‹ Traité de chirurgie de guerreChapitre 10 sur 340 · Bouisson, Tribut à la chirurgie. Paris, 1858, p · texte numérisé non relu

Bouisson, Tribut à la chirurgie. Paris, 1858, p

LÉSIONS DES DXAPÿ-YSES PAR LES PROJECTILES. 18

de l’ébranlement. Les vfb-'cations qui leur seraient ainsi communiquées auraient pour résultat de détruirè .le tissu osseux qui relie entre elles les fibres longitudinales, tissu moins résistant que ces fibres mêmes1.

Il nous resterait à expliquer le mécanisme des fissures transversales, obliques. Nous y reviendrons à.ppojpos du mécanisme des fractures en général.

Le diagnostic cle ces lésions, considérées à tort comme très rares, n’a jusqu’ici que peu préoccupé les chirurgiens. Le Dran, qui lui a consacré quelques lignes, a appelé l’attention sur deux signes de ces fêlures dont nous apprécierons tout à l'heure la valeur. Duverney et Buisson, aussi peu explicites, en ont donné deux autres. Malgaigne regarde leur diagnostic comme à peu près impossible à une période rapprochée du traumatisme, à moins qu’on n’ait la fissure sous les yeux.

Hormis ce cas, ce n’est, dit-il, qu’à des phénomènes consécutifs qu’on peut en soupçonner l’existence, mais la gravité du mal appelle alors toute l’attention du chirurgien2. Cette opinion est partagée par la plupart de ceux qui en ont parlé. En fait, le diagnostic s’est presque toujours fait, soit directement après incision de collections purulentes, soit à l’autopsie.

Nous avons dit à propos des contusions osseuses que les fêlures et les fissures produites dans les mêmes conditions présentaient des signes communs : la sensation de choc éprouvée par le blessé, l 'impotence du membre, la constatation d’une dénudation osseuse, la déviation du trajet du projectile, les rapports que ce trajet affecte avec l'os, le séjour du projectile dans le membre ou lorsqu’il en est sorti, l’ augmentation de l’orifice de sortie , enfin les signes d’une inflammation osseuse circon-

scrite ou étendue.

Fig. 7.

U impotence du membre est un signe très incertain, qui fait le plus souvent défaut même quand il s’agit du membre inférieur. Le blessé de Leveillé dont nous avons résumé l’histoire fit une longue marche malgré des fêlures étendues du tibia. Il en était de môme de celui de Bécane. Samuel Cooper nous parle d’un homme qui marchait avec une fissure longitudinale étendue au tiers supérieur du fémur et partant d une perforation de l’extrémité inférieure de cet

Fémur sur lequel une balle cle fusil Gras s'est aplatie-en présentant uuedéformation maximum de contact. L’os n’offre aucune trace de fissure. La balle est maintenue par des fibres musculaires sous lesquelles elle s’est insinuée en s'étalant.

(Pièce de notre collection du Val-de-Grâce.)

os. Un blessé de Mangenot, blessé sous Metz, qui

présentait une fissure du fémur dans toute sa longueur, se dirigea à pied

du champ de bataille à l’ambulance divisionnaire où il arriva après vingt

f « Pour expliquer, dit Borhnaupt, la fissure opposée (lisez symétrique et opposée), on ne peut invoquer que l’ébranlement. Du point de contact, les vibrations se répandent également sur toute la paroi. Les premiers points nodaux doivent so former vis-à-vis do 1 ouverture d’entrée, et la paroi se fend dans le sens de scs fibres. » Sur le mécanisme des fractures dns os longs en générât, et sur le mécanisme des fractures des os longs par coup de feu en particulier in Hernie militaire de médecine et de chirurgie, 1881.

2. Maloaione, Traité des fractures et tu, rations, t. 1, p. 30.

lu

LÉSIONS DES OS PAR LES ARMES DE GUERRE

minutes de marche. A Metz, après un transport en voiture, il descendit de la voiture sans être soutenu, se rendit à pied dans une salle de blessés, se déshabilla, se coucha sans aide et, pendant les vingt jours durant lesquels il séjourna dans le service, il se plaçait de lui-même chaque jour sur les genoux pour faciliter l’application des pansements que nécessitaient des blessures qui traversaient ses deux fesses, et il allait aux cabinets sans se faire accompagner. Aussi, comme l’examen du membre ne révélait aucune déformation, pensait-on qu’il n’était atteint que d’un séton des parties molles des fesses et quand, vingt jours après le traumatisme, il succomba à des accidents provoqués par une perforation de l'extrémité inférieure du rectum, on fut tout surpris de trouver à l’autopsie une fracture longitudinale avec déplacement des fragments1.

A propos des autres signes, nous n’avons rien à ajouter à ce que nous en avons dit dans notre chapitre des contusions, nous ne ferons qu’une remarque au sujet de la déformation du projectile (plomb mou). Bousquet nous semble avoir, dans le diagnostic des fêlures, exagéré la valeur de ces déformations qu’on retrouve avec les mêmes caractères lorsque les os ne sont que contus. Nous avons constaté le fait un trop grand nombre de fois pour conserver sur ce point le moindre doute. Un certain nombre de pièces de notre collection du Val-de-Grâce présente en regard d’os contus et non fissurés des balles de plomb mou qui présentent les déformations maximum du contact. C’est ce qu’on observe entre autres sur la pièce représentée par la figure 7. D’ailleurs ce signe peu caractéristique se constaterait aussi bien avec les balles de plomb dur sans enveloppe ou avec enveloppe qu’avec les anciens projectiles.

Force nous est de chercher d’autres signes. Duverney a parlé d’une douleur fixe et continue réveillée par la pression de la main. C’est un caractère dont une observation ultérieure démontrera la valeur. Pour la lui laisser tout entière, il faut ajouter : que la douleur doit être recherchée par la pression de la main non seulement sur la face frappée mais sur la face opposée ou symétrique, le plus souvent suivant l’axe de l’os mais aussi obliquement.

Par hasard, dans une lecture, nous avons vu signaler par Onimus2 un signe de fracture qui pourrait peut-être servir à diagnostiquer les fêlures et les fissures aussi bien à une époque rapprochée qu’à une époque un peu éloignée du traumatisme. Quand on fait passer un courant électrique d’induction d intensité moyenne à travers le siège d’une fracture, le courant réveillerait d’après cet auteur une douleur limitée à la partie fracturée. Alors même que la consolidation date de plusieurs mois, on détermine, dit-il, cette sensation douloureuse. Nous avons recherché ce signe sur deux fractures du tibia, l’une datant d’un mois, l’autre presque consolidée. En faisant passer un courant à travers toute l’étendue du tibia, nous avons provoqué une douleur exclusivement au siège de la fracture. La valeur de ce signe est à étudier.

Chauvel conseille avec Stromeyer et Lücke la recherche du bruit de; pot fêlé ou d un bruit différent de celui que donne la pression de l’os sain.

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