J. B AGI EU
Écuyer, chirurgien-major de la compagnie des gendarmes de la Garde du Roi, Bagieu était un des membres les plus distingués de l’Académie de chirurgie. On rendait communément justice à sa haute expérience de la chirurgie d’armée. Il ne nous est connu que par deux lettres et par un Traité en deux volumes intitulé : Examen de plusieurs parties de la chirurgie.
Dans sa première lettre écrite sur le Traité de la gangrène de Quesnay, il s’élève surtout contre l’abus des amputations; dans la seconde, il analyse et critique le Traité des plaies d’armes à feu de Desport 3 4 5. Nous n’insisterons pas sur elles.
Son Examen de plusieurs parties de la chirurgie 4 est plus intéressant et mérite de nous arrêter davantage.
La chirurgie peu développée alors au point de vue du manuel des opérations spéciales se préoccupait surtout de la plus grande classe des opérations générales, des amputations. Paré, en débarrassant leurs manœuvres de pratiques cruelles et en assurant l’hémostase d’une façon méthodique, J.-L. Petit, en perfectionnant encore cette dernière, avaient permis à ces opérations de prendre une grande place dans les préoccupations et la pratique de nos ancêtres. Mais à un emploi raisonné et judicieux de ce mode d'intervention succéda bientôt l’abus, un abus tel que Louis XIV put dire des chirurgiens de ses armées, qu’ils comptaient les exploits de leurs campagnes par les amputations qu’ils avaient faites3, et que Dionis, son démonstrateur royal, crut devoir, pour les excuser auprès de lui, s’appuyer sur des arguments qui ne pouvaient avoir de valeur que pour convaincre une personne étrangère à la médecine. Pouvait-il en être autrement d'opérations brillantes, des plus belles, sans doute, de la chirurgie de l’époque, de celles qui réclamaient à la fois le plus de sang-froid et d’audace, c’est-àdire les qualités maîtresses des chirurgiens et qu’on considérait, au point de vue de la rapidité et de la facilité de la cure, comme un mode d’intervention essentiellement simplificateur. Cet abus continuait encore dans les camps et les armées sous Louis XV, malgré les protestations d’un certain
1. Les travaux, les mémoires qu’il a publiés sont en grand nombre insérés dans les cinq, tomes des Mémoires de t' Académie de chirurgie, et surtout dans le tome II.