‹ Traité de chirurgie de guerreChapitre 9 sur 340 · Le Dran, o. c., pp. t i et · texte numérisé non relu

Le Dran, o. c., pp. t i et

LÉSIONS DES D I AP II Y S E S PAR LES PROJECTILES

vers l’extrémité fémorale de col os ». Cette pièce, qu’on avait le droit de considérer comme des plus singulières, fut soumise à l’examen des professeurs de la Faculté de médecine de Paris, de Dubois, de Chaussier, de Duméril, de Deschamps, et de Houx1.

C’était un cas type de fêlures isolées. MARjOLiNet Rullter en fournirent un autre spécimen. Ils déposèrent au musée Dupuytren une pièce recueillie sur un blessé de 1814, un tibia, dont

le bord interne avait été frappé par une balle et sur lequel on constatait des tissures qui sillonnaient les trois faces de l’os. S. Cooper, Croquet, Otis, Lidell, Arnold, Fischer, Valdeyer, Mangenot2, en ont relaté seulement quelques cas; encore, à l’exemple de Duverney3, de Malgaigne et de Bouisson, n’ont- ils pas toujours distingué les fêlures et les fissures isolées des fêlures et des fissures qui compliquent si habituellement les fractures par coup de feu. Ce genre de lésion est loin d’être aussi exceptionnel que le silence ou les assertions des auteurs tendraient à le faire admettre. Il résulte en effet de nos expériences cadavériques qu’elles sont aussi fréquentes que les contusions osseuses. Il est probable que, comme ces dernières, elles passent souvent inaperçues.

Comme les contusions, elles sont surtout produites par des balles ou des éclats de projectiles creux qui arrivés à la fin de leur course frappent directement les diaphyses sans avoir assez de force pour les fracturer complètement ou par des balles qui ont perdu une grande partie de leur vitesse par un ricochet, mais elles peuvent être encore déterminées par des balles animées de toute leur vitesse qui atteignent l’os tangentiellement. Il nous a même semblé qu’elles étaient plus fréquentes à la suite du contact tangentiel des balles à enveloppe métallique qu’à la

Fig. 2.

Sur ce tibia frappé sur sa face interne au point c, on trouve uno iissure oblique f, partant (lu point de contact de la balle et, faisant suite à la précédente, une grande Iissure longitudinale fs (fissure symétrique) sur la face externe. Ces fissures sont les esquisses d'une fracture à grandos esquilles. (Pièce de notre collection du Y al-do-Grdce .)

1. Leveilué, Nouvelles Doctrines chirurgicales, 1811, pp. 138-139. . p .

2. Mangenot, Quelques considérations sur les fractures longitudinales. iesc ( e '/ 1872. Rapprochons de cette thèse celle de Fourmestreaux. (juêrison ils /issuks

Thèse de Paris, 187.'». . diuil

3. Duverney, Traité des maladies des os. Paris, l7.il. « Cctto fraclun hh'<.

LÉSIONS DES OS PAR LES ARMES DE GUERRE

suite du môme contact des balles de plomb mou : ces dernières perdant souvent à se déformer la quantité de force vive que les autres abandonnent directement à l’os.

Les fêlures sontdes fentes dont les lèvres sont si rapprochées, qu’on ne les aperçoit souvent qu’âpres rugination de l’os. Elles n’intéressent ordinairement que les parties superficielles de la paroi du cylindre osseux, , parfois elles sillonnent la totalité

Fig. 3.

Fémur présentant réunies les principales variétés de tissures. Du point de contact de la balle c qui répond à la face interne de l’os I partent : une tissure très oblique fo et une tissure presque transversale ft, enfin, sur cette même face on voit l’origine d’une deuxième fissure très oblique fo'. Sur la face externe II on retrouve la fissure transversale, la fissure oblique supérieure et l’inférieure qui se continue avec une grande fissure longitudinale fs (fissure symétrique). Ces fissures forment l’esquisse presque complète d’une fracture par contact transversale à une esquille (3° type). (Pièce do nôtre collection du Val-de-Grâce.)

de son épaisseur. La fissure est, au contraire, toujours apparente, ses lèvres présentent un écartement qui peut aller jusqu’à un millimètre et plus, elle comprend la totalité de l’épaisseur de la paroi. Ces fissures sont produites par des balles animées d’une plus grande vitesse que celles qui ont déterminé des fêlures.

