L’ACADÉMIE DE CHIRURGIE ET LA CHIRURGIE MILITAIRE
Instituée en 1731 par le Roi à l’instigation de Mareschal, ancien chirurgien de Louis XIV et plus tard chirurgien de Louis XV, l’Académie de chirurgie s'était imposée pour mission de diriger les progrès de notre art. Réunir dans des conférences fréquentes les chirurgiens les plus autorisés de l’époque, éveiller l’émulation par des prix dont la valeur était rehaussée par le renom qui s’y attachait, rechercher les observations rares et curieuses, provoquer les recherches personnelles, tels étaient les moyens
sur lesquels elle s’appuyait pour atteindre ce but. La chirurgie militaire prit, de l’avis de tous, la plus grande part à l’institution de cette Académie qui compta toutes ses personnalités marquantes (et elles étaient nombreuses) parmi ses membres fondateurs, et, dès l’origine, leurs préoccupations scientifiques tenaient aussi bien en éveil cette mémorable Assemblée que celles de la chirurgie civile. Pouvait-il en être autrement? De quel éclat ne brillait-elle pas alors cette chirurgie militaire qui pouvait s’enorgueillir d’avoir guidé dans la pratique les premiers pas des La Peyronie1, de La Martinière, de La Paye2, de Puzos®, de Quesnay4 et de Houstet® et d’autres encore non moins illustres, comme elle avait conduit ceux de leur modèle J. -Louis Petit!
1. De la Peyronie, démonstrateur royal, fondateur de l’Académie de chirurgie, celui de tous les chirurgiens français qui a, au xvm° siècle, fait faire le plus de progrès à son art en l’organisant, était à 26 ans, en 1704, chirurgien-major à l’armée du maréchal de Villars dans les Cévennes. Sa réputation toujours croissante lui ayant fait obtenir d’abord la charge de chirurgien-major de la compagnie des chevau-légers, puis, peu après, la place de chirurgien de la Charité de Paris, hôpital qui était alors l’École où se formaient presque exclusivement les praticiens les plus célèbres de la capitale, il quitte l’armée. Nommé chirurgien du Roi, dès 1717, il l’accompagne pendant la campagne de Flandre, durant laquelle il s’applique à faire disparaître les imperfections du service de santé militaire, et à y introduire de meilleures règles d’administration. ( Éloge de La Peyronie, par Morand. Mémoires de l’Académie de chirurgie, t. II.)
2. De la Faye, démonstrateur royal, directeur de l’Académie de chirurgie, l’un des chirurgiens les plus estimés du dernier siècle, connu surtout par ses commentaires du Traité d’ opérations de Dionis, avait été chirurgien aide-major, puis chirurgien-major des camps et armées du roi. C’est pendant la campagne de Flandre qu’il eut l’idée d'un appareil de transport ingénieux pour les blessés atteints de fractures par coups de feu du membre inférieur. ( Mémoires de T Académie de chirurgie, t. II, p. 403.) La gouttière, à parties séparables de La Faye, dont nous aurons l’occasion de reparler ultérieurement, atteignait si sûrement le but que ceux de ses successeurs qui l’ont poursuivi après lui auraient pu s’épargner bien des tâtonnements et des recherches inutiles, s’ils l’avaient connue. C’est à l’armée que son procédé de désarticulation de l’épaule, qui constituait un progrès sur celui de Le Dran, fut employé d’abord et apprécié.
3. Les Puzos. Nicolas Puzos, directeur de l’Académie de chirurgie, en 1755 , qui s’est fait un nom en gynécologie, était fils d’un chirurgien-major d’une des compagnies des mousquetaires. Il fut employé, de 1703 à 1709, dans nos hôpitaux de guerre, pendant une période de luttes incessantes. Les batailles d’Hochstet, de Ramillies, d’Oudenârde et de Malplaquet, devinrent pour lui" des occasions d’acquérir une grande expérience chirurgicale qu’il n’a malheureusement fixée dans aucun écrit.
4. Quesnay, un des plus grands écrivains chirurgicaux du dernier siècle, secrétaire de l’Académie de chirurgie qu’il contribua à fonder avec La Peyronie, chirurgien de nos Rois, accompagna nos armées, dans nos rangs, pendant les guerres de Louis XV. En 1744, il était avec le duc de Villeroy, à Metz. C’est dans nos établissements sanitaires qu’il puisa une partie de l’expérience qu’il a fixée dans son Traité de la gangrène (Paris, 1749), ses Remarques sur les plages du cerveau ( Mémoires de l’Académie de chirurgie, t. Ier), son Précis de diverses observations sur le trépan, dans les cas douteux (même Recueil, t. Ier), son Précis d’observations où l’on expose les différents cas où il est nécessaire de multiplier l’application du trépan, et où Ton montre, par des exemples remarquables, que le crâne peut être ouvert avec succès, dans une grande étendue, lorsque les cas l'exigent (même Recueil, t. Ier) ; son Précis d’observations sur les exfoliations des os du crâne, etc. (même Recueil, t. I"r).
C’est sur un soldat que Quesnay imagina, pour arrêter une hémorrhagie de l’intercostale, le moyen ingénieux qui consiste à la comprimer avec un jeton d’ivoire attaché à un ruban.
5. Houstet, cx-Directeur de l’Académie de chirurgie, fondateur de l’École pratique, plus tard chirurgien de Stanislas, roi de Pologne, avait été, aux Invalides, l’assistant de Morand père. Ses services, à cet hôtel, lui firent accorder la place de chirurgien-major de l’armée destinée à faire le siège de Kehl. en 1733. Il y fut chargé d’organiser le service chirurgical des tranchées. Il se signala encore au siège de Dantzick, en 1731; plus tard, il suivit le roi Stanislas.