‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 60 sur 460 · O. c 'page · texte numérisé non relu

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de ses devanciers, des Paré, des Joubert, etc., enfin dans les plaies qui suivent le trajet des vaisseaux importants, par crainte des hémorrhagies qu’amènerait le déplacement des caillots.

De semblables discussions ont depuis longtemps perdu toute importance ; mais si on se reporte au siècle dernier, si on se rappelle les processus anciens de guérison des plaies, on ne saurait nier toute la valeur des préceptes de Desporl. Nous reviendrons bientôt sur ce point.

Quant aux bourdonnets, il ne les emploie que dans les plaies profondes compliquées de corps étrangers, d’esquilles ou de dénudations osseuses. Dans les autres, il abandonne la guérison aux soins de la nature.

Nous avons dit déjà qu'il s’était élevé contre la négligence de quelques chirurgiens d’armée à se priver de certains remèdes internes comme l’opium, le quinquina, les purgatifs, l’émétique, etc. Dans son chapitre des remèdes internes et externes, il développe ses idées à ce sujet et insiste avec autant de force que plusieurs chirurgiens de nos jours sur l’utilité qu’i peut y avoir à se préoccuper de l’état général, des affections antérieures ou concomitantes (syphilis, scrofule, scorbut, etc.) en même temps que de l’état local. Il nous fournit, à propos de ces questions, des pages de pathologie chirurgicale générale intéressantes.

Les solutions alcooliques étaient alors communément employées aux armées. Après s’en être montré partisan, il leur reproche de provoquer de vives douleurs, d’empêcher la chute prompte des eschares, de ralentir la marche des plaies, de rétrécir leurs ouvertures et de favoriser, de ce fait, l’apparition de collections purulentes profondes et de la gangrène. Nul plus que lui ne contribua à en diminuer l’usage1. Il en réservait l’emploi aux plaies menacées de mortification, mélangeait alors l’alcool au camphre et au sel ammoniacal, et pour les cas ordinaires, il utilisait les digestifs peu animés et les cataplasmes émollients2. Partisan des dilatations surtout dans les plaies compliquées de fractures, il veut qu’on s’en montre ménager dans les plaies articulaires « parce que si l’air est ennemi des plaies en général, il l’est bien plus de ces parties (les articulations) et que les incisions qui y atteindraient causeraient des inflammations considérables3». Ses

1. « Il règûo encore, dit-il, dans les hôpitaux d’armée un abus très préjudiciable aux intérêts du Roi et qui ne l’est pas moins aux blessés. On y emploie une quantité excessive d'eau-de-vie et de remèdes spiritueux. Cet abus est contraire aux intérêts du Roi parce qu'il occasionne dans une grande armée une dépense très considérable ; il est très préjudiciable aux blessés parce qu’on va contre l’intention qu’on doit se proposer qui est une chute prompte de l’eschare (je parle toujours des plaies d'armes à feu), et d’amener les plaies le plus tôt qu’il est possible aune bonne suppuration. Jesçai que beaucoup de grands chirurgiens pensent comme moi sur cet article ; tel est aussi le sentiment de l’Académie royale de chirurgie, comme on peut le conclure de l’approbation dont elle a honoré le mémoire que j’envoiai de Corse à M. de la Peyronnie pour combattre cet abus et qu’il a communiqué à cette compagnie; mais la multitude, entraînée par le préjugé ou la routine, ne veut point se corriger sur cet 'article. On ne peut donc trop répéter qu’il n’y a que certains cas, dont je parlerai plus bas, où l'usage de l’eau-de-vie puisse être salutaire. Aussi, quoique les chirurgiens étrangers soient moins au fait que les Français du traitement des plaies d'armes à feu, M. Ranby, dans le petit traité qu’il nous a donné sur cette matière, n'en conseille-t-il point l’usage. » O. c., p. 73.

2. «Des chirurgiens espagnols avec lesquels Desport s’était trouve, continuaient alors de se servir d’eau marinée. ( O.c ., p. 86.) Notre auteur n’en condamne pas l’emploi. 11 réserve le quinquina, dont l’emploi avait été généralisé par Ranhv, aux cas dans lesquels les blessures sont compliquées de lièvre. » (O. c., p. 86.)

DESPORT.

préceptes sur l'extraction des corps étrangers, sur l’arrêt des hémorrhagies sont ceux de ses devanciers. Dans les fractures, il n’enlève que les esquilles libres. 11 reproduit les idées de Belloste et de Le Dran sur la rareté des pansements et les dangers de l’attouchement des plaies.

11 se montre partisan de la théorie du vent du boulet et signale les lésions auriculaires chez les artilleurs.

Dans son chapitre du régime des blessés, il nous donne de sages préceptes sur l’hygiène et l’alimentation1.

De tous les chapitres du Traité de Desport, le plus intéressant est, sans contredit, celui qu’il consacre aux lésions articulaires par projectiles.

