NICOLAS GO DD IN
seconde, au traitement, à la curation qui doit ôtre générale ou particulière. C’est son chapitre le plus intéressant.
En présenced’un blessé, nous allons encore suivre un instant notre auteur pas à pas: il faut d’abord considérer la région atteinte; cette première inspection nous fixe sur la curabilité ou la non-curabilité de la plaie. Est-elle curable? A moins d’hémorrhagie, on recherche si elle ne contient pas de corps étrangers; si elle en renferme, on les attire avec les pinces, avec la térelle, son instrument favori, tire-fond presque semblable «à celui de nos boites, et dans le cas où le corps étranger est trop profondément situé pour que son extraction directe soit possible, on use d’une poudre d’aimant incorporé à un emplâtre; c’est’un moyen que Galien préconisait déjà, et que Paré lui avait repris. On le voit par ce court extrait, notre auteur va droit au fait.
Pour le choix de ses topiques, ses indications sont moins bonnes, et on peut lui reprocher d’avoir trop suivi les inspirations de son maître Jean de Vigo. Il brûle la plaie pour la débarrasser de la poudre qui adhère à ses parois ou pour réprimer au moins sa malignité; il injecte dans son canal de l'huile d’hypericum, de sambuc ou de térébenthine, ou applique sur elle des plumasseaux imbibés des mômes huiles, et pour combattre plus directement le venin il se sert de la poudre d’écrevisses prescrite sous forme de breuvage vulnéraire, moyen vanté par Galien, repris à l’époque par les Allemands, au dire même de Goddin. Ces potions vulnéraires et l’introduction dans le canal de la plaie d’un morceau de lard constituaient alors le mode de traitement le plus en vogue chez ces derniers.
Puis, pour prévenir l’inflammation vive que ces topiques brûlants devaient provoquer, il applique un séton à quelque distance de la plaie, et phlébotomise son blessé du côté opposé à la blessure, suivant la méthode hippocratique reprise par ses contemporains pour « destourber et retirer les humeurs qui défluent en la partie lésée ». Il panse ensuite avec l’huile de lin, la graisse ou le jaune d’œuf pour hâter la chute de l’escarre « causée par l’huile bouillante ». Enfin il est partisan des sétons et des tentes. En somme, son traitement est presque celui de Vigo dont il n’a pu se défaire des inspirations, bien qu’il tînt en très haute estime les opinions de Paré.
Dans le traitement des fractures, il se montre très radical et nous étonne par ses idées personnelles. 11 craint les esquilles, source d’accidents, aussi veut-il qu’on les détache toutes, les non-adhérentes et les adhérentes : « si la pellicule couvrant l’os les retient, dit-il, l’a coupée»; il va jusqu’à réséquer les extrémités osseuses, et dans les ablations des membres il veut qu’on « oste l’os avec une scie assez haut afin queu après que la chair qui se doibt engandrer puisse produire une forte et dure cicatrice ». Ce sont là, comme on le voit, des pratiques qui, pour ôtre tenues pour récentes, n’en sont pas moins bien anciennes.
« La suture des veines et des artères» lui semblant impossible, il fait de la compression directe sur la plaie à l’aide de plumasseaux, de poils de lièvre trempés dans du « blanc d’œuf liant aloôs et encens », moyen déjà préconisé par Galien et que presque tous les auteurs de son siècle prescriront tout comme lui. Il conseille encore de « réunir la plaie », pratique, en somme, recommandable, ou encore s’adresse à la ligature. Mais il ne faudrait pas croire que par ligature il entende l’oblitération du vaisseau à la
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façon de Paré; pour lui, il s’agit d’un bandage « commençant à la partie inférieure du membre et se terminant vers la fontaine du lieu » : c’était le procédé de compression indirecte que Galien avait recommandé contre l’hémorrhagie de la saphène et qui pouvait être généralisé pour toutes les hémorrhagies veineuses.
Godin semble être le premier qui ait mentionné pour la blessure des gros vaisseaux du cou et de la cuisse la compression digitale , moyen si précieux à une époque où il no pouvait être question de ligatures dans la continuité. Nous croyons devoir reproduire le curieux passage suivant qui doit marquer dans l’histoire de notre art :
« Pour l’amour des bons estudians et practiciens et des malades, je racontera)' quelque practique digne d’estre notée laquelle cy apres pourra proufiter à plusieurs. Lorsque je lisoye (professais) à Arras aux compaignons chirurgiens aduinl que l’hoste de Saint-Julien sur le marché d’Arras, fut blessé au col de tele sorte que la veine jugulaire dextre fut à demy coupée, ensemble avec l’artère. Dès le commencement plusieurs et divers remèdes y furent appliquez, comme la chose qui estoit fort urgente le requeroit : mais par nulz moiens et remedes que les chirurgiens y feissent, de la première semaine le sang ne se pouuoit nullement restreindre, mais d’heure en heure toujours se reprenoit à saigner : ce voiant on appela trois médecins et quatre chirurgiens, par le conseil desquels il fut dit d’appliquer le médicament dessusdit ordonné par Galène (aloès, encens, blanc d’œuf et poils de lièvre) moiënant que l’un des chirurgiens fut toujiours présent, afin de bien doucement tenir ledit médicament de son doit sur la partie, ce qui fut fait et par ce moien restraindit le flux de sang avec grand honneur des médecins et chirurgiens en préservant aussi le patient de mort, en moins de six jours. De la mesme manière usons-nous quand la grande, veine qui passe au milieu de la cuisse est couppée... Quand tu voiras doncques aucuns grans vaisseaux estre rompus et blessez, tu y dois prendre grand’peine, corne cy dessus est démonstré, et tu en préserueras plusieurs de mort... »
Quelques lignes plus loin, il préconise la section complète des vaisseaux, lorsque les autres moyens sont insuffisants :
«.Il est du tout requis et nécessaire de trencher l’artère en trauers avec un instrument à ce propice, car incontinent apres elle se retire dedens les parties charneuses et le flux se vient à arrester. »
Il rattache la syncope à ses véritables causes, à la douleur et à l'hémorrhagie, prescrit contre les douleurs d’abord les médicaments anodins, et lorsque ceux-ci sont insuffisants, la section des nerfs : « Il est très bon de coupper, dit-il, car en ce faisant tu appaiseras la douleur en ostant pareillement le péril et danger de spasme qui pourroit suruenir... car il vaut mieux laisser la partie débile et affollée que de laisser mourir le patient sans aide.» Paré formulait déjà le môme précepte.
Nous avons dit que nous ne nous arrêterions pas à la deuxième partie de son livre exclusivement médicale, dans laquelle l’auteur étudie la peste qu’il définit « un phlegmon vénéneux et contagieux duquel sy le sang est adust ou incinéré, est faict anthrax, ou carho ou vulgaire charbon », et la dysenterie « dysentère appelée caque-sangue des Italiens à cause des égestions meslées avec le sang ». Nous dirons cependant un mot d’un appendice qui termine son ouvrage et qui est consacré au rejet des pratiques de ses contemporains qu’il juge condamnables, et à la réfutation