parties blessées.

« 11 est pourtant inutile de le savoir, si on ne le met en pratique; car c’est un point essentiel dans la guérison des plaies en quelques parties du corps qu elles se trouvent; et quand on aurait mis en usage tout ce que la chirurgie a de ressorts, si Von oublie de les garantir des injures du dehors, rien n'est salutaire, tout est pernicieux et nuisible 1 . »

Ce n’est point le lieu de rechercher ici si ces idées avaient déjà été exprimées 2; ce que nous voulons retenir, c’est qu’elles n’ont pu l’être avec plus de force. Belloste était, comme l’on voit, un contagioniste convaincu et il avait de plus le mérite d’appliquer ses théories à la pratique.

Mais il arrive rarement que des idées nouvelles et heureuses soient adoptées rapidement; elles se heurtent à trop de préjugés. Il faudra plus d’un siècle et demi pour que l’importance de celles que soutenait le chirurgien français fût appréciée comme elle le méritait.

Persuadé que c’est à l’accès de l’air que les plaies de tête avec déperdition de substance du crâne doivent leur gravité, Belloste propose de recouvrir les pertes de substance faites par le trépan d’une plaque métallique percée de petits trous qu’il introduit à travers la perforation dont elle a presque les dimensions diamétrales et qui est maintenue à l’extérieur par deux portions coudées. Les chirurgiens du siècle dernier faisaient communément usage de cet instrument dont Sancassani attribue à tort ou à raison la priorité aux chirurgiens italiens.

La seconde partie du Chirurgien d'hôpital est consacrée à l’exposé des observations des plaies de toutes régions que Belloste a traitées par sa méthode. Du chapitre des plaies de tête, nous n’avons rien à dire après avoir signalé l’appareil protecteur de Belloste. Si les plaies du cou qui n’intéressent ni les gros vaisseaux ni la colonne vertébrale ne comportaient, de l’avis des chirurgiens de son temps, qu’un pronostic bénin, il fallait en chercher la raison, suivant lui, dans ce fait que la présence des organes importants de cette région empêchait qu’on ne fit usage le plus souvent des tentes et des sétons.

Dans les plaies de poitrine, il ne dilate pas, si le calibre de la balle a fait une ouverture suffisante à la paroi ; il panse sans tente, et se contente de recouvrir la plaie de très grands plumasseaux et d’emplâtres le plus souvent agglutinatifs contenus par un large bandage de corps, le tout pour s’opposer au passage de l’air3.

Se voit-on obligé de pratiquer l’empyème pour donner issue au sang et au pus épanché dans la cavité thoracique, il conseille de le faire plutôt

2. Belloste fait lui-même remarquer que Paré avec les anciens admettait que l’air est l’ennemi capital des plaies, ce qui ne l’empêchait pas de panser les plaies d’armes à feu deux fois par jour et souvent de 8 en 8 heures. O. c., p. 75.

BELLOSTE.

j l la partie postérieure du thorax qu’aux latérales 1 . Pansées sans tentes, il L guérit ses plaies pénétrantes par armes tranchantes en sept à huit jours et Vies plaies par armes à feu, sans grands accidents et bien plus rapidement | ju’en suivant la pratique opposée. Ce chapitre est un de ses plus rcmar- ; juables.

Môme proscription des tentes pour les plaies du bas-ventre, il cite il j. eur propos une observation de plaie de l’estomac par coup de feu guérie.

Dans les blessures de tous les segments des membres, il suit toujours la t même pratique et d’intéressantes et nombreuses observations attestent ses ! ■ uccès. Il ferme ses plaies même quand il reste dans leur profondeur des >ortions d’os dénudées, ce qui était d’une grande hardiesse.

Il a tellement confiance dans les ressources de ses procédés qu’il est •onservateur à outrance dans les fractures les plus graves que ses contemporains eussent amputées (fractures des os de l’épaule, du bras, du poignet, de la cuisse, du genou, de la jambe et du pied). Ses appareils se 1 imposent, pour les fractures, d’attelles de carton retenues par des fa- 10ns.

On trouve dans ses observations des cas rares d’anévrisme traumatique le l’interosseuse antibrachiale et de la tibiale antérieure guéris par la dilatation de la plaie, l’incision de la poche, autrement dit, et l'oblitération des xtrémités artérielles par les styptiques et la compression.

