I II
moment où il pratique une opération, et nous nous arrêterons sur des détails fort curieux de l’organisation sanitaire de son temps (détails qu’il ne nous fournit que d’une façon incidente, pour prouver que le terme d’amputation immédiate ne doit pas être pris à la lettre dans la pratique de la chirurgie d’armée) et qui, pour nous, sont du plus haut intérêt. Cilons-le :
« Dans les batailles, il y a un hôpital ambulant plus ou moins à portée du lieu où se passe l’action, et où le chirurgien-major et les autres chirurgiens se tiennent. C’est le premier entrepôt où les blessés sont rassemblés, pour être, de là, transportés dans les hôpitaux des villes les plus près, et ensuite de plus éloignés, lorsque les premiers sont à même d’être surchargés.
Rarement, opère-t-on les blessés sur le champ de bataille proprement dit, c’està-dire sur le champ où ils l’ont été, plus rarement encore y fait-on des amputations.
Les moins blessés se rendent au dépôt (hôpital ambulant); ceux qui le sont davantage y sont transportés sur des brancards L »
Il en tire la conclusion qu’on ne doit pas s’attendre à faire beaucoup
d'amputations primitives sur le champ de bataille.
« Cette remarque est de même pour les blessés des sièges. On ne fait pas d’amputation dans les tranchées, on porte à la queue ceux qui sont dans le cas de cette opération où se trouve un détachement de chirurgiens. On ne doit pas non plus compter sur les amputations qui se font à la queue de la tranchée, le plus grand nombre des blessés que l’on ampute étant transporté à l’hôpital de siège que nous regardons comme le premier entrepôt, »
Bagieu nous renseigne sur le lieu occupé par l’hôpital ambulant :
« Parfois, comme à Fontenoy, il était en rase campagne ; communément, il est dans quelque village, plus rarement dans les villes et presque toujours assez éloigne du lieu où se passe l’action 1 2. »
Suivent des indications sur le nombre des chirurgiens d’ordinaire insuffisant, d’où la nécessité banale, mais pas toujours assez reconnue, « d’apporter les premiers secours à ceux qui en exigent le plus » sur les difficultés qu’éprouvent les opérateurs à s’acquitter de leur tâche à proximité du combat, « raison pour engager alors à faire le moins d’amputations qu’il est possible 3 ».
On trouve dans son mémoire, exprimées de la façon la plus nette, quelques-unes des vues actuelles sur l’évacuation des blessés. Contrairement à l’opinion de ses contemporains qui prenaient pour « maxime ordinaire de se débarrasser le plus tôt qu’il est possible de ce qu’on appelle membres à couper, croyant que tout est dit quand on s’est ôté ce fardeau de dessus les épaules», il pense «qu’un amputé court pour le moins autant de danger que celui que l’on transporteavant l’amputation4.
Il établit, en praticien qui a assisté en maints combats, des distinctions sur les dangers que courent les blessés et les amputés après un premier transport et des transports consécutifs ; il vante les transports par brancards. utilisés communément alors pour franchir la distance qui séparait le champ de bataille du premier entrepôt (hôpital ambulant) ou des