L’ACADÉMIE DE CHIRURGIE
ET LA CHIRURGIE MILITAIRE
Le Dran, son Directeur, après avoir été chirurgien-major, était chirurgien consultant des armées du Roi ; Morand, son secrétaire, était chirurgien-major de l’hôtel Royal des Invalides, et inspecteur général des hôpitaux militaires; Antoine Louis, qui le remplaça, avait été successsivement chirurgien aide-major, chirurgien-major consultant, et inspecteur des hôpitaux militaires.
Parmi ses quarante Membres, nous comptions, dès le début: Garengeot1, chirurgien-major du Royal-infanterie, Bagieu, chirurgien-major des gendarmes de la garde du Roi, Hévin, démonstrateur royal, inspecteur général des hôpitaux militaires, Guérin2, chirurgien-major des mousquetaires noirs, Simon, chirurgien-major des chevau-légers de la garde du Roi, plus tard démonstrateur royal, Andouillé, chirurgien-major, puis démonstrateur royal, Tenon3, Duplessis, démonstrateurs royaux, anciens chirurgiensmajors des armées, Ruffel, chirurgien-major d’une compagnie des gardes du corps du Roi, Sorbier, chirurgien-major de la gendarmerie, plus tard professeur à Montpellier, Pibrac, un autre chirurgien-major, et d’autres encore. Faget et Dufouart’% tous deux chirurgiens-majors des gardes françaises, figuraient parmi les Adjoints au comité.
1. Garengeot, démonstrateur royal, membre de l’Académie de chirurgie, l’uu des chirurgiens les plus connus du dernier siècle, auquel nous devons un Traité des opérations de chirurgie , traité classique avec celui de Dionis, servit d’abord dans la marine royale ; puis, vers la dernière moitié de sa vie, alors qu’il était démonstrateur royal, il succéda à Terrier, dans sa place de chirurgien-major du régiment du Roi-Infanterie. Il resta quinze ans en cette qualité dans nos armées. A ce sujet, les historiens rapportent de lui une anecdote qui démontre jusqu’à quel degré les chirurgiens d’alors, même les plus renommés, tenaient à leurs titres et à leurs fonctions militaires : Garengeot, déjà très vieux, et balancé entre la crainte de ne pouvoir plus soutenir les fatigues de la guerre et le désir de faire encore quelques campagnes, paraissait manifester quelque envie de se retirer. Le comte de Guerchy, son colonel, y consentit, à la condition qu’il choisisse luiméme un successeur, d’un certain âge, d’un jugement mùr, qui eût une bonne main, surtout très entendu dans le traitement des plaies d’armes à feu : en un mot, aussi habile que lui, s’il se pouvait. La campagne approchait, et il fallait se décider. Garengeot vint un jour chez son colonel, pour lui présenter un chirurgien tel qu’il le souhaitait. Le colonel demanda à le voir. C’est moi , lui dit Garengeot. Garengeot reprit ses fonctions, qu’il remplissait toujours avec le même zèle, quand il succomba à Cologne, à l’âge de 71 ans, à une attaque d’apoplexie. ( Biographie médicale , t. II, p. 230.)
Dans son Traité des opérations de chirurgie , qui eut cinq éditions, Garengeot s’occupe, comme Dionis, du traitement des plaies. Il combat l’abus des tentes, rejette les spiritueux, auxquels il préfère l’huile d’hypericum ou le baume d’Arceus. Dans les plaies du bas-ventre, il a tenté de renouveler l’usage de la suture enchevillée, et il admet que les intestins n’ont de tendance àsortirque lorsquele blessé s'agite. Nous reviendrons sur ce sujet.
2. Guérin le père, chirurgien-major des gardes françaises, membre de l’Academie de chirurgie, plus tard chirurgien de Jacques II d’Angleterre, était un praticien fort apprécié. II était souvent, aux armées, consulté avec les illustrations de son temps, dans les cas les plus difficiles, ou pour les blessés de marque. Son nom est souvent cité dans les Mémoires de l’Académie de chirurgie , à propos de nos blessures.
3. Tenon, successeur d’Andouillé à la chaire de pathologie de la Faculté de Paris, en 1744, servit comme chirurgien de 1” classe aux armées, fit la campagne de Flandre, et puisa, au milieu des camps, pour la chirurgie militaire, une estime qui ne se démentit jamais. ( Bibliographie médicale de Bayle et Thillaye , t. II, p. 491.)
4. Dufouart, né en 1737, commença ses études à Paris, sous la direction d’un de ses oncles, membre de l'Académie royale de chirurgie. A peine âgé de 22 ans, il obtint la place d’aide-inajor à l’armée d’Allemagne. A son retour, il eut la survivance de baget, son oncle, à la place de chirurgien-major des gardes françaises. C’est à cette époque qu il soutint sa thèse sur le Gonflement, consécutif des plaies d'armes à feu , et qu il lut reçu membre du Collège de chirurgie. Nous avons donné ces détails pour qu on ne le conlom « ni avec son oncle ni avec son frère, dont nous parlerons bientôt.
Parmi les Académiciens libres, on trouvait Lolîstaud, chirurgien-major d’une compagnie des gardes du roi, les cliirurgiens-majors Gaumont, chirurgien des cent-suisses, Bottentuit, Pierre et René Faguer plus tard chirurgien de Bicêtre, Givadier, Poullet, Cabany, Sorbet, Sabatier, Arrachart, Le Vasseur, Allouer, Bouquot, Vacher, Léonard de Marlot, inspecteur général des hôpitaux militaires, Ravaton, Rey et d’autres encore.
Gharrau, chirurgien-major delà Rochelle, Faure de Lille, de Valpélières, Bastide, chirurgien de Royal-Dragons, l’ex-chirurgien-major Soulier, démonstrateur à Montpellier, Collin de La Croix, chirurgien-major de l’hôpital de Phalsbourg, Trécourt, du régiment de Piémont-infanterie, Gliastenet, chirurgien aide-major à l’hôpital de Lille, les chirurgiens aidesmajors Caqué 1 et Flurant2 comptaient parmi les membres Correspondants nationaux. Enfin parmi ses Correspondants étrangers on retrouvait encore Vernale, l’émule de Ravaton, et Roederer de Strasbourg, professeur à Gœttingue, qui avaient été longtemps chirurgiens aides-majors dans nos armées.
Le titre de la plupart des membres de l’Académie de chirurgie leur imposait, d’après les Règlements, de fournir chaque année un ou deux Mémoires sous peine d’être exclus de leur place, et il était naturel qu’ils en empruntassent les sujets à leurs études quotidiennes. On s’explique dès lors aisément que nous recherchions dans les Mémoires de cette haute Assemblée ainsi que dans les volumes de Prix les travaux de nos devanciers et que nous leur assignions une part dans les doctrines émises ou dans l’impulsion donnée à notre art par cette Académie qui domina la chirurgie de l’Europe au xvme siècle.