RÉSUMÉ D’ENSEMBLE DE LA CHIRURGIE MILITAIRE > AU XVII» SIÈCLE
Après cet exposé des travaux de chacun de nos auteurs du xvn'“ siècle, précisons leur degré d’influence sur les progrès de notre ail.
Le siècle de Paré avait battu en brèche la doctrine de la vénosité et de la brûlure de nos plaies; le xvnc siècle se signale surtout par les améliorations considérables que quelques-uns de ses auteurs apportent à la pratique des pansements.
L’impulsion part d’Italie, elle est vigoureuse, mais on retourne si vite et si bien aux anciens errements qu’après trois quarts de siècle de distance, Belloste croit imaginer ce que Magatus1 avait déjà avancé et prescrit et qu’on se l’imagine avec lui. L’auteur italien avait pourtant, il faut bien le reconnaître, particulièrement insisté dans son Traité sur les dangers du contact de l’air avec nos plaies, les inconvénients qu’il y a à troubler l’ouvrage de la nature par des pansements trop fréquents qui s’opposent à l’adhésion de leurs bords; il avait bien insisté sur l’utilité d’entretenir la blessure dans un degré de chaleur égal, sur l’innocuité du pus, les inconvénients des tentes et des sétons, sur les avantages qu’il y a à laisser après les sutures des pertuis pour permettre libre issue aux liquides, et il avait montré que cette méthode nouvelle pouvait s’adapter au traitement des plaies de toutes les régions. Mais s’il n’est que juste de rappeler la très grande part qui revient au chirurgien italien, nous ne pouvons non plus méconnaître que reprendre ces idées, ces procédés, à l’époque à laquelle écrivait Belloste, équivalait à une véritable rénovation.
Magatus avait été vivement attaqué pour avoir soutenu des opinions si contraires à celles de ses contemporains. Belloste ne le fut pas moins, et bien qu’ils se soient appuyés tous deux sur l’observation la mieux entendue, leurs pratiques recommandées pourtant par J. -L. Petit, Guisard, Faudacq, Chabert, ne seront suivies que par un nombre relativement restreint d’adeptes.
Si la technique des pansements subit des transformations si heureuses durant ce siècle, les topiques ne changent pas : ce sont toujours les suppuratifs, les incarnatifs, les détersifs, les cicatrisants à composition complexe utilisés au siècle précédent; quelques-uns cependant, et Belloste en particulier, se montrent grands partisans des détersifs, c’est-à-dire des topiques qui dessèchent les plaies; ils continuent la tradition de quelques chirurgiens du siècle précédent et comme eux préfèrent l’alcool. L eau trouve encore son emploi, ainsi que les émollients.
Parmi les complications de nos plaies, la présence des corps étrangers
i. De rara medicatione vulnerum, seu de vulneribus raro tractandis libri duo in quibus nova traditur methodus qua fœlicissime, ac citius quam alio qnovis modo sanantur vulnera. Quæcunque præterea ad veram, et perfectam eorum curationem attinent, diligenter excutiuntur, permultaque explicantur Galcni et Hippocrati loca eo spectantia etc., etc. Venet., 1616, in-fol. 1516, in-fol. en allemand. 1733, in-L Traclatus quo rara vulnerum curatio defenditur contra Sennertum.
est, pour les chirurgiens de ce siècle, l’objet d’une grande préoccupation, mais non de recherches nouvelles. S’ils n’ont plus du tout confiance dans les attractifs, pour leur extraction l, ils conservent tout l’arsenal surchargé de leurs devanciers, même les crochets pour retirer les fragments de vêtements.
Dans les hémorrhagies des plaies accidentelles, s’ils ne s’adressent plus .guère au cautère actuel qu’en cas d’insuccès des autres moyens, ce qui était un progrès sur le siècle précédent, ils ont recours à des procédés relativement incertains, aux styptiques aidés de la compression. Ils aiment beaucoup utiliser le vitriol pilé qu’ils portent sur des tampons de coton au ''ond des plaies.
Rarement ils emploient la ligature indirecte de Paré. Par contre, leurs successeurs vont s’en montrer plus partisans. Le garrot imaginé au siège , de Besançon par Morel (167 4) reste un mode d’hémostase provisoire et d’urgence, et le tourniquet de J.-L. Petit est réservé pour l’hémostase préventive des amputations ou à titre exceptionnel pour les blessures des gros roncs artériels.
On ampute plus qu’on ne conserve dans les fractures graves des membres, dont la thérapeutique ne fait d’ailleurs guère de progrès dans le camp des i conservateurs. Citons cependant les appareils contentifs de Petit.
La médecine se réserve encore, comme au siècle précédent et comme die se réservera au siècle suivant, une large part dans la guérison de nos >lessures, et les saignées répétées, les purgatifs font partie intégrante de • eur traitement.
Dans les plaies de tète, on a volontiers recours au trépan ; dans les plaies ie poitrine, le traitement n’a rien d’original et dans les plaies du bas-ventre p“s uns se servent de tentes, les autres emploient la suture. Si nous ajoutons que les débridements préventifs étaient utilisés à peu près pour chaque .laie d’arme à feu, dans le but de transformer leur forme ronde en longitudinale sous prétexte de les guérir plus facilement et d'assurer une libre ^sue aux liquides, que les plaies des tendons sont moins redoutées, nous :n aurons fini avec notre rapide esquisse de la chirurgie de nos armées du yvii° siècle.
Terminons cet aperçu historique en rappelant succinctement les noms t les travaux des auteurs de chirurgie militaire des autres nations.