Le long des fêlures et surtout des fissures, le périoste est décollé dans une étendue transversale de quelques millimètres et soulevé par un mélange de sang, de graisse et d’éléments médullaires. Quant à la moelle, elle présente les lésions que nous avons décrites à propos de la contusion, avec cette seule différence que sur les os fissurés les épanchements sanguins sont plus étendus.

Ces fêlures et ces fissures ne se dirigent pas indifféremment dans tous les sens, pas plus qu’elles ne sont toujours, comme certains tendraient à le faire admettre, parallèles à l’axe de la diaphyse, c’est-à-dire prolongées dans le sens des fibres diaphysaires, d’où le nom de fractures

longitudinales qu’on leur a donné.

Si le plus grand nombre s’irradie suivant l’axe de l’os, d’autres, longitudinales dans leur plus grande étendue, présentent une direction plus ou moins oblique à leurs extrémités. On en trouve d’obliques, de courbes, voire même de transversales. Nous avons été le premier à faire remarquer que ces dispositifs n’ont de singulier que

par l'impression immédiate d’un corps dur sur l’os... d’une halle qui, outre l'enfoncement qu’elle cause en entrant dans le corps de l’os, l'oblige encore à se fendre plus ou moins, selon la force du coup. »

LÉSIONS DES DIA^HYSES PAR LES PROJECTILES

l’apparence et que : les fêlures et les fissiles isolées sont les esquisses de celles qui délimitent les fractures par contact dont nous allons bientôt parler. Elles en présentent la direction et la position. (Voy. fig. 2 et 3.)

De toutes les fêlures, de toutes les fissures isolées, la plus remarquable et l'une des plus constantes sur les os cylindriques frappés en plein par les balles, c’est la fêlure ou la fissure que nous avons appelée symétt'ique. Elle sillonne exactement la face de l’os qui n’a point été frappée, suivant un plan vertical passant par le point de contact(Voy. fig. 3). Une pièce remarquable de notre collection du Val-de-Grâce que nous reproduisons ici offre cette disposition typique. (Voy. fig. 4.)

Dans certaines circonstances, la fêlure peut, comme nous l’avons signalé, n’être pas absolument, rigoureusement, symétrique. Quand, au point symétrique, se trouve une crête osseuse au niveau de laquelle l’os est plus résistant, comme au niveau de la ligne âpre, la fissure alors se

Fig. 4.

Fig. 4. Fémur frappé en a par une balle qui a produit au contact direct et a laissé sur l'os des traces de plomb. Fissure symétrique longitudinale b b, sillonnant la face de l’os qui n’a point été frappée. Il n’existe aucune trace de fêlure au point frappé. — Fig. 5. Figure schématique montrant que la fissure symétrique fs répond à un plan vertical passant par le plan de contact direct c du projectile. — Fig. 6. Figure schématique montrant que la fissure opposée fo répond à un plan perpendiculaire au trajet parcouru par le projectile, c, contact tangentiel.

déplace légèrement vers un des côtés de la crête. La fêlure symétrique semble être, sinon toujours la première, du moins une des premières à se produire. L’examen de pièces, dans lesquelles elle existe isolément ou concomitamment avec d’autres fissures mais moins accusées qu’elle, indique que c’est à son niveau que l’os a subi les premières et les plus fortes dissociations.

Quand le contact, au lieu d’être direct, est tangentiel, que la balle dans sa course a touché l’os latéralement et non perpendiculairement à sa direction, on peut trouver encore une grande fêlure ou une grande fissure longitudinale. Celle-ci ne peut plus être symétrique, puisqu’il n’y a pas de face osseuse symétrique du contact; on la trouve sur la face latérale opposée à ce contact, sur un plan perpendiculaire opposé au trajet parcouru par le projectile, d’où le nom de fêlure ou de fissure opposée que nous lui avons donné (lig. 6).

