DES POR T
siècle. Membre de l'Académie de chirurgie et honoré de la confiance de la Reine, il était fort de l'expérience de sept campagnes de guerre lorsqu’il fit imprimer son Traité des plaies d'armes à. feu 1 . Il avait servi en Italie en qualité de chirurgien aide-major en 1733, bien qu’il fût déjà chirurgien de la Reine; il avait été chargé de la direction des hôpitaux de Crémone, avait assisté au siège de Pizziglione, de Milan en 1731. En 1738, il avait été nommé chirurgien en chef de l’armée de Corse.
Desport fait mieux que de reproduire, dans son Traité, les opinions et les pratiques de ses devanciers ou de ses contemporains; il se montre souvent personnel. C'est ainsi qu’il a des idées très arrêtées sur l’utilité des bourdonnets, des tentes et des sétons rejetés par beaucoup depuis Belloste, qu’il s’élève contre l’abus des spiritueux d'un emploi alors très général pour les pansements, qu’il rappelle les chirurgiens à l’usage de certains remèdes internes trop négligés, qu’il affirme, dans les blessures articulaires des tendances conservatrices qui nous étonnent, qu’il fournit un mode de traitement original des plaies du bas-ventre et la description d’une variété de fracture du crâne par coup de feu, etc. Ce Traité, un des meilleurs du xvme siècle, n’est qu’un tissu d’excellents préceptes et d'observations intéressantes; on le sent, à chaque page, écrit par un praticien judicieux, fort habile dans son art.
Nous nous étendrons un peu longuement sur son ouvrage auquel, avec Morand, on ne peut que reprocher certain défaut d’ordre dans l’arrangement des matières.
Il ne s’arrête pas longuement aux caractères de nos blessures. Elles sont pour lui contuses et déchirées et c’est de cette attrition qu’elles tirent toute leur gravité. Par contre, il insiste davantage sur leur traitement.
Partisan déclaré de l’emploi des bourdonnets, des tentes, des sétons, il s’arrête à réfuter toutes les opinions de Belloste. D’après lui, pour accréditer une pratique favorite et ancienne, ce dernier a chargé le portrait des chirurgiens de son temps en les représentant comme des tamponneurs impitoyables des plaies, qui ne faisaient que les bourrer avec des bourdonnets si gros et si durs qu’on croirait qu’ils avaient besoin de toutes leurs forces pour les faire entrer2. Sans doute, dit-il, si telle était leur conduite, elle n’eût pu être que blâmable, mais il n’en était rien. Il fait remarquer qu’au moment où il écrivait, il existait encore de ces chirurgiens du temps de Belloste, qui n’avaient apporté aucun changement à leur pratique malgré ses critiques et n’avaient eu qu’à se louer des succès qu’elle leur avait procurés.
S’appuyant sur l’autorité de Gui de Ghauliac, il reconnaît aux tenles et aux sétons l’avantage d’empêcher les orifices de se fermer avant le fond de la plaie, de faciliter l’application des topiques, d’aider à en découvrir la profondeur, à en retirer les corps étrangers et de faciliter l'arrêt des hémorrhagies. Il n’en rejette l’emploi que dans les cas où la plaie est douloureuse, dans les plaies compliquées de fracture à cause des déplacements d’esquilles qu’ils pourraient provoquer, se séparant ainsi dans sa pratique
1. Traite fies plaies d'armes à feu, par M. Despout, maître en chirurgie à Paris, chirurgien de la Reine, et ancien chirurgien-major des camps et années du Roi. Dédie a la Reine. Paris, 1749, in-12, 415 pages.