Ceux qui croiraient que la conservation dans les traumatismes de la nain date presque de nos jours, n’auraient qu’à se reporter au passage suianl de son livre 2 : « Je diray seulement que de toutes les mains blessées que j’ay pansées dans ces derniers temps, j’ay toujours conservé ce qui est esté du membre, sans qu’il se soit fait que peu ou point de séparation d’esquilles, ni de pertes de phalanges, quoique le fracas et le déchirement ussent été grands dans ces organes. » Il veut que dans ces plaies surtout m panse rarement, qu’on rejette les suppuratifs pourrissants, c’est-à-dire provoquant un écoulement abondant de pus et qu’on se serve de préférence l’esprit-de-vin3. Il les réunit promptement, comme les autres du reste,

; uand il n’est resté au fond de la plaie aucun corps étranger. C’est pour nui le meilleur moyen d’éviter exfoliation des os et d’obtenir l’adhérence lies esquilles.

Nous ne nous arrêterons pas à ses chapitres sur les accidents des plaies.

IIous nous contenterons de dire que, contre les hémorrhagies, il ne se sert (ue d'hémostatiques et en dernier lieu du cautère actuel; qu’il évite d’enever tous les liquides qui séjournent sur la plaie. « Je ne m’arreste point omme quelques-uns font à nettoyer si exactement les playes pendant un rand espace de tems pour n’y pas laisser la moindre portion de matière, mais j’applique promptement mon appareil pour empêcher l’action des iarties acides de l'air4. »

11 nourrit abondamment ses blessés et va jusqu’à leur donner du vin; d n’est guère partisan des purgatifs dont abusaient ses contemporains, mais il utilise encore les saignées multiples; il insiste longuement sur la

position inclinée il donner aux membres blessés et ne veut pas que les premiers appareils serrent trop étroitement les membres fracturés, se basant sur 1 expérience acquise pendantla campagne d’Italie où il avait, en nombre,

vu des membres frappés de gangrène pour avoir été « trop étroitement bandez 1 ».

La pharmacie chirurgicale qui occupe le quart de son livre contient 1 énumération et la préparation des remèdes qu’il juge les plus nécessaires aux chirurgiens.

Ceux qui voudraient se renseigner sur la pharmacologie encombrée de nos ancêtres pourront se reporter au traité de Belloste. Le baume Samaritain ou des Apôtres (huile d’olive, vin rouge, huile et miel rosat), le baume d Arceus térébenthiné, l’emplâtre tripharmague de Joubert, l’esprit-de-vin sont ses topiques préférés.

Une dissertation sur la rage termine ce premier volume.

Dans la suite du Chirurgien d'hôpital consacré surtout à l’apologie du mercure et des pilules mercurielles de son invention, encore employées, nous n’aurons qu’à citer les chapitres intéressants qu’il consacre aux plaies de poitrine , à la tortuosité des plaies, et ses deux lettres, vertes et bien judicieuses répliques adressées à un médecin italien, Pandolfe Moravillia, qui, resté fidèle aux anciennes pratiques, avait critiqué les siennes.

Le style de notre auteur est précis, clair et attachant, ses raisonnements rigoureux, ses aperçus souvent personnels. On peut parcourir encore son traité avec profit, comme on peut encore lire ceux de tous les anciens qui ont parlé surtout d’après l’expérience des faits. Belloste avait bien mérité sa renommée. C’est un des auteurs qui font le plus d’honneur à la chirurgie militaire française.

J.-L. PETIT (1674-1750

Le plus grand chirurgien du dernier siècle fit ses premières armes chirurgicales dans nos rangs. A dix-huit ans, muni de son brevet de chirurgien et doué de connaissances anatomiques peu communes 2, nous le trouvons j employé dans les hôpitaux de l’armée du maréchal de Luxembourg qui faisait alors le siège de Namur.

