‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 74 sur 460 · BOUC H K R · texte numérisé non relu

BOUC H K R

tout, opposées. Boucher répondit à Faure dans un second Mémoire aussi intéressant que le premier et qu’on trouvera comme le précédent dans le tome II des Mémoires de l’Académie do chirurgie.

11 y reproche d’abord à Faure, et avec raison, de n’avoir pas détaillé des observations faisant partie d’une série, sinon aussi surprenante, au moins aussi remarquable de succès, et de n’avoir cité aucun témoin de ses cures. Puis arrivant au point litigieux : Retarder l’opération, dit-il en substance, c’est épuiser le corps en pure perte. Ramener les blessés à l’époque fixée par Faure pour l’amputation, c’est les forcer à subir incisions, dilatations, débridements, suppurations, opérations, en somme des manœuvres graves ou des accidents fort sérieux et bien capables « d’ôter toute espérance de ressource du côté de l’amputation ».

Faure avait admis que le tiers des blessés peut survivre en suivant sa pratique. Boucher lui oppose une statistique de blessés frappés aux mêmes combats, traités dans les mêmes hôpitaux de Lille et de Douai, présentant des lésions tout aussi graves et qui, traités par la conservation, ont donné la même proportion de succès. Il admet avec Faure la gravité moindre des amputations ultérieures « du troisième temps »,la gravité plus grande des opérations intermédiaires « du second temps », et il explique la mortalité si grande qui sévit sur les blessés de la bataille de Fontenoy, par la nécessité dans laquelle se trouvèrent les chirurgiens de les opérer presque tous ù cette période intermédiaire. Mais toujours imbu des saines idées conservatrices qui ont aujourd’hui prévalu, il' ne comprend pas qu’on pousse un blessé jusqu’à la période ultérieure pour l’amputer de parti pris, quand la conservation seule peut encore réussir. A ce jeu on peut sacrifier les blessés, et il le démontre en s’appuyant sur ce fait que « sur 150 blessés de Fontenoy, réunis dans les hôpitaux de Contesse et de Saint-Sauveur, porteurs de plaies des extrémités, ceux à qui l’on n’a pas jugé l’amputation nécessaire dans le premier temps, en soient sortis guéris, sans qu’on n’y ait été obligé dans la suite, ou aient succombé dans le second temps à la violence dos accidents sans avoir pu atteindre le troisième». Après avoir insisté sur la gravité moindre des amputations primitives, il termine en rappelant le précepte de Le Dran : « Lorsqu'à l’occasion d'une plaie d’arme à feu, le chirurqien prévoit la nécessité indispensable de faire l' amputation d’un membre , il ne doit pas tarder à la faire , l’opération étant alors moins hasardeuse, puisqu’on n’a pas laissé aux grands accidents le temps de se développer1 ». Il a soin d’ajouter, résumant dans une phrase ses idées et ses tendances conservatrices : « Mais cette nécessité indispensable de l’opération est bien moins fréquente qu’on ne le croit commuuément, surtout pour les plaies faites par le mousquet2. »

Terminons en disant que Boucher a déterminé avec précision dans son mémoire les temps de l’amputation: 1° « Le premier temps qui suit immédiatement le coup porté et qui précède le développement des accidents », ce développement variantavec le tempérament, la constitution des blessés, la grandeur et la complication de la plaie ; 2° « le second temps , celui où les accidents plus ou moins développés sont plus ou moins propres à afîec-

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