Sur les os prismatiques enfin, quand une des faces a été confuse par le projectile, on peut trouver des fêlures longitudinales sur deux ou sur trois faces.

n LÉSIONS DES OS PAR LES ARMES DE GUERRE.

A côté de ces fêlures ou de ces fissures symétrique ou opposées typiques, c’est-à-dire longitudinales, on en trouve d’autres, d.e' l’extrémité supérieure ou inférieure desquelles partent des fêlures obliqués qui se dirigent vers le point de contact sans l’atteindre, ou qui ralleignept. Ce dispositif curieux montre bien le sens suivant lequel se produit la délimitation des esquilles des fractures par contact dont les fêlures et les fissures isolées ne sont, comme nous l’avons dit, que des ébauches. Cette délimitation s’effectue aussi bien à partir des fissures symétrique ou opposée qu’à partir du point frappé. C’est ce qu’on constate en particulier très nettement sur le fémur représenté par la figure 3.

On peut observer les fêlures et les fissures isolées sur tous les os longs, jusques et y compris les métacarpiens et les métatarsiens, mais c’est surtout sur les grandes diaphyses qu’on les constate ; elles sont infiniment plus rares sur les os longs à tissu compact très résistant, comme la clavicule et surtout le péroné. Sur ce dernier os, nous n’avons jamais pu produire de fissures longitudinales et nous n’en connaissons qu’un exemple dû à Lidell.

Mécanisme. — Bouisson, qui, comme l’on sait, a bien étudié dans un mémoire classique1 la variété de fracture qui nous occupe, admet que la pression exercée sur un os cylindrique tend à rapprocher la paroi frappée de la paroi opposée. Mais l’influence de cette dépression ne peut guère se faire sentir que sur la paroi frappée, et il est difficile d’admettre qu’elle retentisse sur la deuxième paroi de la diaphyse. Pour les os prismatiques, le môme auteur explique les fissures longitudinales qu’on observe à la suite du clioc imprimé à un des bords de l’os par la dépression de ce bord. A la limite de la partie déprimée l’os se fendrait. Quand on constate trois fissures, on ne s’explique pas ainsi la formation de la troisième, de la symétrique et l’on est obligé de revenir à la première hypothèse dont la valeur est, selon nous, discutable. Tout au plus le mécanisme invoqué par Bouisson rendrait-il compte de la formation de quelques fissures, mais il n’éclairerait pas celle des fissures symétrique et opposée.

Admettre, avec plusieurs auteurs allemands, une sorte de répercussion à la paroi osseuse d’un choc transmis à la moelle, serait une explication également peu plausible. D’abord parce que ces fêlures isolées sont produites le plus souvent par des balles animées de vitesses assez faibles, c’est-à-dire dans des conditions dans lesquelles la force hydraulique entre peu en jeu, ensuite parce que la moelle ébranlée comme tout liquide incompressible (si tant est qu’on puisse exactement la comparer à un liquide et reprendre pour elle la théorie de Gaina) agirait non dans un sens, mais dans tous les sens. L’action de la moelle ne peut que contribuer à étendre, à compléter les fissures dans les tirs à courte distance, sans déterminer la direction de ces fissures.

Pour expliquer la formation des fissures symétrique et opposée, on peut, avec plus de justesse, invoquer avec Bornhaupt le mode particulier suivant lequel l’ébranlement communiqué à la diaphyse par la balle se propage à cette dernière. On sait que si d’une série de billes d’ivoire placées en ligne et se touchant les unes les autres, on vient à déplacer la première et à frapper avec elle la seconde, le choc se transmet aux billes intermédiaires sans changer leur position et que c’est sur la dernière seule que se fait sentir l’inlluence de l’ébranlement. Celle-ci se déplace d’autant plus que l’impulsion qui lui a été communiquée a été plus grande. De môme le choc transmis aux premières molécules osseuses, directement frappées par la balle, se propagerait successivement et également aux molécules voisines de droite et de gauche du cylindre osseux et ce seraient celles qui répondent aux points symétrique ou opposé du contact qui seules subiraient les effets

Page 1