11 étudie les diverses variétés de blessures du genou avec un soin que des auteurs plus récents auraient pu imiter et il nous étonne par ses ten-

Idences conservatrices. C’est ainsi qu’il ne veut amputer immédiatement que dans les fracas du fémur ou du tibia , et dans les lésions moins sérieuses accompagnées de blessures des gros vaisseaux, précisant ainsi une règle dont on a fait à tort, comme l’on voit, revenir tout le mérite aux modernes. Et pour appuyer ses préceptes, il nous cite des exemples bien remarquables de succès tirés de sa pratique : une plaie pénétrante avec enclavement de la balle dans l'extrémité sus-condylienne du fémur guérie par la conservation pure, après extraction du projectile; un cas de guérison après une fracture du condyle fémoral complètement détaché, avec séjour de la balle dans le plateau tibial; enfin une fracture du condyle externe du fémur, avec écornure de la rotule, et séjour de la balle dans l’article, terminé par la guérison après extraction du projectile. De grandes incisions préventives qu’il ne craint parfois pas de porter sur la partie postérieure de l’article, des cataplasmes émollients, l'immobilisation de la jointure, « dans une boite de quelque métal fort sans être trop lourd, qui embrasse tout le contour du genouil de manière qu’en prenant assez haut sur le fémur et le tibia pour qu’il ait un point d’appui suffisant, l’articulation acquière une fermeté égale à celle qu’elle avait avant la blessure » 2: tels étaient les procédés thérapeutiques employés par Desport en pareil cas. L’usage des boues d’Aqui (Piémont) complétait la cure.

Pour les blessures du coude, nous trouvons dans son livre les mêmes règles conservatrices. Dans les blessures du cou-de-pied, il faut que les os de la jointure soient fracassés pour qu’il préconise l’amputation immédiate. Dans la fracture des os du tarse, du poignet, contrairement au plus grand nombre de ses contemporains, il est tout aussi partisan de la méthode expectante. On s’étonne après cela que son pronostic soit si assombri pour les traumatismes de l’épaule, alors que notre auteur a tant de confiance

1. La manière dont il prend carrément à parti les directeurs des hôpitaux qui « retranchaient une partie de la viande que le Roi accorde à chaque malade, fournissaient du pain fait de farines aigres ci du vin de même qualité », vient à l’appui de ce que nous avons dit que tout ne se passait pas pour le mieux, de son temps, dans l’administration

des hôpitaux militaires.il faut savoir gré à Desport de n’avoir pas craint d’y insister dans son livre, bien que le titre de chirurgien de la Reine l’ait presque autorise à prendre de ces audaces qui plus tard coûtèrent cher à Percy, à Gamu et à bien d’autres. Desport, en praticien qui se préoccupe des moindres détails pouvant intéresser son blessé, ne croit pas déplacé de s’occuper de la ventilation de ses salles, de leur police, du changement «lu linge, etc., etc...

8ti LA CHIRURGIE MILITAIRE FRANÇAISE AU XVIII» SIÈCLE.

dans les ressources de la conservation dans les fractures «le l’article fémorotibial bien plus graves d’ordinaire. « Pour lui, les plaies de l’articulation dé l’épaule sont presque toujours mortelles lorsque le fracas est grand, cependant on peut tenter l’amputation à lambeau faite dans l’article1. » Quant aux traumatismes de l’article coxo-fémoral ou des vertèbres, il n’en veut pas parler, ils sont au-dessus des ressources de l’art.

Après avoir envisagé les blessures de chaque articulation en particulier, il fixe par des préceptes généraux la conduite du chirurgien dans les lésions articulaires. 11 veut qu’on recherche toujours les corps étrangers, qu’on fasse de grandes incisions préventives. La blessure concomitante d’un gros vaisseau nécessite plus souvent la ligature que l’amputation. Il donne des détails précis sur les modes de pansements à employer (bourdonnets imbibés d’eau-de-vie au début, suppuratifs ensuite), et sur les moyens de réduire ou de prévenir l’ankylose. Ses chapitres sur les plaies articulaires peuvent encore être lus avec grand profit. On sent qu’ils ont été écrits par un praticien judicieux, prudent et audacieux à la fois et surtout très confiant dans les moyens que l’intervention chirurgicale met au secours de la conservation.

Nous arrivons aux plaies cavitaires. Les plaies pénétrantes de poitrine sont pour lui le plus souvent mortelles. Celles du cœur et des gros vaisseaux, qu’il considère comme fatalement funestes, ne l’arrêtent pas.

Enlever les esquilles avec le plus grand soin, pratique qu’il considère comme de la plus haute importance, débarrasser la poitrine du sang et du pus épanché, laisser la plaie largement ouverte, au besoin la dilater pour donner librement issue à ce dernier, telles sont les règles thérapeutiques à suivre chez les blessés qui ont le bonheur de survivre à des plaies pénétrantes de poitrine.

Dans les blessures de l’intercostale, il conseille la compression de l’artère par un petit tampon de linge retenu contre la rainure de la face inférieure de la côte par un fil qui embrasse cette dernière dans son anse; on attribue donc à tort ce moyen à Desault. Desport utilisa avec succès cette pratique sur un blessé, chez lequel il fit simultanément l’extraction d’une balle logée dans la cavité pleurale par une incision répondant à sa partie inférieure, suivant en cela une conduite indiquée par ses devanciers, et redonnée comme nouvelle par ses successeurs.

A propos des fractures de l’omoplate et de la clavicule, il cite la remarquable observation d’un blessé qui eut tout le membre supérieur, la plus grande partie de l’omoplate et de la clavicule enlevés par un gros projectile, et qui guérit très vite et très simplement, après avoir perdu ce qui lui restait de clavicule et d’omoplate.

Les plaies du bas-ventre sont l’objet de descriptions intéressantes, parfois de remarques ou de pratiques originales. Il juge ces blessures aussi graves, mais moins rapidement suivies de mort que les blessures de poitrine; la chose est quelque peu contestable. L’issue des matières stercorales est un signe de mort. Les blessures des organes parenchymateux sont moins graves que les plaies d’intestin, c’est très vrai. Les contusions un peu sérieuses par les projectiles sont toujours funestes; Desport, après

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