Pendant cette campagne, il ne perd aucune des nombreuses occasions qui se présentent à lui de s’instruire en instruisant les autres. Pendant le repos que l’hiver impose aux troupes, à Lille, à Mons, à Cambrai, entraîné par ses études de prédilection, il fait des démonstrations publiques d’anatomie, exemple que D. Larrey ne manquera pas plus tard de suivre en Égypte, en Allemagne, en un mot dans toutes ses campagnes. Ses études anatomiques, son talent de dissection, lui avaient assuré déjà une grande dextérité opératoire; car, si nous en croyons Louis, son panégyriste, les

2. Il avait appris avec Littré l’anatomie, l’art de la dissection, dès l’âge de sept ans. Plu- j sieurs années après, il faisait déjà des cours d’anatomie. Après six à sept années d’études J anatomiques, il commença à s’appliquer à la chirurgie : à dix-huit ans, il était muni de son brevet de chirurgien. Éloge de Petit par Louis, t. II des Mémoires de l'Académie de Chirurgie,

J.-L. PETIT

chirurgiens-majors de l’armée lui confiaient des opérations qu’ils se fussent gardés de confier à d’autres. A la paix de 1 097, J.-L. Petit est nommé chirurgien aide-major de l’hôpital de Tournai, mais il n’y séjourne pas longtemps. L’année suivante le ramène à Paris, où il parcourt rapidement la plus brillante carrière qu’ait poursuivie aucun chirurgien du xvne siècle.

Depuis Paré, nul n’acquit une réputation si grande et si justement méritée. Nous n’avons pas i\ citer ici les nombreux travaux qui lui ont assuré l'immortalité, d’autant que, parmi eux, nous n’en trouvons aucun à signaler qui ait particulièrement trait à la chirurgie de guerre. Les résultats de l’expérience qu’il acquit dans nos armées sont épars dans ses écrits. Nous rappellerons seulement ici qu’on lui doit un procédé d’hémostase ingénieux, le tourniquet qui porte son nom. 11 figure encore dans notre arsenal chirurgical. Les chirurgiens du temps et ceux du siècle suivant l’employaient aussi bien à titre préventif que comme moyen d’hémostase définitif. Il imagina un bon appareil contentif pour nos blessés atteints de fracture du membre inférieur et fut le premier à se servir de la litière comme moyen de transport, etc.

Ses œuvres chirurgicales renferment, à propos des plaies d’armes à feu en général, des plaies de tête, des plaies de poitrine, des amputations, des relations d’observations intéressantes recueillies durant ses campagnes, et des préceptes que nous reprendrons ultérieurement.

Toutes les sociétés savantes s’attachèrent J.-L. Petit et la plupart des souverains lui demandèrent des conseils, eurent recours à son habileté ou cherchèrent à l’attirer vers eux. Le fait suivant aussi honorable pour notre chirurgien que pour le monarque qui prit cette intelligente initiative, montre aussi en quelle estime on tenait alors, même en pays étranger, ces chirurgiens français qui servaient alors dans nos rangs ou qui, avant de prendre place dans ceux des praticiens civils, avaient honoré la chirurgie militaire : « En 1744, le roi de Prusse chargea J.-L. Petit de lui envoyer un certain nombre de chirurgiens français pour remplir les premières places dans les armées et dans les hôpitaux des principales villes de son royaume. » A-t-on lieu de s’en étonner? Les nombreuses campagnes du règne de Louis XIV, celles du commencement du règne de Louis XV n’avaient-elles pas fourni à ces ancêtres le plus vaste champ d’expérience et d'études qu’ils eussent pu rêver et qu’ils eussent en vain attendu dans la placide oisiveté de petites villes? Et d’un autre côté, à une époque où notre art avait encore tant de progrès à réaliser, la chirurgie des traumatismes n’était-elle pas celle qui pouvait le mieux en faire sentir les bienfaits? « C’est dans les armées , disait alors Dionis dans son cours de démonstrations au Jardin Royal, c’est dans les sièges que la chirurgie triomphe 1 . »

I. Préface de sou Cours d’opérations de chirurgie démontrées au Jardin Royal, par Dionis, etc., revu par de la Faye, 8° édition. Rappelons que Dionis a consacré dans son livre des articles intéressants sur l’extraction des corps étrangers, les hémorrhagies, les amputations, le pansement des blessures par coup de feu. A ce titre, il mérite d’être cité parmi nos auteurs. Peut-être faut-il joindre encore h nos auteurs : Niûolaüs Henri, De vulneribus sclopetorum. Argentor., 1675, in-4.

Page 1