Dionis, o. c
nombre de chirurgiens éminents, et la majorité de l’Académie de chirurgie elle-même ne savait pas assez réagir contre ces tendances. En faut-il d’autres preuves que le titre même du mémoire qu'elle imposa à ses lauréats de 1755, 1755 et 1757 : L'amputation étant absolument nécessaire dans les plages compliquées de fracas des os, et principalement celles qui sont faites par les armes à feu, déterminer le cas où il faut faire l'amputation sur-le-champ , et ceux où il convient de la. différer et en donner les raisons.
Bagieu, fidèle à des opinions qu’il avait déjà soutenues, se montre, après Desport et avec Bouclier, mais à un moindre degré qu’eux, partisan d’une pratique moins sanguinaire et ses tendances conservatrices s’affirment dans les dix mémoires sur l’amputation, lesquels, avec une étude sur les corps étrangers, constituent son Examen de plusieurs parties de la chirurgie.
Dans son premier mémoire, établi sur la proposition de l’Académie de chirurgie que nous venons de rappeler, il pose en principe que tous les fracas des os ne réclament pas forcément une intervention radicale. Il n’en peut être question, pour lui, que dans les fracas étendus avec séparation des esquilles , c’est-à-dire dans le vrai type du fracas osseux; dans les autres cas, il faut la différer, la retarder. S’appuyant sur l’observation si malheureuse de Fénelon qui succomba à une hémorrhagie de la crurale, il propose aussi l’amputation dans tous les cas où les gros vaisseaux sont ouverts, que la plaie soit « médiocre ou avec fracas » 1 .
Bien qu'il admette que, dans les blessures des articulations par projectiles, ce ne soient pas les os, parties insensibles, qui puissent causer des accidents, mais les parties molles, péri-articulaires, nerveuses (tendineuses/ qui, d’ordinaire cependant, subissent moins que les premières les effets du traumatisme, il est partisan de l’amputation immédiate dans la plupart de ces blessures et, en cela, il sacrifie bien plus que Desport qu’il attaque, aux idées erronées de physiologie pathologique émises de son temps sur la sensibilité du tissu fibreux et les conséquences de ses lésions. Il veut même qu’on ampute dans les fractures du tarse et dans celles de l’article tibio-tarsien. 11 ne fait qu’une exception pour les articles dont une des surfaces est constituée par deux os, et encore ce n’est pas pour rejeter l’opération qu’il établit cette distinction, mais c’est pour la différer. « Si l’on avait écrit les mauvais succès du traitement des grandes playes des articles comme on écrit les bons, dit-il, la comparaison ne serait pas à l’avantage des derniers2. »
A l’exemple de ses contemporains, il veut qu’on fasse une opération réglée dans les ablations des membres par gros projectiles, car, dans ces cas, l'os étant éclaté au-dessus de sa surface de section, si l’on conserve, on s’expose à avoir une nécrose consécutive.
Nous ne nous étendrons pas sur d’autres préceptes dont quelques-uns pourtant mériteraient d'être retenus, pas plus que sur ses judicieuses remarques parfois curieuses à lire 3, sur son analyse des conditions particulières au blessé (âge, sensibilité, etc.) ou à la blessure (douleur, commotion, déchirures des tissus, etc.) qui peuvent inlluencer le chirurgien au